L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


REPIQUET Ernest


Matricule "46051" à Auschwitz

Ernest Repiquet est né le 21 novembre 1896 à Saussey (Côte d'Or). 
Il est le fils de Marie Bussière, âgée de 29 ans, sans profession et de Jacques Repiquet, 34 ans, maréchal-ferrant, son époux. Il est le dernier d'une fratrie de quatre enfants.
Selon Le Maitron, son père est d'opinions socialistes et sa mère est catholique pratiquante. 
Au moment de son arrestation, il habite son logement de fonction à Saint-Seine-l'Abbaye (il est contrôleur des contributions).
Lors du conseil de révision, Ernest Repiquet habite Saussey (Côte d’Or) et exerce le métier de cultivateur. Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 57, a les cheveux châtain, les yeux marron, le front moyen et le nez rectiligne, le visage ovale. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation le 12 avril 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé le lendemain au 56ème Régiment d’Infanterie. Il passera ensuite dans deux régiments engagés sur la ligne de front : les 29ème et 157ème Régiments d’Infanterie. Il est blessé par balle à l’œil droit le 28 août 1916 et perd la vision, lors des combats dans la tranchée d’Ailly pour le ravin du bois Mullot (dans la forêt d’Apremont, secteur de Saint-Mihiel).

Il recevra la Médaille militaire et la croix de guerre avec palme « jeune soldat courageux et dévoué, ayant toujours fait son devoir ».  Mutilé de guerre, il est admis à une pension de retraite de 5ème catégorie de 634 F (décret du 22 juin 1917).
La mobilisation générale de 1914 a interrompu ses études. "Il poursuit ses études jusqu'à 17 ans. Mobilisé pendant la Première guerre mondiale, il est blessé et perd un œil, ce qui l'empêche d'entrer à l'école des Beaux-Arts comme il en avait eu l'intention. Il entre dans l'administration des contributions indirectes et devient receveur (Le Maitron). 
Ernest Repiquet se marie le 29 février 1920 à l'Abergement Saint-Jean (Jura), avec Léa, Marie, Louise Rabut, sans profession. Elle est née en 1894. 
Ils ont trois enfants : Jacques, né le premier septembre 1920 à Semur-en-Auxois (Côte-d'Or), Jacqueline née le 29 mars 1923 à Auxerre (Yonne) et Huguette née le 9 décembre 1925 à Auxerre (Yonne). 
En 1921, ils habitent toujours Saussey par Bligny sur Ouche.
Par décrets des 20 octobre 1920 et 6 janvier 1921, Ernest Repiquet est admis à un emploi réservé aux mutilés de guerre, comme préposé de 3ème classe, aux contributions indirectes.
En 1923, il adhère au Parti communiste et milite à Dijon où il rédige des articles pour Le Travailleur de Bougogne", hebdomadaire du Parti communiste.
Il participe aux grèves et aux manifestations et complète sa formation politique par la lecture. Il est secrétaire de rayon, membre du comité de quartier à Chenôve (Côte d’Or).
Le couple habite le 5 rue Nicéphore Niepce à Dijon (Côte-d'Or) à partir de 1929 et conservera ce domicile, même lorsque Ernest Repiquet aura un logement de fonction à Saint-Seine.
En 1936, il est responsable du "Secours Rouge" et organise des soupes populaires, puis s'occupe de l'hébergement de réfugiés espagnols.
Ernest Repiquet rompit avec le Parti communiste en 1939, mais entra dans la Résistance à partir d’avril 1941 (Le Maitron). 

Cet engagement dans la Résistance est reconnu après guerre, comme en témoigne cette citation pour l'attribution à titre posthume de la Croix de guerre avec étoile de vermeil : "Dès l'Occupation a lutté de toutes ses forces et de tous ses moyens contre l'ennemi. Propagande anti-allemande, aide aux prisonniers et aux patriotes pourchassés par l'ennemi. A organisé des groupes, qui par la suite sont devenus des groupes de combat" (5 septembre 1950), document reproduit ci-après.
Ernest Repiquet est arrêté le 22 juin 1941 à son logement de fonction de Saint-Seine-l'Abbaye. Une de ses filles est présente. Elle se souvient que des soldats allemands sont venus arrêter son père, qu'ils lui ont ordonné de faire une valise et l'ont emmené. 
Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom d’Aktion Theoderich, les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française, plus de mille communistes ou anciens communistes connus de la police française. 
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (pour ceux de Côte d’or, les prisons de Dijon et de Vesoul), ils sont envoyés à partir du 27 juin 1941 (le 5 juillet 1941 pour ceux de Côte d’Or), au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, et qui ce jour là devient un camp de détention des ennemis actifs du Reich. Au camp de Compiègne Ernest Repiquet reçoit le matricule "1108". 
Selon des rescapés, il y aurait été surnommé Le Percepteur. Si ces souvenirs sont exacts, il y aurait donc eu deux internés surnommés Le Percepteur, puisque c'est également le surnom de Léon Lecomtecommis principal au Ministère des finances
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog :  La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et une déportation d’otages.
Ernest Repiquet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Ernest Repiquet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46051".
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Elle a été identifiée par Gabriel Lejard, lors d'une séance d'identification à la FNDIRP.
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il est désigné à Birkenau pour des kommandos de terrassement extrêmement durs : On grattait la terre avec ses ongles (…) transport de terre sur des "plates" munies de brancards, les «Trage», témoigne Gabriel Lejard qui voit son camarade rapidement épuisé.
Ernest Repiquet meurt à Auschwitz le 22 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1003).  
En août, avait débuté une grande épidémie de typhus au camp principal entraînant la désinfection des blocks, d’importantes sélections et le transfert du camp des femmes à Birkenau. 
Le secrétaire d'Etat aux fordes armées "Guerre".
Citation  "Dès l'occupation a lutté de tous ses moyens
contre l'ennemi : propagande anti allemande,
aide aux prisonniers et aux patriotes pourchassés par l'ennemi.
A organisé des groupes qui par la suite
sont devenus des groupes de combat.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 31 juillet 1997, paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997). Mais outre que cet arrêté le fait naitre le 22 novembre (jour de sa déclaration à l'état civil de sa naissance qui a eu lieu la veille) il indique toujours la date fictive décédé le 15 septembre 1944 à Auschwitz (Pologne) : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les Death books (qui correspond au registre d’état civil d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Homologation au grade de Lieutenant (au titre des FFI)
Sur proposition du gouvernement provisoire (le 15 décembre 1945), il reçoit, à titre posthume la Médaille de la Résistance (24 avril 1946) et la Légion d'honneur. 
Il est élevé au grade de lieutenant au titre de la Résistance Intérieure Française (le 28 août 1947".  
Il est déclaré Mort pour la Franc", et est homologué comme Déporté politique le 19 juillet 1954. 
Malgré ses décorations et les certificats qui témoignent de son action dans la Résistance, le titre de Déporté Résistant lui est refusé. 
Lire dans le blog : La carte de Déporté-Résistant.
Le nom d'Ernest Repiquet est inscrit sur le monument aux morts de Saint-Seine-l'Abbaye.
Sa famille habitait encore 5 rue Nicéphore Niepce à Dijon (Côte-d'Or) après la Libération. Son fils Jacques décède de tuberculose le 17 avril 1948 à Dijon. 
Son épouse Léa Repiquet est décédée en 1993.

Sources
  • Textes et témoignage enregistré de Gabriel Lejard (1988), qui reconnaît sa photo d'immatriculation, à la FNDIRP.
  • Déclaration de décès pour l'état civil d'Auschwitz (Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen).
  • Archives de Dijon : Mme Degroise, conservateur, lettre sept. 1991.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 40, page 66, article de Pierre Lévêque.
  • Correspondance téléphonique et rencontre avec un de ses arrière-petits-fils (février et avril 2012).
Biographie rédigée en février 1998 et mise à jour en 2012, 2015 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé)Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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