L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


POURVENDIER Roger, Ange, Stanislas


Matricule "46008" à Auschwitz

Roger Pourvendier est né le 26 juillet 1906 au domicile de ses parents à Caen (Calvados) où il habite, 31 venelle aux Champs au moment de son arrestation.

Il est le fils de Marie, Eugénie, Victoire Louchel, 22 ans « un mois » et de Marcel Pouvendier, 25 ans « trois mois », employé de chemin de fer, son époux. Ses parents habitent au 15 rue Saint-Malo, où il habite jusqu'à son mariage.
Le 2 mars 1935, à Fleury-sur-Orne (Calvados), Roger Pourvendier épouse Simone Vallerie, culottière. Son épouse est la nièce de Marcel Cimier. Le couple va habiter au 73 route de Falaise à Caen.
Ils ont une fille, Monique.
Roger Pourvendier, mécanicien de profession, est employé comme paveur (et non payeur comme indiqué sur la liste de la préfecture) au Gaz de France, de 1934 à son arrestation.
Marcel Cimier, son oncle par alliance, rescapé du même convoi, parle de lui dans son cahier "les incompris".

Militant communiste, Roger Pourvendier s'engage dans la Résistance à l'occupant. Il appartenait à un groupe armé, d’après un certificat du "Front National pour la libération et l’indépendance de la France".
Il est arrêté le 1er mai 1942 à 23 h 30 :
Son nom figure en effet sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles aux déraillements de deux trains les 16 et 30 avril 1942, de permissionnaires allemands à Airan près de la gare de Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 

Listes d'arrestations des communistes arrêtés sur désignation de l'autorité allemande (Feldkommandantur 723)
et remis à celle-ci le 3 mai 1942 (montage photo à partir du document de la Préfecture de Caen / CDJC).

24 otages sont fusillés le 30 avril à la caserne du 43è régiment d’artillerie de Caen occupé par la Werhmarcht. 28 communistes sont fusillés en deux groupes les 9 et 12 mai, au Mont Valérien et à Caen. Le 9 mai trois détenus de la maison centrale et des hommes condamnés le 1er mai pour "propagande gaulliste" sont passés par les armes à la caserne du 43e. Le 14 mai, 11 nouveaux communistes sont fusillés à Caen.
Incarcéré à la Centrale de Baulieu. Il est transféré comme Marcel Cimier en "Traction" au Palais de Justice de Caen. 
Marcel Cimier raconte son arrivée au central de police de Caen : « …Tout à coup, quelle surprise, mon neveu Roger Pourvendier faisait son entrée lui aussi, encadré par deux agents. M'apercevant, il vient à moi en me disant : "Ah ! Mon pauvre, c'est à n'y rien comprendre, je crois qu'on est pris et bien pris, qu'en penses-tu ? " Je lui répondis : "Il faut s'attendre au pire, car on doit en arrêter quatre-vingts et cela est un mauvais chiffre". Il ne me répondit pas, son silence valait mieux que des paroles".
Un commissaire de Police leur fait un chantage au peloton d'exécution.  Profitant d'un embouteillage, il a eu le temps de faire passer un message à sa femme (au dos du mot de Marcel Cimier). Puis ils sont emmenés au Lycée Malherbe, à nouveau interrogés. Ils sont enfin emmenés par cars à la Gare de petite vitesse de Caen et de là transférés à Compiègne, à la demande des autorités allemandes. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage.
A Compiègne il reçoit le matricule "5225".
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Pourvendier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46008" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Roger Pourvendier fait partie des 10 déportés caennais qui retournent au camp principal. Avec Marcel Cimier, Léon Bigot, et Etienne Cardin il est affecté au block 17 A et comme mécanicien au garage auto du personnel SS « Là nous avions une soupe améliorée et un travail peu fatigant » écrit Marcel Cimier. Mais ils en sont bientôt éjectés (ils ne parlent pas allemand et le Kapo polonais les remplace par des compatriotes nouvellement arrivés). 
Roger Pourvendier, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  
Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
A début d’octobre 1943, Roger Pourvendier deux autres « 45000 » caennais sont hospitalisés (Eugène Beaudoin et Maurice Le Gal) : ils ont contracté la malaria : « Mon neveu depuis une huitaine de jours avait de fortes fièvres et trempait de sueur toutes ses couvertures, mais comme jamais il n’avait été hospitalisé, celui lui coûtait beaucoup. Il lui fallut néanmoins se résoudre à y aller. Au bout de trois semaines, il revint parmi nous. Il n’avait plus de crise. C’était le principal » (Marcel Cimier, p.44).
Le camp de Lublin-Maïdanek
Alors qu’ils sont encore en quarantaine il est transféré en décembre 1943 à Lublin-Maïdanek avec les autres détenus d’Auschwitz ayant été atteints par la malaria (témoignages de Gabriel Lejard et Charles Lelandais. Madame Zanzi a reçu une lettre de son mari provenant du camp de Lublin). L’ordre d’établir la liste des déportés convalescents des suites de malaria et de les transférer à Lublin-Maidanek date du 25 novembre 1943.
« Vers le 20 novembre 1943, le commandant du camp fit faire le recensement de ceux qui avaient été atteints de malaria, aussi mon neveu et Zanzi furent tirés de notre Block et envoyés en transport à Lublin. Notre séparation restera toujours gravée dans ma mémoire. Tout d’abord mon neveu s’adressa à tous les camarades de la chambrée et leur dit « adieu, je vais à la mort ». Il disait la vérité, car le 25 janvier 1944 il tombait, seul. Zanzi revint de ce triste camp et c’est de lui que j’eus la date précise de sa mort. J’avais réussi - alors que mon neveu était dans le transport qui devait l’emmener à sa triste fin - à sortir du Block de quarantaine et à aller le voir. Lorsqu’il m’aperçut, il me dit : « Marcel, j’ai oublié la photo de ma femme et de ma fille sous ma paillasse, fais ton possible pour aller me la chercher ». Aussitôt je m’exécutais et quelques instants après il était en possession de sa chère photo et de sa pipe (…). Puis vint le moment où je dus le quitter. Nous nous embrassames. Il avait les larmes aux yeux. Il me fit son dernier adieu en me disant « Nous ne nous reverrons plus mon vieux Marcel, mais toi tu reviendras en France, tu diras à ma femme que ma dernière pensée aura été vers Elle et pour ma petite fille Monique. Tu lui diras d’élever ma petite Monique dans la haine des Allemands et de lui parler souvent de son papa». Et ce fut la séparation ».
Marcel Cimier ajoute (p. 45) « Oui Roger, j’ai rapporté tes paroles en France et à ta femme (ma nièce). Je les avais écrites à seule fin qu’elles restent plus longtemps gravées. 
Marius Zanzi qui accompagnait Roger Pourvendier à Lublin certifie qu'il y est mort le 25 janvier 1944. Il apprend les circonstances de ce décès à René Cimier lorsqu’il le retrouve à Flossenburg.
Le père de Roger Pourvendier a fait une demande auprès de la Croix Rouge qui l’a répercutée auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés (mention au DAVCC : fichier de Brinon - lettre au Préfet du Calvados 17 mars 1943). La réponse habituelle a été retournée au Préfet : les autorités allemands ne communiquent pas d’informations sur ce déporté.
Roger Pourvendier a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire.

Une plaque commémorative a été apposée le 26 août 1987 à la demande de  David Badache et André Montagne, deux des huit rescapés calvadosiens du convoi. Le nom de Roger Pourvendier est inscrit sur la stèle à la mémoire des caennais et calvadosiens arrêtés en mai 1942. Située esplanade Louvel, elle a été apposée à l'initiative de l'association "Mémoire Vive", de la municipalité de Caen et de l'atelier patrimoine du collège d'Evrecy. Elle est honorée chaque année. 

Sources

  • Cahier-témoignage de Marcel Cimier "Les incompris".
  • Témoignages de Charles Lelandais et Marius Zanzi, rescapés.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen, juin 1992.
Biographie (modifiée en 2014 et 2017) rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive.
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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