L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VENDROUX Pierre


Matricule "46184" à Auschwitz

Rescapé

Pierre Vendroux est né le 10 novembre 1900 à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), où il habite au 10 rue du Temple au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Martazier, 27 ans, sans profession, et de Pierre Vendroux, 31 ans forgeron, son époux. Il naît au domicile de ses parents, 6 rue de Poudrière à Chalon. Ils lui ont donné le même prénom que son père.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Chalon au moment du conseil de révision et travaille comme ajusteur.
Pierre Vendroux mesure 1m 55, a les cheveux marron, les yeux châtain, le front bombé, le nez cave, et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter). Conscrit de la classe 1920, il est appelé au service militaire le 15 mars 1920. Il est incorporé (matricule n° 134) au 8ème escadron du train auto (140ème bataillon). Le 18 mai il « passe » au 18ème escadron et le 1er octobre 1920, il « passe » au 121ème escadron. Le 6 janvier 1921, il est affecté au 19ème régiment de tirailleurs algériens et fera la campagne du Levant. De cette période, il a gardé de nombreux tatouages (que ses camarades français à Auschwitz -  tout comme les Kapos – viendront admirer. Si aucun document militaire ne signale qu’il a été placé dans un peloton disciplinaire, ces tatouages sur tout le corps y sont fréquents… Et on sait qu’il est très bagarreur...
Il est envoyé dans la disponibilité le 1er mars 1922, « certificat de bonne conduite refusé ». Pierre Vendroux aura d’ailleurs maille a partir avec la police entre 1922 et 1923 et subira plusieurs condamnations pour « coups et blessures, rébellion » (amnistiées en 1931).
Pierre Vendroux épouse Yvonne, Charlotte, Marie, Marcelle Groïss le 17 septembre 1925 à Chalon-sur-Saône. Le couple a un enfant. 
Le 4 mai 1931 ils habitent au 10 rue du Temple à Chalon (jusqu’à son arrestation).
Le 25 septembre 1938, lors de la crise des Sudètes (1) il est « rappelé à l’activité militaire » (article 40 de la loi du 31 mars 1928) et affecté au centre mobilisateur d’infanterie n° 82. Il est renvoyé dans ses foyers au bout d’une semaine, le 2 octobre.
Selon Gabriel Lejard, il est membre du Parti communiste. Il figure sur une liste de la police concernant 28 « individus signalés comme militants de l’ex-parti communiste dans le département de Saône-et-Loire ».
Le 24 août 1939, il est à nouveau « rappelé à l’activité » et rejoint deux jours plus tard le 82ème régiment régional. Le 18 novembre 1939, il est classé dans l’affectation spéciale en tant que renforcement aux établissements Vivi-Derousset à Chalon-sur-Saône « pour une durée indéterminée ».
Le 18 mars 1940, il est rayé de l’affectation spéciale et affecté au dépôt d’infanterie 81, compagnie de passage spéciale.
Pendant l'Occupation, Pierre Vendroux est un élément actif d'un réseau des Forces françaises combattantes (FFC), le réseau "Gloria", créé en 1940 par M. Comparot. Il en est reconnu "agent P2, chargé de mission de 3ème classe" à partir du premier janvier 1941 (renseignement, assistance aux prisonniers évadés, passage de la ligne de démarcation). Il est également en contact avec Léon Thibert du réseau "Combat", qui sera arrêté le 26 février 1942.
Pierre Vendroux est arrêté le 22 février 1942 à son domicile (fiche des ACVG) ou sur la ligne de démarcation (dossier statut des ACVG), à la suite dira-t-il de l'attentat de la rue de Bourgogne, place du Théâtre à Dijon (2). On notera toutefois que les 20 militants communistes arrêtés à la suite de cet attentat commis le 25 février le sont le 26 février. Pierre Vendroux est condamné en application du décret du 26 septembre 1939 concernant les activités communistes ("Il figurait dans le carnet B du Commissaire de police").

Après avoir été écroué dans les prisons de Chalon-sur-Saône et de Dijon (18 mars 1942), puis Beaune, Pierre Vendroux est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne le 20 mai (lettre d'Alphonse Mérot à sa femme) en vue de sa déportation comme otage.
Il y reçoit le matricule "5771", est affecté au bâtiment C1, chambre 7.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Vendroux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Dessin de Franz Reisz
Pierre Vendroux est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45204" (11 heures du matin). Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block. Pierre Monjault.
Pierre Vendroux, comme Pierre Monjault, reste à Birkenau. Il est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz. La plupart des « 45000 » vont mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l'année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943 ! Tatoué des pieds à la tête, Pierre Vendroux jouira d'une certaine considération de la part des Kapos droits communs. Il est l'un des rares rescapés de Birkenau. 
Un soir (le 16 ou le 17 mars 1943), après l’appel, la plupart des « 45000 » survivants à Birkenau (vingt-cinq) sont rassemblés. Consignés dans un block, dix-huit d’entre eux, dont Pierre Vendroux et Léon Thibert sont conduits le lendemain sous escorte au camp principal, Auschwitz I.
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Pierre Vendroux, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, Pierre Vendroux est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). 
Le camp de Flossenbürg
Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbürg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Le 28 août 1944 Pierre Vendroux fait partie du groupe de trente et un "45 000" qui est transféré d'Auschwitz pour Flossenbürg, où ils sont enregistrés le 31 août 1944 : Pierre Vendroux y reçoit le matricule "19.879".
Certains d'entre eux sont transférés dans d'autres camps. A la mi-novembre 1944, Pierre Vendroux et Marius Zanzi partent à Dachau. 
Pierre Vendroux y est immatriculé avec le n° 116 400. 
Pierre Vendroux est libéré le 28 avril 1945, il regagne la France le 9 mai 1945. 
Sa santé est très atteinte. Un ulcère de l'estomac se déclare, dont l'opération entraîne son décès, le 13 avril 1951.
La fiche de demande de Pierre Vendroux
pour son homologation de Déporté politique
Il a été homologué "Déporté résistant" en 1952 "otage politique ", déclaré "Mort pour la France". Il avait reçu la médaille de la Reconnaissance française.
  • Note 1 : Hitler annonce qu'il annexera la région des Sudètes (située en Tchécoslovaquie) où existe une forte minorité allemande - 3 millions sur 15 millions, quoi qu'il arrive, le , sachant parfaitement que cela équivaut à une déclaration de guerre avec la France et le Royaume uni, alliées de la Tchécoslovaquie. La France mobilise alors ses troupes alors que, sur proposition de Mussolini, Hitler décide d’organiser une conférence « de la dernière chance » à Munich. Les accords de Munich sont signés le 30 septembre 1938. Au parlement seuls les députés communistes et quelques députés de droite et de gauche ont voté contre la ratification. C’est la rupture officielle du Front populaire.
  • Note 2 : Le 25 février 1942, un groupe de l'O.S. (organisation armée du Front National) composé de Lucien Dupont et Armand Tocsin  attaque à la grenade une école réquisitionnée par les Allemands pour servir de Soldatenheim (foyer du Soldat). Les Allemands qui recherchent activement les responsables, arrêtent 20 communistes comme otages. « Le maire de Chalon, Nouelle, fait apposer une affiche appelant à la délation, intitulée : « Ne faites pas pleurer les mères allemandes » : Georges Mazoyer président de la FNDIRP du 71 (24/8/1990). 

Sources
  • Témoignages de Pierre Vendroux (28 mai 1946), Gabriel Lejard, 26 mai 1973 (rencontre du Havre), Léon Thibert (7 février 1991).
  • -Renseignements fournis par les archives de la FNDIRP de Saône et Loire, Georges Mazoye (1990).
  • - ACVG: 1992, novembre 1993
  • .- Mairie de Chalon, 30 janvier 1989, Etat-civil. 
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Courriel de M. Bernard Parriault (août 2013), fiche de la rue Leroux.
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en mars 2006 (complétée en juillet 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. * Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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