L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TREVEL Arsène, Auguste



Matricule "46157" à Auschwitz

Arsène Trével
est né le 28 décembre 1892 à Allemagne (Calvados) dénommée 
Fleury-sur-Orne en hommage à Fleury-devant-Douaumont, par le décret du 12 avril 1917.
Il est le fils de Julia, Anatolie Marguerin, âgée de 42 ans, sans profession et de Felix, Pierre, Auguste Trével, 44 ans, journalier, son époux. 
Arsène Trével habite Fleury-sur-Orne, place Bouquet au moment de son arrestation.
Il travaille comme agent des lignes téléphoniques au moment de son incorporation. Conscrit de la classe 1912, il est appelé sous les drapeaux en octobre 1913. Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 70, a les cheveux châtain moyen et les yeux bleu foncé, le nez rectiligne. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée).
Il est incorporé au 1er régiment de Génie le 10 octobre 1913, compagnie 4/5. Il part « aux armées » le 2 août 1914, veille de la mobilisation générale.
Evacué malade le 19 septembre 1914, il entre à l’hôpital de Tours pour une amygdalite aigüe. Il en sort le 24 octobre 1914. Il repart au front le 20 janvier 1915.
"Fatiche di guerra"
On peut lire sur son registre matricule qu’il est autorisé à porter le ruban distinctif des « fatigues de guerre », décerné par le gouvernement italien en vertu du décret royal du 21 mai 1916. En fait il s’agit d’une mauvaise traduction de "Fatiche di guerra" qui signifie « efforts de guerre ». Cette distinction ne semble pas avoir été attribuée automatiquement à tous les Français ayant servi en Italie. Cette distinction signifie qu'il a servi en Italie pendant une période (1).
Arsène Trével est démobilisé le 29 août 1919, avec un certificat « de bonne conduite ».
Il travaille comme agent des lignes à Caen (il est à ce titre « affecté spécial » aux PTT pour la Réserve militaire).
Arsène Trével est marié, père d’un enfant né en 1923.
Il est membre du Parti communiste.

Selon son registre matricule militaire, il est "Engagé volontaire" au réseau « Action PTT » (qui deviendra par la suite « Résistance PTT ») à compter du 15 août 1941 (agent P1).
Arsène Trével est arrêté à son domicile le 7 mai 1942, (dans les mêmes conditions qu’André Felix «45553») : il figure sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes.
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942)
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemend de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage. A Compiègne, il reçoit le matricule 5676. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages ».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Arsène Trével est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46157" 
selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Arsène Trével meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1255). Son acte de naissance porte toujours la date fictive du 15 décembre 1942 à Auschwitz (inscrite le 26 juillet 1949) : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué en 1963. 
Il a été homologué comme Lieutenant à titre posthume au titre des FFC (Forces Françaises Combattantes).
Une cellule du PCF de Fleury-sur-Orne a porté son nom.
  • Note 1 : Un autre "45.000", Maurice Raux, de Lisieux, a reçu également cette distinction en 1917.
Sources
  • Registre matricule militaire, Etat civil © Archives en ligne du Calvados.
  • Fiche FNDIRP remplie par sa veuve (N° 21488 / 8387).
  • Correspondance avec M. Rossi, le petit-fils d’André Félix (1991)
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen octobre 1993.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en octobre 2015) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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