L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RENAUD Charles

Charles Renaud (agrandissement 
d'une photo fournie par son fils)


Gravure au couteau sur linoléum à Compègne
Matricule "46047" à Auschwitz

Charles Renaud est né le 7 avril 1898 à Palinges (Saône-et-Loire). Il habite au 60, rue de Charolles à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne Chauveau et de Jean-Baptiste Renaud. Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Palinges au moment du conseil de révision et travaille employé de commerce (indication raturée). Il sera par la suite chaisier (en 1924) puis mineur (en 1928).
Charles Renaud mesure 1m 68, a les cheveux châtain foncé, les yeux marron, le front moyen, le nez rectiligne et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter).
Son père mobilisé au 65ème Bataillon de Chasseurs à pieds est tué à Fontenoy (Aisne) en juillet 1916. Vraisemblablement à la suite de ce deuil, Charles Renaud, conscrit de la classe 1918, s’engage volontairement à la mairie d’Autun le 16 décembre 1916 « pour la durée de la guerre ». Il est incorporé au 48ème Régiment d’artillerie comme 2ème canonnier. Après ses 6 mois de classes, Charles Renaud « passe » au 81ème régiment d’artillerie lourde le 25 juillet 1917. Le 9 août 1917, il passe au 84ème régiment d’artillerie lourde engagé dans la Somme et en Champagne, puis en Belgique. Le 15 janvier 1918, il est nommé 1er canonnier (équivalent de 1ère classe). Après l’Armistice, du 28 février 1919 au 18 juin 1919, il sert « à l’intérieur ». Le 17 mai 1919, il « passe » au 85ème Régiment d’artillerie lourde. Le 1er juin suivant, il est transféré au 14ème escadron du Train des Equipages militaires. Le 19 juin, embarqué sur Beyrouth (expédition de Palestine), il intègre le 15ème escadron du Train engagé avec l’Armée d’Orient. Le 22 août, il est rapatrié à Orange. Le 27 décembre 1919, il est envoyé en congé de démobilisation et « se retire » à Palinges, « certificat de bonne conduite accordé ».
Charles Renaud épouse le 21 octobre 1922 Marcelle Fradin, 20 ans, vendeuse de journaux. Ils ont un garçon, Raymond (note 1), qui naît le 15 juillet 1923 à Palinges.
Il travaille comme chaisier en 1924.
Mines de Blanzy à Montceau
Le 5 mai 1928, son registre matricule militaire nous indique qu’il habite chez Mr. Dufour rue de Charolles et travaille à Montceau-les-Mines, aux Mines de Blanzy.
En février 1930 travaillant aux mines de Blanzy à Montceau-les-Mines, cet emploi le fait alors « passer » théoriquement dans la réserve de l’armée active, comme « affecté spécial » (c'est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit). En décembre 1938, il travaille aux Usines Schneider du Creusot : il est alors pour l’armée « affecté personnel de renforcement ».
Charles Renaud est membre du Parti communiste, syndicaliste (il est secrétaire du Syndicat CGT du Bâtiment pour Montceau-les-Mines) et militant à l'ARAC.
Charles Renaud est manoeuvre du Bâtiment à l’entreprise Corbières.
C'est un militant communiste, syndicaliste
(secrétaire du Syndicat CGT du Bâtiment pour Montceau-les-Mines) et militant à l'ARAC.
"Il entre dans le travail clandestin dès l'arrivée des Allemands. Avec quelques camarades il tape des tracts à la machine à écrire et les reproduits à la ronéo. Ces tracts sont distribués dans les mines de charbon et dans les bonneteries pour inciter les travailleurs de ces industries à ralentir et saboter le travail destiné aux allemands" (Raymond Renaud).
Arrêté une première fois - avec son fils - le 3 décembre 1940, à Montceau, par la police française, pour ses activités politiques connues (distribution de tracts communistes). Raymond - âgé de 17 ans - est libéré au bout de 48 heures. Charles Renaud est condamné à 6 mois de détention, qu'il effectue à la prison de Châlon-sur-Saône, puis à celle de Dijon.
Charles Renaud est libéré le 3 juin 1941, à l’expiration de sa peine. Réembauché dans son ancienne entreprise, il reprend aussitôt contact avec ses camarades, désormais bien organisés en triangles.
Le 22 juin 1941, perquisition à son domicile : "on trouve du papier blanc, similaire à celui des tracts".
Charles Renaud est arrêté par les policiers allemands, avec trois de ses camarades (Terrenoire et Emorine qui seront fusillés et Claude Chassepot "45358"). Le même jour sont également arrêtés ses camarades Girard, de Montchanin et Damichel. Ils se retrouvent tous trois dan le train qui les emmène à Compiègne le 19 juillet. 

Il convient de rappeler que le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theodorich », les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (Dijon et Châlon pour la Saône-et-Loire), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Gravures sur lino de Charles Renaud à Compiègne
Charles Renaud est interné au camp allemand de Compiègne le 19 juillet 1941 ( n°1336 chambre 8, Bâtiment A5). 
Il y étudie l'italien au sein du comité du camp des politiques, en compagnie de Pierre Chassepot (de Saint-Vallier, mineur de fond aux houillères de Blanzy). Avec lui et Paul Girard (de Montchanin), et Alphonse Mérot (de Chalon-sur-Saône), il constitue un groupe de partage des colis. Ses camarades le désignent comme responsable de chambrée, chargé notamment de la juste répartition des repas. Il peut écrire à ses proches et son épouse peut lui rendre une visite. 
Charles Renaud s'occupe à de nombreux travaux : gravure sur linoléum, objets de bois tourné et sculpté au couteau (il utilise pour cela les pieds des chaises et des bancs). 
Sur la vie au camp de Royallieu lire dans ce blog La solidarité au camp allemand de Compiègne. Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne 
Au moment du départ, il renvoie ces travaux à sa famille : son fils m'en a communiqué plusieurs photographies jointes au dossier. Il participe à la Caisse de Solidarité du camp, maintient ses activités jusqu'au bout. Le 4 juillet 1942, il écrit une lettre annonçant le départ et analysant l'état d'esprit de ses compagnons.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Les barbelés du camp
Charles Renaud est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Sa photo d'immatriculation, le 8 juillet 1942
Charles Renaud est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46047. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Charles Renaud est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Selon Raymond Montégut, il est affecté au Kommado menuiserie. 
Camille Nivault (45928), rescapé, qui y est alors hospitalisé pour un phlegmon, a témoigné que Charles Renaud entre à l'infirmerie du camp (Revier) en décembre 1942 pour une mastoïdite, puis en est sorti en janvier après avoir reçu quelques soins. 
Gabriel Lejard de Dijon, se souvient des circonstances de sa mort.: "C'était peu après ce terrible Noël 1942 où ils avaient coupé la moitié de la ration de pain (...) je le rencontrais tous les matins. Il s'en allait des bronches. Atteint de tuberculose, il a été "sélectionné" pour la chambre à gaz.. Un bon gars". Il est mort le 19 février 1943 d'après les registres du camp.
Couverture de livre sculptée dans du lino
 par  Charles Renaud à Compiègne
Son certificat d'appartenance à la Résistance Intérieure Française et son homologation comme sergent, sont signés du Ministre de la Défense nationale (7 décembre 1949).
Le titre de « déporté résistant » lui a été refusé. Celui de "Déporté politique" lui a été attribué.
Son nom est gravé dans la pierre du monument aux Morts de Montceau-les-Mines.
Son frère, résistant, est mort à la bataille de Thann en 1944, ainsi que son neveu, le même jour.
Salle Raymond Renaud au lycée Henri Parriat de Montceau
Au premier plan, Raymond Renaud
  • Note 1 : Biographie in Association Française Buchenwald Dora et Kommandos : Né à Palinges, le 15 juillet 1923, Raymond Renaud est arrêté le 3 décembre 1940 avec son père pour distribution de tracts communistes. Il est libéré au bout de 48 heures. Il est menuisier puis terrassier chez Corbières. Membre des Jeunesses communistes, il est à nouveau arrêté le 14 août 1942 pour transport et distribution de tracts. En avril 1943, il est jugé par le Tribunal spécial de Dijon et condamné à 13 mois de prison. Il est écroué dans les prisons de Chalon-sur-Saône, puis de Dijon. Remis aux autorités d’occupation, il est interné au camp de Compiègne, puis déporté le 16 septembre 1943 au KL Buchenwald. Arrivé le 18, il est enregistré sous le matricule « 21448 ». En avril 2015 donnant une conférence publique, il disait « Je vois une grande cheminée, qui était en fait le four crématoire, et je dis naïvement : « Il doit y avoir du monde, la cuisine est grande ». On m’a fait comprendre que la cheminée, c’était la porte de sortie du camp ». Assigné au Block 40 avec des détenus politiques allemands chevronnés, il est affecté dans des Kommandos de terrassement, de travail en forêt, puis à la Gustloff-werke, grande usine d’armement qui emploie jusqu’à 3600 détenus. Le 22 février 1944, quand il apprend l’arrivée de déportés politiques français venant d’Auschwitz pour travailler à la DAW, Raymond Renaud va à leur rencontre dans l’espoir d’obtenir des nouvelles de son père. Ce sont Raymond Montégut et Camille Nivault qui lui apprennent sa mort. Raymond est libéré le 11 avril 1945 et passe la frontière française le 8 mai puis, après un passage à l'Hôtel Lutétia, il regagne Palinges le 17 mai.  Il ne réussira à annoncer la nouvelle de la mort de son père qu'au mois de juillet. Je l'ai rencontré lors d'un pèlerinage à Auschwitz.  
  • Le Lycée Henri Parriat, à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), a baptisé du nom de Raymond Renaud, déporté à Buchenwald, l’une de ses salles. Sur la plaque "Salle Raymond Renaud et ses camarades" figurent les noms de deux 45.000, Camille Nivault et Raymond Montégut, ainsi que celui de Roger Arnould, qui a initié les premières recherches sur leur convoi.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources 
  • Gabriel Lejard (cassette enregistrée (1988). Après le retour, le père et le fils de Charles Renaud sont venus le voir à Dijon.
  • Son fils Raymond est déporté à Buchenwald (convoi des 21000 du KLB, Bl 40). Il y rencontre en 1944, un "45000", Raymond Montégut (45892), qui lui révèle la mort de son père à Auschwitz. 
  • Questionnaire rempli par son fils Raymond (janvier 1988), lettres de janvier et février 1988).- Copies de documents officiels. Photos et envoi d'une couverture de livre sculptée dans du linoléum par Charles Renaud à Compiègne.
  • - Lettre de Roger Arnould. (4-2-79)
  • -Reproduction photographique (par Raymond Renaud) d'objets fabriqués à Royallieu par son père(deux photos couleur ci dessus. L'agrandissement d'un des cadres réalisés par Charles Renaud contient son portrait).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen, juillet 1992. 
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Registres matricules militaires de Saône et Loire.
Biographie installée en mars 2006 (complétée en juin 2016) par  Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005).  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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