L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


THIBERT Léon, Casimir

Léon Thibert le 8 juillet 1942
Matricule "46140" à Auschwitz

Rescapé

Léon Thibert (dit "Casi") est né à Ratte (Jura) le 12 janvier 1912. Il est le fils de Marie Curau et de Jules Thibert son époux.
Au moment de son arrestation, il habite à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), où il est cuisinier. Divorcé, il se remarie et est père de 3 enfants (dont une fille Michèle, née en 1936 et un fils, Léon).
Pendant l'Occupation, Léon Thibert est membre du réseau "Combat". Il est également en contact avec Pierre Vendroux qui sera lui aussi déporté à Auschwitz.
Le 26 février 1942, Léon Thibert est arrêté par les polices française et allemande, en même temps que 3 autres chalonnais qui feront partie du même convoi pour Auschwitz : Léon Michaud (45876), Lucien Rosier (46069), Henri Goux (45625). 
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Léon Thibert est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Léon Thibert est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46.140" (à 11 heures du matin) . Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block. Pierre Monjault.
Léon Thibert comme Pierre Monjault et Pierre Vendroux reste à Birkenau. Il est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz. La plupart des « 45000 » vont mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l'année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943 !

Dessin de Franz Reisz
Un soir (le 16 ou le 17 mars 1943), après l’appel, la plupart des « 45000 » survivants à Birkenau (vingt-cinq) sont rassemblés. Consignés dans un block, dix-huit d’entre eux sont conduits le lendemain sous escorte au camp principal, Auschwitz I.
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Léon Thibert, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, Pierre Vendroux est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.

Le camp de Flossenbürg
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbürg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Le 28 août 1944 Léon Thibert et Pierre Vendroux font partie du groupe de trente et un "45.000" qui quittent Auschwitz pour Flossenbürg, où ils sont enregistrés le 31 août 1944 : Léon Thibert reçoit le matricule « 19.894 » à Flossenbürg.  
Il retourne à Birkenau en 1944, pour y assurer l'entretien des miradors. 
Certains d'entre eux sont transférés dans d'autres camps, mais Léon Thibert reste au camp de Flossenbürg jusqu'à sa libération avec Louis Faure et André Seigneur.
Libéré le 3 mai 1945, il est rapatrié le 5 mai par Longuyon. 
Le titre de « Déporté résistant » lui a été attribué en mars 1952.
Membre du réseau "Combat", il a le grade de sergent RIF (Attestation de N. Murat, qui précise: "du 1er novembre au 5 mai 1945" pour "passage de la ligne de démarcation (elle passait à Chalon), pour des prisonniers évadés, ravitaillement et aide matérielle à tous résistants ".
A la Libération il devient restaurateur. Il prend sa retraite à Antibes. 
Léon Thibert est mort à la "Basse Mâconnière" près de Châteaurenard (Louhans), le 15 juin 1994.

Sources
  • Témoignages de Georges Gourdon, Aimé Oboeuf Pierre Vendroux et Roger Abada.
  • Démarches en mairie de Châlon et auprès de la FNDIRP locale (M. Mazoyer)
  • Léon Thibert a rempli en mars 1990, le "questionnaire biographique" que j'ai adressé aux familles ou au municipalités.
  • ACVG (Val de Fontenay) novembre 1993
Biographie rédigée en mars 2006 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005).
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