L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


POILLOT Henri, Fernand


Henri Poillot est né le 29 avril 1901 à Paris (14°). 
Il habite au 5 rue de l'Arquebuse à Dijon (Côte d’Or) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne, Marie Tatre, 22 ans, ouvrière, et de Ferdinand, François Poillot, 26 ans, cocher, son époux. Ses parents habitent au 24 rue des Fossés-Saint-Jacques à Paris 14èmeSon père parle allemand et portugais. 
Selon sa fiche matricule militaire Henri Poillot mesure 1m 64, a les cheveux châtain et les yeux bruns, le front moyen et le nez rectiligne. Il a le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille ajusteur mécanicien à Beaune (Côte d’Or) où habitent ses parents. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).

Conscrit de la classe 1921, Henri Poillot est « appelé à l’activité » en avril 1921. Il est incorporé au 36ème Régiment d’aviation le 29 avril.
Il est transféré au 3ème groupement d’aviation de Tunisie le 1er janvier 1922. Puis au 4ème groupement d’aviation d’Afrique le 1er janvier 1923 (changement de dénomination). Il est envoyé en congé de disponibilité le 1er avril 1923. Il est « maintenu provisoirement sous les drapeaux par l’application de l’article 33 de la Loi du 21 mars 1905 (1). Il s’agit du maintien dans le cadre de l’occupation de la Ruhr. Il est renvoyé dans ses foyers le 24 mai 1923, « certificat de bonne conduite accordé ».
Le 6 février 1924, il épouse Alice, Eugénie Girard (sans profession) à Beaune (Côte-d’Or). Le couple a deux enfants : au moment de son arrestation, ses deux filles sont âgées de 19 ans (Gisèle, employée aux Assurances Sociales), et 16 ans (et Geneviève, apprentie couturière).
En octobre 1926 Henri Poillot habite Nuits-Saint-Georges.
En juin 1927, il est domicilié à Malain (à l’ouest de Dijon) à l’usine Branget (fours à chaux). Un an après il habite Ornans (Doubs), cité n° 11.
L'usine Vermot
En octobre 1931, il est toujours domicilié dans le Doubs, mais à Montlebon, près de la frontière Suisse, chez Vermot (il s’agit de l’usine Vermot-Gaud, fabrique de couverts). En 1935, il y travaille encore, mais a déménagé au « hameau sur la Seigne ». 
En 1936, il participe activement aux actions du Front populaire et fait appliquer les accords Matignon dans son entreprise.
Henri Poillot est féru de lecture. Il joue du violon. Il est outilleur de précision à l'usine de décolletage Lipton, à Dijon. En août 1938, il habite Dijon, au 2 rue des Facultés.
Henri Poillot est « rappelé à l’activité » le 24 septembre 1938 (article 45 de la loi du 31 mars 1928) et renvoyé dans ses foyers le 5 octobre. Il s’agit de la crise des Sudètes (2). Les régiments du temps de paix sont dissous et donnent naissance aux régiments de formation. Avec la signature des accords de Munich, l'alerte cesse et les réservistes sont progressivement libérés au début d'octobre.)
Henri Poillot est à nouveau « rappelé à l’activité  le 11 avril 1939 au 102ème bataillon de l’air, en application du décret-loi du 20 mars 1939 et « renvoyé dans ses foyers » le 1er mai (Il s’agit de la période qui suit l’annexion de la Tchécoslovaquie par Hitler. Le gouvernement a procédé à une mobilisation partielle de l’armée par rappel de réservistes). Il est « rappelé » le 31 août 1939, à la veille de la déclaration de guerre, au 102ème bataillon de l’air à Dijon-Longvic et envoyé « aux armées le dit-jour ». Le 2 septembre, il est affecté au Bataillon de l’air n°105 à Lyon. Le 12 décembre il est affecté au Bataillon de l’air n°103 à Châteauroux et Limoges. Il est démobilisé comme deuxième classe le 6 août 1940.
Membre du Parti communiste "exemplaire", "un excellent copain" dit de lui Gabriel Lejard.
Henri Poillot est toujours un militant actif après l'interdiction du Parti communiste et l'occupation allemande.
Il est arrêté le 11 janvier 1942 comme otage après l'attentat de la rue de la Pépinière du 10 janvier 1942 (une bombe est lancée par des résistants communistes contre le Soldatenheim (foyer du soldat). Selon l'enquête, la bombe, artisanale, avait été fabriquée dans une usine de la ville. 
D’après sa fille Gisèle, « il s’occupait effectivement de sabotage. On a retrouvé dans son atelier des acides ». 
Julien Faradon, Eugène Bonnardin et André Renard sont arrêtés en même temps et pour la même affaire, le même jour. Il est placé un mois au secret à la prison de Dijon. 
Henri Poillot est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), début février 1942 en vue de sa déportation comme otage.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
A Compiègne, lors d’une visite de son épouse, il lui passe une boite d’allumettes avec des papiers à cigarette sur laquelle il donne des renseignements.
Son épouse recevra un colis de ses vêtements et son violon après le départ.
Henri Poillot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». 

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45994 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Henri Poillot meurt le 2l septembre 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. 

Son épouse a été agent de liaison nationale (Dijon-Paris).
Son registre matricule militaire, qui stipule qu'il est démobilisé en 1940 comme soldat de deuxième classe, fait néanmoins état d'un grade de lieutenant de réserve - sans référence militaire - mais fait état d'activités de résistance en donnant l'adresse de Gabriel Lejard comme référence. Il est donc possible qu'à la Libération un grade FFI lui ait été attribué.
  • Note (1) : Le rappel des hommes effectuant leur première année de service dans la réserve est autorisé " dans les cas où les circonstances paraîtraient l'exiger " (art. 33). De manière générale, le rappel est motivé par l' " agression " ou la " menace d'agression caractérisée par le rassemblement de forces étrangères en armes " (art. 40). 
  • Note 2 : Hitler annonce qu'il annexera la région des Sudètes (située en Tchécoslovaquie) où existe une forte minorité allemande - 3 millions sur 15 millions, quoi qu'il arrive, le 1er octobre 1938, sachant parfaitement que cela équivaut à une déclaration de guerre avec la France et le Royaume uni, alliées de la Tchécoslovaquie. La France mobilise alors ses troupes alors que, sur proposition de Mussolini, Hitler décide d’organiser une conférence « de la dernière chance » à Munich. Les accords de Munich sont signés le 30 septembre 1938. Au parlement, seuls les députés communistes et quelques députés de droite et de gauche ont voté contre la ratification. C’est la rupture officielle du Front populaire 
Sources
  • Souvenirs de Gabriel Lejard.
  • "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense) n° 32143, n°274).
  • Entretien avec Gisèle Lejard (Alix Bazin) fille d’Henri Poillot (1991 et 1992).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en février 1992, complétée en 2015 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

1 commentaire:

Jerome Cilly a dit…

Merci pour ce récit qui m'a permis de redécouvrir l'homme courageux qu'avité ét mon arrière grand père.