L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BIGARE Ferdinand


Matricule 45247 à Auschwitz
Rescapé


Ferdinand Bigaré est né le 1er juillet 1906 à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), où il habite au 4 rue de Colmar au moment de son arrestation. Il travaille à l'usine dès l'âge de 12 ans. Il se marie le 25 mars 1929, père de 5 enfants (âgés de 14 ans, 7 ans, 5 ans, 3 ans, et onze mois au moment de l'arrestation).
Ferdinand Bigaré est forgeron à la Société alsacienne des Hauts fourneaux et fonderie de Pont-à-Mousson.
Il en est renvoyé de la SAHF après les grèves de 1936, comme militant communiste : il avait adhéré en 1926 et militait activement dans la cellule de Maidières.
En 1939, il est mobilisé malgré ses 5 enfants.
­A sa démobilisation, il fait partie du premier triangle de résistance communiste de sa ville, "chargé de la publication, du transport et de la diffusion de tracts et journaux clandestins".
Ferdinand Bigaré est arrêté par un gendarme français de la brigade de Pont-à-Mousson le samedi 9 août 1941, à son domicile, pour "diffusion de tracts et journaux clandestins", en même temps que ses deux beaux-frères, Maurice et Gabriel Andrieux.
Emprisonné, Ferdinand Bigaré est transféré le 10 août 1941 à Nancy où il est gardé pendant une dizaine de jours. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 18 août 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (il y reçoit le matricule 1555).
Affecté au bâtiment A5, il participe à la réalisation du tunnel d'évasion. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».Ferdinand Bigaré est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Ferdinand Bigaré est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45247.
Kommando de la Forge
A Auschwitz I, il est affecté au Block des Forgerons de la ferme. Il y est avec 6 camarades.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des détenus politiques français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Le 7 septembre 1944 à mars 1944 Ferdinand Bigaré fait partie du groupe de 30 transféré à Gross-Rosen, où il porte le N° 40975 et travaille pour Siemens.
Puis il est transféré à Hersbrück le 15 février 1945 (matricule 84303). A nouveau transféré, c'est à Dachau qu'il est libéré par l'armée Leclerc, le 18 mai 1945 (le 18 avril écrit Ferdinand Bigaré). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Dix jours plus tard, il arrive à Mulhouse. De lourdes séquelles l'affecteront sa vie durant. Il souffre d'un ulcère au duodénum en 1959 et ne peut reprendre son emploi.
Jusqu'à cette maladie handicapante, il a conservé ses activités politiques et syndicales aux usines SADA à Dieulouard.
Homologué Déporté politique, le titre de Déporté résistant lui a été refusé à deux reprises (en 1949 et 1953)
En 1988, très fatigué, il n'avait pu rédiger lui-même son questionnaire biographique. Sa femme, elle-même âgée de 80 écrit "à 81 ans, malade, sa tête ne va plus. C'est la rançon de beaucoup de ceux qui ont beaucoup souffert et souffrent encore de ce qu'ils ont vu dans ce camp maudit". En mars 1989, il fait une rupture d'anévrisme.
Ferdinand Bigaré meurt le 7 septembre 1991 d'une embolie cérébrale.
Dans une lettre qui suit son décès, Charles Bigaré, l'un de ses enfants, évoque au nom de sa mère l'hommage que lui ont rendu les déportés de la région (porte drapeaux et allocution du président) et la présence d'une délégation du Parti communiste (allocution du secrétaire de section).

Sources
  • Lettres de son fils Claude Bigaré, remises à André Montagne.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son épouse.
Biographie rédigée en juin 1997 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

je vous remercie pour ce temoignage emouvant que vous rendez à mon grand pere
merci pour sa mémoire