L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MAUGER Charles


Charles Mauger en 1941
Matricule "45864" à Auschwitz

Charles Mauger est né le 17 avril 1900 à Cherbourg (Manche). Il est le fils de Maria Augustine Hubert, 35 ans, et de Louis, Auguste Mauger, 38 ans, menuisier, son époux. Charles Mauger habite Octeville (au village Ferronay) dans la Manche au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Charles Mauger mesure 1m 60, a les cheveux noirs clair et les yeux marron, le front bas, le nez vexe. Il a le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme charpentier en fer à  l'Arsenal de Cherbourg (Manche) où habitent ses parents au 18 rue Bouillon.
Conscrit de la classe 1920, Charles Mauger est ajourné pour « faiblesse »  par les conseils de révision de 1918 à 1922, et exempté en 1923.
Charles Mauger se marie le 17 septembre 1920 avec Hélène, Marie. Il est père de trois enfants.
En 1928, militant libertaire (ce qui lui vaudra quelques déboires avec la police en 1929) , il est membre du Secours Rouge international et des syndicats unitaires (CGTU). Charles Mauger est archiviste à la CGTU à l'Arsenal.
Il adhère au Parti communiste en 1931 : il en sera le candidat aux élections législatives de 1932, à Valognes, et aux élections cantonales de 1934.
Secrétaire adjoint du syndicat CGTU de l'Arsenal, de 1931 à la réalisation de l'unité syndicale en 1935, il est mandaté au congrès fédéral de 1931 et au congrès confédéral de 1933 - où il se situe dans les rangs de la majorité -.
Charles Mauger remplace Edouard Lechevalier (qui sera lui aussi déporté dans le convoi du 6 juillet 1942, n°45738) en mars 1933 au secrétariat général de l'Union locale.
«Protagoniste important de l'Union syndicale en 1935», Charles Mauger est élu à la Commission exécutive de la nouvelle Union Départementale CGT au Congrès de 1935.

Il est secrétaire général de l'Union locale de Cherbourg de 1937 à 1939. Elu conseiller municipal d'Octeville en 1935, il est, en janvier 1937, gérant de "La lutte antifasciste", organe cherbourgeois du Comité mondial de lutte contre la guerre et le fascisme. 
Dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 "relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique", il est révoqué de l'Arsenal.
Charles Mauger est également déchu de son mandat municipal le 29 février 1940, en tant qu'ancien membre du Parti communiste, interdit depuis septembre 1939 (décret du 21 janvier 1940) .

Après la déclaration de guerre, lorsque sa classe est mobilisée (en 1936, il a été  reclassé dans la classe de mobilisation de 1916 comme père de famille avec deux enfants vivants), la commission de réforme de la Manche du 13 février 1940 le classe « bon service armé ». Il est « rappelé à l’activité » le 17 avril 1940 et affecté au dépôt du génie n°3. 
Au camp de Gaillon octobre 1941
Le 16 avril 1940, Charles Mauger épouse Eugénie Drouet, à Cherbourg.
Militant actif du parti communiste clandestin, il est arrêté le 19 septembre 1941, à son domicile, par les forces allemandes et la police française.

Conduit à la Prison maritime de Cherbourg, Charles Mauger est transféré au camp de Gaillon (Eure) le lendemain 20 septembre. Il reçoit le matricule "25619".
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 6 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Mauger est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Attestation d'Emmanuel Michel, de Trouville
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45864".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Charles Mauger meurt à Auschwitz le 5 janvier 1943 d’après les registres du camp. Emmanuel MicheI, rescapé, a témoigné de sa mort dans la nuit du 4 au 5 janvier 1943. Abattu par un SS, "pour refus de travail".
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
Il a été déclaré "Mort pour la France".
Une cellule du PCF porte son nom à Octeville et une autre à Cherbourg. Son nom est inscrit sur le monument aux morts d'Octeville, dans le cimetière.

Sources

  • Source principale : article d’Yves Le Floch in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom et Tome 36, page 115.
  • Fiche d’état-civil fourni par le délégué d’état-civil, juillet 1991.
  • Documents fournis par son fils Guy (15 août 1991).
  • Attestation Front National (mai 45)
  • Notification des ACVG : Appartenance à la RIF.
  • Attestation André Defrance (capitaine FFI) pour les actes de résistance (décembre 1949).
  • Attestation de décès par Emmanuel Michel (1947).
  • Recherches de Mme Renée Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971), effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales, qui ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 16 des 18 "45000" de la Manche. 
  •    "La Résistance dans la Manche" (Marcel Leclerc), Ed. La Dépêche, page 41.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen, juillet 1992.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Archives du camp de Gaillon (DR), références in site "Mémoire Vive".
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en avril 2001 (modifiée en février 2012 et novembre 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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