L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MONDHARD Maurice, Eugène



Photo de famille agrandie
Matricule 45885 à Auschwitz

Maurice Mondhard est né le 4 juillet 1899 à Caen (Calvados). Il est le fils de Marie Deprey, 32 ans et de Constantin Mondhard, 36 ans, journalier, son époux.
Maurice Mondhard habite rue des Tennis à Saint-Aubin-sur-Mer (Calvados) au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1 m 67, a les cheveux châtain et les yeux marrons et qu’il possède un niveau d’instruction de niveau 3 (niveau primaire supérieur).
Conscrit de la classe 1919, Maurice Mondhard est mobilisé par anticipation, comme tous les jeunes hommes de sa classe. 
Il arrive au 36è Régiment d’infanterie le 16 avril 1918.
Affecté d’ambliopie à l’œil gauche (1/50), il passe devant la commission de réforme de Caen le 3 mai 1918. Déclaré apte au service armé, il est malgré tout affecté au service auxiliaire du 3è escadron des équipages le 21 juin 1918.
Il repasse au 36è Régiment d’infanterie le 21 juin 1918. La commission de réforme le maintient apte au Service armé et à l’armée d’Orient le 4 octobre 1918. Le 1er mai 1920, il passe au 119è RI. Il est démobilisé le 21 mars 1921 et « se retire » à Caen, au 5 rue Saint-Sauveur.
En novembre 1925 et 1930, il habite Flers, au 48 route d’Athis.
Il se marie Le 19 mai 1935 avec Suzanne Lechevrel. Le couple a deux enfants (Hubert et Pierre). Maurice Mondhard est représentant de commerce en bois.
C’est un grand sportif (il joue au football dans des équipes de bon niveau, il est excellent nageur).
« Rappelé à l’activité », il est mobilisé en 1939. Maurice Mondhard est "Affecté spécial" dans une usine de munitions au Mans. Son affectation spéciale est radiée en décembre 1939, comme ce fut le cas de presque tous les militants syndicalistes, communistes ou soupçonnés tels. Il est affecté au 3è SIM. 
Il est fait prisonnier à Mazé (Maine et Loire) le 20 juin 1940. Il est interné au Stalag X B selon son registre matricule militaire, à Sandbostel à 60 km au nord-ouest de Hambourg, un camp surpeuplé aux conditions insalubres (deux grandes salles de 600 prisonniers). Toutefois, pour son fils Pierre, c'est au stalag 17 qu'il est interné.
Maurice Mondhard est rapatrié en France le 26 juillet 1941. «Il était épouvanté - écrit son fils Hubert - par l'emprise du régime nazi sur les Allemands, d'où son attitude au moment de l'occupation, de ses idées trop clairement anti-hitlériennes". 

Maurice Mondhard est arrêté le 8 mai 1942, vers 8 heures du matin, à son domicile, par des policiers allemands : Maurice Mondhard figure sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes.
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos du sabotage de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).
Suspect d'affinités communistes
Maurice Mondhard est amené à la maison d'arrêt de Caen. Puis il est remis aux autorités allemandes (Feldkommandantur 723) à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, début mai, en vue de sa déportation comme otage. 
A Compiègne, il est dans une baraque de 52 hommes, avec les frères Colin, Emmanuel Desbiot et René Musset et 5 autres caennais. C'est Gilbert Conrairie, un ancien des Brigades internationales qui assure la répartition de la nourriture.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45885" (listes FNDIRP). Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Maurice Mondhard meurt à Auschwitz le 22 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 826). La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 8 juillet 1996 paru au Journal Officiel du 27 août 1996). Cet arrêté porte toujours la date fictive du 13 septembre 1943 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
Son nom figure sur le Monument aux Morts de Saint-Aubin-sur-Mer.

Une plaque commémorative collective a été apposée le 26 août 1987 à la demande de David Badache et André Montagne, deux des huit rescapés calvadosiens du convoi. Le nom d'Henri Mondhard est inscrit sur la stèle à la mémoire des caennaios et calvadosiens arrêtés en mai 1942. Située esplanade Louvel, elle a été apposée à l'initiative de l'association "Mémoire Vive", de la municipalité de Caen et de l'atelier patrimoine du collège d'Evrecy. Elle est honorée chaque année. 

Sources
  • Archives en ligne du Calvados, registre matricule militaire
  • Fiche FNDIRP établie par sa veuve (N°21428 / 8271). Elle cite le doyen de la Faculté de Caen, M. Musset, arrêté dans les mêmes conditions, mais qui ne fut pas dans le convoi du 6 juillet 1942.
  • Questionnaire rempli par son fils Pierre (16 mai 1989). Il y décrit l'arrestation de son père.
  • Journal de Marcel Colin, tenu à Compiègne du 9 mai au 4 juillet 1942, qui l'a côtoyé quotidiennement, et apprécié.
  • Liste des «communistes arrêtés par les soins exclusifs des Autorités Françaises dans la nuit du 3 au 4 mai et conservées par Elles».
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, 1992, Caen.
  • Photo de famille.
Biographie rédigée en janvier 2001, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive". Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Aucun commentaire: