L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


STEPHAN François, Emile

François Stéphan © France L'Ecorsier

Matricule "46120" à Auschwitz

François Stephan est né le 19 mai 1908 à Nantes (Loire-Atlantique). 

Il habite 110 rue de Geôle à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Laure et son frère François Stéphan 
au mariage Mario-Launay 
© Philippe Landreau
Il est le fils de Gabrielle, Céline, Marie Mario, mécanicienne, 33 ans et de François, Marie Stéphan, 30 ans, manœuvre, son époux. 
Ses parents habitent au 10 rue de la Fontaine de Barbin à Nantes.
Il a une sœur cadette, Laure, Gabrielle, Germaine qui naît le 5 novembre 1909 à Nantes et deux cadets, Raymond, Louis , Gabriel qui naît en 1912 et Roger, Yvan qui naît en 1915.

François et Emmilienne Stéphan
© Francis Stéphan
François Stéphan © Francis Stéphan
François Stéphan épouse Émilienne, Eugénie L'Ecorsier le 14 janvier 1928 à Paris 20ème. 
Elle a 22 ans et lui 20. 
Le couple aura cinq enfants : Francis, André (né en 1929), Henri, Paulette, Monique (recherches de France L'Ecorsier et de Francis Stéphan). 
Photo © France L'Ecorsier
Pendant la guerre, "Il se serait réfugié à Saint-Nazaire peut-être chez la sœur de ma grand-mère ?" (Philippe Landreau, souvenirs de sa mère).
Militant communiste, François Stéphan est arrêté pendant l'occupation allemande par des policiers français, dans la nuit du premier au 2 mai 1942 (Lire Collaboration de la Police française (note du Préfet de police de Paris, François Bard) à propos du sabotage de Moult-Argences)
Son nom figure en effet sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes à partir de renseignements fournis par la police française. 
Son arrestation a lieu en représailles aux déraillements de deux trains les 16 et 30 avril 1942, de permissionnaires allemands à Airan près de la gare de Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 
Liste des otages communistes du Calvados (photomontage)
24 otages sont fusillés le 30 avril à la caserne du 43è régiment d’artillerie de Caen occupé par la Werhmarcht. 28 communistes sont fusillés en deux groupes les 9 et 12 mai, au Mont Valérien et à Caen. Le 9 mai trois détenus de la maison centrale et des hommes condamnés le 1er mai pour "propagande gaulliste" sont passés par les armes à la caserne du 43e. Le 14 mai, 11 nouveaux communistes sont fusillés à Caen.
Lire dans le blog : 14 - Calvados Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Il est arrêté à son domicile par un inspecteur de police, accompagné d’agents et de Feldgendarmen. Emmené au commissariat de la rue Aubert, il y retrouve des militants qu’il connaît : des « JC » comme Joseph Besnier, Raymond Guillard et André Montagne, des cégétistes comme Eugène Cardin et René Blin  (témoignage d'André Montagne qui le connaissait par l'intermédiaire de son père, syndicaliste)
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec d’autres militants communistes caennais arrêtés le même jour, au sous-sol dans des cellules exiguës.  
Listes d'arrestations des communistes arrêtés sur désignation de l'autorité allemande (Feldkommandantur 723) 
et remis à celle-ci le 3 mai 1942 (montage photo à partir du document de la Préfecture de Caen / CDJC).

A la demande des autorités allemandes, François Stéphan et ses camarades sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). François Stéphan y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage. 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
François Stephan est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 

Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46120".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Registre des morts du 17 août 1942.
6 noms de français ce jour là; dont celui de François Stéphan
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
François Stephan meurt à Auschwitz le 16 août 1942 d’après les registres du camp. Il est enregistré dans le "livre des morts" (Totenbuch) le lendemain.
Une plaque commémorative a été apposée le 26 août 1987 à la demande de  David Badache et André Montagne, deux des huit rescapés calvadosiens du convoi. Le nom de François Stéphan est inscrit sur la stèle à la mémoire des caennais et calvadosiens arrêtés en mai 1942. Située esplanade Louvel, elle a été apposée à l'initiative de l'association "Mémoire Vive", de la municipalité de Caen et de l'atelier patrimoine du collège d'Evrecy. Elle est honorée chaque année.
Emmilienne Stéphan et une de ses filles
Eugénie Stéphan est décédée  le 14 novembre 1943 à Caen
"Les cinq enfants étaient jeunes et ont été pris en charge par une tante Marie-Josèph L'Ecorsier qui demeurait sur Caen, d’où leur installation sur ce secteur" (Mme France L'Ecorsier).
Françis Stéphan est décédé à 15 ans, André Stéphan est décédé en 1987, Henri Stéphan est décédé en 1978, Paulette Stéphan encore vivante en 2017, Monique Stéphan décédée en 2015 (source Francis Stéphan). 

Sources
  • Fiche de renseignements FNDIRP établie par Mme Bellanger, assistante sociale.
  • Témoignages cités : Charles Lelandais, et Emmanuel Beaudouin. (N° 63880 /8366).
  • Liste Jean Quellien, historien (1992).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Reproduction de la page 93 du T 1 du "Totenbuch" Edition 1995.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Photo de Laure et François Stéphan, envoi de M. Philippe Landreau (novembre 2017).
  • Photos de jeunesse et de mariage, envoi de M. Francis Stéphan (novembre 2017), son petit fils (le fils d'André Stéphan).
  • Photos avec sa fille, sa femme, envoi de Mme France L'Ecorsier (novembre 2017).
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

1 commentaire:

Stephan ep Pottier Mclaire a dit…

je suis une des petites filles de françois stéphan la fille d'un de ses fils j'ai deja releve des informations sur le net le concernant car je l'es toujour en memoire malgre ne pas l'avoir connue