L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SAGLIER Armand



Matricule "46085" à Auschwitz

Rescapé

Armand Saglier est né le 4 juillet 1901 à Is-sur-Tille (Côte d'Or). Sa mère Marie Malnoury a 23, sans profession, et son père, Alexis Adrien Saglier son époux âgé de 26 ans est manouvrier. 


Le 12 rue des Messageries
Armand Saglier habite au 12 rue des Messageries à Marcilly-sur-Tille au moment de son arrestation.
Au moment du conseil de révision, habite Is-sur-Tille et exerce le métier de manœuvre, puis mécanicien. Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 67, a les cheveux châtain, les yeux marron, le front moyen et le nez rectiligne, le visage ovale.
Conscrit de la classe 1921, Armand Saglier s’est engagé volontairement pour trois ans dans la Marine le 7 octobre 1919 à la mairie de Dijon. Il est affecté au 5ème Dépôt des Equipages de la Flotte à Toulon, où il arrive le 9 octobre.
Il est nommé « matelot de deuxième classe » en mars 1920, et « quartier maître chauffeur » le 1er octobre 1920. Le 7 octobre 1922, son engagement terminé, il est placé dans réserve de l’armée de mer, « certificat de bonne conduite accordé ».
En 1923, il habite Amagne, près de Rethel (Ardennes). En juillet 1923 il habite 9 rue des Forges à Charleville (Ardennes).
En mars 1924, il habite au 27 rue Thiers à Mézières (Ardennes).
Le 26 avril 1924 il épouse Anna Dieudonné à Mézières. Le couple aura 6 enfants.
En août le couple a déménagé au 3 rue Jacquemart dans cette même ville, puis au 10 rue des Marbriers en novembre.
En 1927 ils ont changé de région et habitent à Is-sur-Tille, chez Delaigue (manufacture de mesures linéaires). Armand Saglier est ajusteur.
En 1928, il est rattaché à la classe de mobilisation la plus ancienne dans la deuxième réserve, comme « père de quatre enfants ».
Membre du Parti communiste depuis 1932, il est secrétaire d'une cellule, et se présente aux élections pour le Conseil d'arrondissement et le Conseil général.
En juin 1935, la famille Saglier habite rue de la sablière à Marcilly-sur-Tille (Côte-d’Or).
Il est affecté comme personnel de renforcement comme « ouvrier sur métaux » aux établissements Terrot à Dijon le 15 janvier 1939.
Après la déclaration de guerre, il est affecté à la société Louvroil à Montbard-Aulnoye reconvertie en fabrique de bombes, comme « ouvrier sur métaux » le 20 septembre 1939.
Le 18 avril 1940 il est rayé de l’affectation spéciale industrielle, comme la plupart des « affectés spéciaux » connus comme syndicalistes ou communistes, et affecté au 81ème dépôt d’Infanterie le même jour.
Durant l'occupation, il participe à l'installation des premiers groupes armés dans l'Est du département : détournement d'un chargement de fusils de chasse en partance pour l'Allemagne ; dans la même gare, déraillement d'un canon de 450.
Le 14 juillet 1941, des policiers français l'arrêtent à son domicile, en même temps que 9 futurs "45000", parmi lesquels 4 cheminots.
Il est condamné "à 15 ans de travaux et une interdiction de séjour",
Armand Saglier est emprisonné à Dijon, puis Vesoul. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 8 septembre 1941, en vue de sa déportation comme otage. 

La Direction des services ferroviaires fait une demande de libération, refusée le 10 juillet 1942 (Lettre de De Brinon, qui le définit comme " honnête, sobre, courageux " et "qui a laissé sa famille pratiquer la religion catholique"). Raisons du refus: " meneur communiste, chef de cellule, candidat communiste ". Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
A Auschwitz, il reçoit le 8 juillet 1942, le matricule "46085".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Il est atteint du typhus. 
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants : Lire l'article du blog "les 45000 au block 11
Après la quarantaine du Block 11, il est affecté au block 4, avec Gabriel Lejard et Joseph Freund (62.660), qui en a témoigné. Il sera Stubedienst (chef de chambre). Il est transféré le 28 août 1944 sur Sachsenhausen, puis dirigé sur Berlin (comme Robert Lambotte et Jean Thomas), il arrive à Falkenhagen.
Le 21 février 1945, il est transféré à Bergen-Belsen, où il est libéré le 15 avril.
On le rapatrie les 9 et 10 juin : il souffre de lombalgie, de troubles urinaires, de tuberculose pulmonaire, et en 1948, il sera pensionné à 100 %.

Armand Saglier est homologué "Déporté résistant" en 1950, par décision unanime de la Commission.
Il meurt le 28 janvier 1953, à Mézières (Ardennes), victime d'un accident de la route.

Sources

  • Questionnaire rempli par un des fils d'Armand Saglier, Marcel, qui joint la photocopie d'un article-témoignage de Gabriel Lejard
  • ACVG, fichier central : la fiche d'entrée à Auschwitz (signalement : 1m 69, cheveux blonds) ­novembre 1993. C'est le BAVCC qui a occulté une partie de la fiche d'enregistrement à Auschwitz.
  • Mairie d'Is-sur-Tille, 8 mars 1994, Etat-civil.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Registres matricules militaires de la Côte d’Or en ligne.
Biographie rédigée en février 1998, complété en novembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005).
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