L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


POLOSECKI Jules



46305
Rescapé

Jules Polosecki est né le 15 juin 1909 à Lomazy, en Pologne, il habite à l'Hôtel Parisien, 13 place du Marché au Bois à Caen (Calvados) au moment de son arrestation. Il travaille comme tapissier-litier.
« Orphelin à 5 ans, Jules Polosecki est placé chez une tante. Aussi, très jeune il apprend à se débrouiller. Pendant quelques temps, il côtoie les jeunesses communistes, ce qui lui vaut d’être poursuivi par la milice. Il préfère alors fuir la Pologne et vient en France » (*). Célibataire, engagé volontaire, il est mobilisé le 27 mars 1940.

Jules Poloscki se fait recenser en tant que Juif en septembre 1940.
Le 1er mai 1942, à 23h45 il est arrêté comme otage juif (lire l'article du blog), à son domicile, par des policiers français et allemands,
Il figure sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes. 

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire l'article du blog «le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados». D'abord conduit à la maison d'arrêt de Caen, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 6 mai, en vue de sa déportation comme otage.

Jules Polosecki est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46305.

À Auschwitz, affecté au block 4, Jules Polosecki travaille aux kommandos Truppenwirschaftslager (équipement des troupes) puis au Beklerdungskammer (magasin d'habillement), plus connu sous le nom de Kanada. « Il y récupère des vêtements chauds, mais surtout des objets de valeur, tels des montres et des bijoux (…) le troc contribue à sa survie. La découverte d’une montre sertie de diamants lui permet d’obtenir de la quinine et de sauver ainsi son ami David Badache de la mort » (*).
Il vit l’évacuation du camp le 17 janvier 1945 et figure dans le dernier transfert, le 21 janvier 1945, en direction de Mauthausen dans un train de marchandises ouvert où il était interdit de se nourrir.
A Mauthausen il reçoit le matricule 118193 le 26 janvier 1945. Puis il est transféré à Melk au mois de mars, et Ebensee: «Là eut lieu la libération, le 6 mai 1945».
Jules Polosecki mentionne l'extermination, la veille, de "10 à 15 % des déportés du camp, massacrés par les nazis ".
Son retour en France s'effectue le 24 mai 1945, via Longuyon.
Il est homologué "Déporté politique".

Lettre à Mme Blumenfeld
A son retour, il répond aux courriers des familles de déportés. En témoigne cette belle lettre adressée à Mme Mariette Blumenfeld le 14 mai 1946.
Jules Polosecki a été naturalisé français le 29 octobre 1948.
Il a été marié, père de deux enfants.
« Très atteint et très ébranlé par les attentats du 11 septembre 2001, il croit à une troisième guerre mondiale, ses cauchemars l’ont repris et l’ont entraîné vers la mort» (*)
Il sera le dernier survivant des cinquante otages Juifs déportés dans le convoi du 6 juillet 1942, jusqu’à sa mort, le 19 octobre 2001.

Sources

  • (*) Yves Lecouturier, lettre du 13 décembre 2001 à Claudine Cardon Hamet, après contact avec Georges Namiech.
  • « Shoah en Normandie », par Yves Lecouturier (Pages 173 à 177). Etude (brochée) parue en juin 2004.
  • Liste des Juifs à arrêter le premier mai 1942 (CDJC).
  • Le questionnaire biographique a été rempli par ses neveux Gyslaine et Georges Namiech, le 6 juin 1988, en raison de son état de fatigue.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (novembre 1993).
Biographie rédigée en janvier 2001 (modifiée en février 2011) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », (p.343,344,345), éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive.
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