L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MICHEL Emmanuel Paul



Emmanuel Michel après son retour des camps
Matricule 45878 à Auschwitz


Rescapé


Emmanuel Michel est né à Saint-Pierre-Eglise (Manche) le 27 mai 1901. Il habite à Trouville-sur-Mer (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils dMaria Augustine Valo, 36 ans, ménagère, native de Crasville et de 
Désiré, Jean, Pierre Michel, 40 ans, journalier.
Il est employé à la gare SNCF de Trouville-Deauville au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Emmanuel Michel mesure 1m 72, a les cheveux roux et les yeux verts, le front moyen et le nez rectiligne. Au moment du conseil de révision, il travaille comme domestique à Gonneville (Manche). Il sera par la suite « homme d’équipe » aux chemins de fer.

Conscrit de la classe 1921, Emmanuel Michel devance l’appel et s’engage pour 3 ans le 2 mars 1921 à Cherbourg. Il est incorporé le même jour comme apprenti marin au 1er dépôt des équipages de la flotte. Il est nommé matelot de deuxième classe canonnier le 2 août 1921 et matelot de 1èer classe le 1er juillet 1923. Il est « renvoyé dans ses foyers »  le 2 mars 1924, « certificat de bonne conduite accordé » et se retire à Saint-Pierre-l’Eglise (Manche), rue aux Juifs, chez Le Valo.
Le 2 juillet 1924, il a déménagé au 9 rue de la Vicomté à Argentan, où il travaille comme homme d’équipe aux Chemins de fer. Cet emploi le fait alors « passer » le 5 août 1926 en tant que réserviste de l’armée active, à la 4ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
Le 17 janvier 1927 il épouse Louise, Pauline, Françoise Jacq, à La Ferté-Macé (Orne). Le couple aura deux enfants.
Ayant été muté à Caen (Calvados), Emmanuel Michel est « affecté spécial » à la 3ème section des chemins de fer de campagne « se mobilisant à Caen au 129ème RI » (Ml. 1613).
Emmanuel Michel, militant communiste connu des services de police est arrêté en juillet 1941 : il comparait le 21 juillet 1941 devant un tribunal français, qui décide de sa mise en liberté provisoire. 
Liste d'otages communistes 2 mai 1942
Mais, le 1er mai 1942 il est de nouveau arrêté : il figure sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.

Lire Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados
Il est remis aux autorités allemandes (Feldkommandantur 723) à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage.

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Plaquette de 1946, récit d'E. Michel
Emmanuel Michel est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45878.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
L'entrée du camp de Sachsenhausen © Albert Videt 
D'Auschwitz, il est transféré le 28 août 1944 à Sachsenhausen. Ce camp situé dans le Nord de l'Allemagne, fut presque entièrement évacué avant la libération des détenus par les troupes américaines le 23 avril (3000 survivants). Lire dans le blog l'article Itinéraires suivis par les survivants à partir d'Auschwitz (1944-1945)
Emmanuel Michel est rapatrié le 23 mai 1945.
Le Parti communiste publie en janvier 1946, une plaquette "Auschwitz antre du crime et du sadisme", d‘après le récit d’Emmanuel Michel.
Emmanuel Michel a rédigé dès son retour des camps des attestations pour les familles de ses camarades du Calvados ou de la Manche décédés à Auschwitz. 
Liste des séquelles
de sa déportation
Son registre matricule militaire présente la longue liste des conclusions des commissions de réforme faisant état des nombreuses séquelles de sa déportation.
Croix du combattant
 volontaire 39-45 
En avril 1955, il habite à Deauville-sur-Mer (Calvados), pavillon 8, Gare. En août 1960, il habite Trouville (Calvados) et en mars 1967 au 9 rue de Lisieux à Le Neubourg (Eure).
Emmanuel Michel est décoré de la "Croix du combattant volontaire 1939-1945" en décembre 1961.
Le 6 juin 1963, il est fait Chevalier de la Légion d'honneur.
Emmanuel Michel décède à Lisieux (Calvados) le 22 février 1992.


Sources

  • Fiche FNDIRP (21462) remplie par Emmanuel Michel à son retour.
  • Témoignages de Jules Le Troadec, Louis Eudier, René Petitjean, Auguste Monjauvis
  • Emmanuel Michel a rappelé des souvenirs concernant, entre autres, Victor Louarn, Georges Dudal, Maurice Guerrier.
  • Photo prise après son retour dans sa tenue de déporté.
  • Etat civil de la mairie de Saint Pierre-Eglise, 9 mars 1994.
  • Liste des « communistes arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai sur désignation de l’Autorité Allemande locale (Kreiskommandanturen) et remis le 3 mai 1942 »
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Entrée du camp de Sachsenhausen : in © www.albert-videt.eu ou http://www.albert-videt.eu/photographie/carnet-de-route/berlin_02-2005/sachsenhausen_konzentrationslager-kz_camp-concentration_oranienburg_00.php)
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive".
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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