L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


NOVAK Moïse

Liste d'otages de Caen (montage photo)
Moïse Novak est né le 23 août 1887 à Cherkessk (capitale d'une république du Caucase faisant partie de la Fédération de Russie). Il s'enfuit de Russie en 1905 pour échapper aux pogroms qui font des milliers de morts parmi la population juive. il s'installe en Normandie à Grainville-sur-Odon (Calvados). Il y tient un café - restaurant.
En 1914, il s'engage dans la Légion étrangère pour défendre son pays d'adoption. Il est naturalisé français. De son premier mariage naît un fils Jean, le 13 juin 1920. Après son veuvage, il se marie  avec Jeanne Bonifaci qui donne naissance à Albert le 27 juin 1929. Quand paraît le premier Statut des Juifs promulgué par Pétain en octobre 1940, il ne peut plus exercer son métier et part se cacher à la campagne chez ses beaux-parents. C'est pourquoi, lors de son arrestation, il déclare être ouvrier agricole.
Moïse Novak est arrêté le 1 mai 1942, par la police française : il figure sur la liste des Juifs arrêtés le 1er mai 1942 (120 otages « communistes et Juifs ») établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands). Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Moïse Novak est amené avec les autres otages à la maison d'arrêt de Caen, puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (matricule N° 5450), le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage.
Moïse Novak est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro "46303 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de décès de Moïse Novak à Auschwitz.
Jean Novak est requis pour le STO et part pour l'Allemagne. Mais à l'occasion d'une permission, il se cache jusqu'à la fin de la guerre. Quant à Albert, prévenu qu'une rafle est organisée le 16 juillet 1942, il se cache à son tour et échappe comme son frère à la déportation.
Note : une famille décimée
Agathe Novak-Lechevalier, petite fille de Moïse Nowak m’écrit (juin 2014) : « Je tiens surtout à vous dire, même si cela peut paraître ainsi un peu abstrait, combien je vous suis reconnaissante de votre travail. Ma famille a été décimée pendant la guerre : Moïse Novak, que vous connaissez, a donc été déporté ; et du côté de ma grand-mère Simone Lelièvre, la femme de Jean Novak, beaucoup d’hommes ont aussi disparu : son père, Louis Lelièvre, secrétaire de mairie de Douvres la Délivrande, qui distribuait des faux papiers, a été lui aussi déporté ; le frère de Simone, Alexis Lelièvre, ainsi que son oncle, Anatole Lelièvre, qui étaient eux aussi résistants, visiblement très engagés, ont tous les deux été arrêtés, détenus à la prison de Caen, et fusillés le jour même du débarquement - ainsi que l’a été aussi mon arrière-grand-père paternel, Louis Lechevalier. C’est à la suite des dernières commémorations du 6 juin que j’ai éprouvé le besoin de chercher les noms de chacun sur internet pour trouver des informations - le deuil a été si lourd dans toute ma famille que le silence a longtemps prévalu, et que, même si je suis chaque année depuis mon enfance présente aux cérémonies qui concernent les déportés ou les fusillés de la prison, je n’avais que peu de renseignements (en dehors de ceux que j’avais obtenus sur Moïse, justement, parce que je m’étais battue il y a quelques années pour qu’il soit inscrit sur le mur du Mémorial de la Shoah, où il n’apparaissait pas). Et vous ne pouvez pas imaginer quel soulagement intérieur a pu être le mien - je ne peux pas parler de joie, parce que tout cela est trop dramatique, mais vraiment d’un soulagement très profond - lorsque j’ai vu, pour chacun, apparaître quelques lignes où leur histoire était racontée ; et sur votre site en particulier la biographie de Moïse Novak ». 

Sources
  • Fiche FNDIRP (Renseignements fournis par sa veuve (N° 5450 / 8279).
  • Correspondance d’Albert Novak, son fils, avec André Montagne.
  • Entretien téléphonique de Claudine Cardon-Hamet avec Albert Novak en juin 2014.
  • Archives départementales du Calvados (renseignements fournis par Jean Quelllien).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, octobre 1993, Caen.Caen février 1992.
  • "Death Books from Auschwitz", basé essentiellement sur les registres de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 12 novembre 1942 le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
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