L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PASSOT Charles Henri


Charles Passot au volant de son Amilcar

Matricule 45951 à Auschwitz

Charles Passot est né le 14 mai 1896 au domicile de ses parents, 15 rue Saint-Martin à Fourchambault (Nièvre).
Il habite Boulevard Dior à Granville (Manche) au moment de son arrestation.
Il est le fils de  Louise Languinier, 39 ans, sans profession et de Philibert Passot, 44 ans, ajusteur, son époux.
En 1914, jeune ouvrier chez Renault à Billancourt, il avait assisté au dernier meeting de Jaurès, avec sa sœur âgée de 12 ans, qui a fait le récit de cette journée.
Charles Passot  épouse Germaine, Marthe, Louise Rollé le 19 avril 1924 à Malakoff (Seine / Hauts-de-Seine). Le couple a un enfant. 
Ouvrier en tôlerie automobile, Charles Passot est un militant communiste connu.
Au Congrès de Tours, il choisit le Parti Communiste.
Militant très actif : "Très en pointe au moment du Front Populaire ", témoigne sa sœur.
En 1939, il est frappé d'interdiction de séjour par les décrets de septembre. Il est placé en résidence surveillée.
Le 17 Juin 1940, les Allemands entrent dans Granville.
Charles Passot est à Granville sous l'occupation et y reconstitue le Parti communiste clandestin.
En septembre 1940, il diffuse des tracts anti-allemands avec Léon Blouet, René Longle et Léon Lamort. En février et mars 1941 ils composent et ronéotent des lettres qu’ils adressent à des personnalités ou militants laïques, de gauche, avec lesquels ils avaient été en contact lors du comité antifasciste des années 35-36, « afin de les « tater », ne sachant pas trop comment avaient évolué leurs sentiments ». Contacts étaient pris sur la route Granville-Tours où Léon Blouet se rendait à bicyclette.
Compiègne, carte-lettre à sa soeur
Charles Passot est arrêté le 22 juin 1941 à son domicile. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
D'abord détenu à la Prison de Granville, Charles Passot est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, où il reçoit le matricule 1327, camp A4). 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Passot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45.951". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Affecté à Birkenau, Charles Passot y meurt le 29 décembre 1942 d’après les registres du camp.
Grâce aux démarches de Léon Blouet (président de la commission départementale FFI à la Libération), résistant de Granville (déporté à Ravensbrück) qui avait milité avec lui en 1935 et 1936, et distribué des tracts en octobre 1940, Charles Passot est homologué Déporté Résistant (il avait été déclaré Déporté politique en 1953).
Après la guerre, sa photo était toujours exposée dans la vitrine d'une permanence du Parti Communiste.

Charles Passot était l’oncle de Madeleine (Betty) Jegouzo, née Passot, déportée résistante, rescapée du convoi dit des « 31000 », dont la sœur Marie-Louise, puis le fils de Betty, Yves Jégouzo, ont porté la mémoire.
Le nom de Charles Passot fut inscrit sur le monument au mort de Fourchambault, sa commune natale, à la suite des démarches de Marie-Louise.

Sources
  • Charles Passot au volant de son Amilcar.
  • Les recherches de Mme R. Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 "45000" de la Manche.
  • Son frère, Emile, arrêté en 1939, interné à Poissy. ­
  • Sa sœur, Mme Marie-Louise Lemonnier (décédée en 1982), a témoigné, ainsi que sa nièce, Madeleine (Betty) Jégouzo, déportée du convoi des "31000".
  • Lettre de Compiègne.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
Biographie rédigée en avril 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps.
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