L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BLUMENFELD Chaim, Sziga dit Jean


Jean Blumenfeld
Matricule "46269" à Auschwitz

Jean Blumenfeld est né le 8 janvier 1903 à Kielce (Pologne). Il vit en France depuis 1904. Il est de nationalité polonaise. Jean Blumenfeld habite au 5 rue Torricelli à Paris (17ème arrondissement) au moment de son arrestation.
Il se marie avec Mariette Dauthuille en 1925. Ils ont une fille, Jacqueline, née en 1926.
Jean Blumenfeld travaille comme chef comptable.
Il quitte Paris le 31 mars 1942 et est arrêté le 3 avril en tentant de franchir clandestinement la ligne de démarcation (il est vendu par le passeur qui conduit directement quatre personnes à proximité du poste allemand au moment même de franchir la ligne en plein bois).
Son itinéraire est difficile à reconstituer à cause des confusions générées dans les fichiers du ministère des Anciens combattants au Val de Fontenay avec un autre Chaim Blumenfeld, lui aussi arrêté et déporté (mais né le 9 janvier 1903 et non le 8).

Jean Blumenfeld est hospitalisé à Bourges et condamné le 16 avril 1942 à un mois de prison pour tentative de passage de la ligne de démarcation, qu’il effectue à l’hôpital de Bourges (du 3 avril au 21 mai) en raison de son état de santé. 
Le camp de Pihiviers en 1941
Il est transféré le 22 mai 1942 au camp de Pithiviers. 
Puis le 2 juin 1942, il est transféré à la prison d’Orléans. Jean Blumenfeld est alors remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dans le camp C (camp des Juifs) du camp allemand de Royallieu à Compiègne le 3 juin 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Il y reçoit le matricule "5976". 
Jean Blumenfeld est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.

3 pages de carnet
En gare de Saint-Quentin, il jette des pages de carnet sur le ballast. Ses petites filles (Pascale Solignac et Catherine Peulier-Tirano ont gardé précieusement ces pages de son carnet trouvées sur la voie ferrée en gare de Saint Quentin, et adressées à sa femme. Ils ont été ramassés - sans doute par un cheminot qui en connait le risque encouru, ainsi qu'il l'écrit - qui les a adressés à son épouse, avec quelques mots de commentaires. 
Verso des pages
 "Peu de texte, écrit sa petite fille, sauf un où un résistant a écrit " ils sont partis à environ 1200 le lundi 6.7.42 à 9 h 30 du matin pour travailler en Allemagne. Leur moral est bon. Ils vous souhaitent bon courage. Ils ne vous oublient pas et leurs pensées sont tournées vers les leurs. Excusez-moi si je ne peux m’étendre d’avantage, mais les circonstances et notre position l’excuse". Lire dans le blog Les lettres jetées du train par les déportés
Le camp de Birkenau
Jean Blumenfeld  est enregistré à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46269". 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Selon le témoignage de Jules Polosecki, il est envoyé au Kommando de Buna le 12 juillet (camp de Monovitz), puis serait revenu à Birkenau.
Jean Blumenfeld meurt à Auschwitz le 11 août 1942, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 104). 
Lettre de Jules Polosecki à Mme Blumenfeld
Deux de ses camarades (Eugène Garnier et Jules Polosecki) ont attesté qu’il est mort à cette période, après avoir contracté le typhus.
Son père, David Blumenfeld, né le 25 janvier 1878 à Zarki (Pologne) artisan fourreur habitant 6 rue du Grenier Saint Lazare 75003 Paris, a été arrêté lors d’une rafle le 11 février 1943. Déporté à partir de Drancy par le convoi N°49 vers Lublin Maïdanek. Il meurt à Auschwitz le 8 mars 1943.
Sa sœur, Sarah Blumenfeld, née le 25 décembre 1905 à Zarki (Pologne), sténo, habitant 6 rue du Grenier Saint Lazare 75003 Paris, est arrêtée lors de la rafle du Vel d’Hiv le 16 ou 17 juillet 1942. Elle est déportée par le convoi N°9 le 22 juillet 1942 avec 996 juifs dont 385 femmes. Elle meurt à Auschwitz.
Mariette et Jacqueline Blumenfeld n’ont pas été déportées car ont été considérées comme "non juives" comme le mentionne le "certificat de non-appartenance à la race juive", signé par Xavier Darquier de Pellepoix en date du 28 octobre 1942.

Sources

  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943 le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national et dossier individuel de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) Caen. Ministère de la Défense, Val de Fontenay, consulté en 1993.
  • Courrier d’Eugène Garnier à Madame Blumenfeld du 13 mai 1945.
  • Courrier de Jules Polosecki à Madame Blumenfeld du 14 mai 1945.
  • Mails de Mme Pascale Solignac (avril 2009, février et mars 2014). Photo de son grand père, mots jetés depuis le train, courriers envoyés à sa grand-mère par 
    Eugène Garnier et Jules Polosecki, rescapés du convoi.
Biographie rédigée en janvier 2001, complétée en juin 2011 et mars 2014 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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