L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TOUSSAINT Léon, Léopold, Fernand



Léon, Adolphe, Fernand Toussaint est né le 30 janvier 1896 à Houdelaucourt-sur-Othain (Meuse), commune rattachée depuis 1973 à Spincourt. Il habite au 4 avenue de la République à Audun-le-Roman (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Julie Aubry, 37 ans, sans profession et de Émile, Pierre, Toussaint, 37 ans, employé de chemin de fer, son époux.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Saint-Hilaire d’Ozilhan (Gard) au moment du conseil de révision et y travaille comme ouvrier d’usine.
Fernand Toussaint mesure 1m 67, a les cheveux marron, le front moyen, le nez rectiligne et le visage rond.
Conscrit de la classe 1916, Fernand Toussaint est déclaré « bon pour le service » et comme tous les jeunes hommes de sa classe le sont après la déclaration de guerre d’août 1914, il est mobilisable au début de l’année 1915.
Il est mobilisé le 9 avril 1915 au 147ème Régiment d’infanterie, où il arrive le jour même. Il passe à la 25ème compagnie le 5 juin 1915. Le 5 décembre 1915, il « passe » au 87ème Régiment d’infanterie engagé dans la campagne de Champagne, puis dans la Somme en 1916. Le 1er août 1916 il passe à la 1ère compagnie de celui-ci. Du 7 septembre au 8 octobre 1916, il est malade, sans doute hospitalisé (pluie, froid, boue et bombardements à obus toxiques dans cette période selon l’historique du régiment). En 1917, le 87ème est à Verdun et engagé dans la Somme en 1918. 
Croix de guerre étoile d'argent
Le 23 juillet, contre-attaque du 87ème au bois des Arachis. Fernand Toussaint est cité à l’ordre du régiment le 1er août 1918 «Mitrailleur d’une bravoure exceptionnelle et d’un très grand sang-froid à l’attaque du 23 juillet a contribué par son tir précis à la destruction d’un nid de mitrailleuses ennemie qui gênait la progression de son bataillon ». Il est décoré de la croix de guerre, étoile d'argent avec palme (décret du 14 août 1918).
Il est démobilisé le 31 août 1919 et mis « en congé illimité de démobilisation » par le dépôt du 147ème RI, « certificat de bonne conduite accordé » le 2 septembre 1919. Fernand Toussaint « se retire » à Blagny, canton de Mézières (Ardennes).
Le 6 juin 1920, il a déménagé à Nouvion-sur-Meuse, où se situent des ateliers ferroviaires de la compagnie des chemins de fer de l'Est où il a été embauché. Pour l’armée (le 5 août 1920), cet emploi le fait alors « passer » dans la réserve de l’armée active, aux chemins de fer de campagne en tant qu’« Affecté spécial » (il sera mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
Le 9 octobre 1920, Fernand Toussaint épouse Marie, Claire Dujardin à la mairie de Blagny. Ils ont un enfant, Pierre, qui naît en 1926.
Fernand Toussaint est chef de train à la Compagnie des chemins de fer de l'Est, à Audun-le-Roman (Meurthe-et-Moselle). Il est délégué CGT. Membre du Parti communiste, il est secrétaire de la cellule communiste d'Audun, qui compte une vingtaine d'adhérents, Fernand Toussaint est élu en 1935 conseiller municipal de cette ville.
A l’Occupation, Léon Toussaint est «travailleur requis sur place». Il appartient au réseau Résistance-Fer et convoie des prisonniers de guerre évadés dans un fourgon de son train.
Le 20 février 1942, il est arrêté par la Gestapo, en même temps que Jean Manon, son collègue de travail, à la suite du plastiquage de la centrale électrique d'Auboué (cliquez sur ce lien pour lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942). Ida Manon , la sœur de Jean Manon reconnaît Léon Toussaint dans l’autobus qui emmène son frère.
Fernand Toussaint et Jean Manon sont écroués à la prison de Briey du 20 au 24 février, puis internés le 24 février au camp d'Ecrouves. Marie Toussaint y obtient une autorisation de visite. Le 5 mars, ils transitent par la prison de Toul pour être remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci les internent le 5 mars 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne, en vue de leur déportation comme otage. 
A Compiègne il reçoit le numéro matricule « 3768 ».  Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Léon Toussaint meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1280). Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «en décembre 1943 à Birkenau». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du Journal officiel du 3 janvier 2001). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Le titre de « Déporté résistant » lui a été refusé au motif : "pas arrêté en raison de son appartenance au Mouvement de Résistance-Fer ".
Son nom figure sur le monument commémoratif d’Audun, et une rue de la ville rappelle sa mémoire.
En 1992, c'est son fils Pierre toussaint qui répond à ma demande de renseignements : il est adjoint au maire communiste, Hubert Devèze, conseiller général. 

Sources

  • Mairie d'Audun le Roman (mars 1992), réponse remplie par Pierre Toussaint, adjoint au Maire.
  • Témoignage de Giobe Pasini (rescapé du convoi).
  • Lettre de son fils, Pierre Toussaint (10 mars 1992).
  • Liste Magrinelli.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen, juillet 1992.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom et Tome 42, page 290.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registre matricule militaire
Biographie rédigée en juin 1997 (complétée en juillet 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. * Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: