L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARIE Alphonse, Jules, Auguste



Alphonse Marie est né le 24 novembre 1889, à Maisy (Calvados). Il est le fils d’Eugénie, Armandine Jollery, 20 ans, journalière et de Jules Gustave Marie, 26 ans, maçon, son époux.
Il habite Saint-Jacques de Lisieux (Calvados) au moment de son arrestation.
Il travaille comme sémaphoriste, lorsqu’il signe le 9 mai 1910 à la Mairie de Caen un engagement volontaire de trois ans.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 61, a les cheveux et les yeux bruns, le nez moyen et le visage ovale. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée).
Il rejoint le 1er Régiment de Zouaves à Alger le 14 mai. Le 29 avril 1911 il passe au « Maroc en guerre » (opérations) jusqu’au 4 avril 1913 (il est nommé sergent clairon le 9 octobre 1911). Il a obtenu la médaille du Maroc (agrafe Maroc, décret du 15 mai 1912). Son engagement terminé, il est placé dans la Réserve de l’armée active, le 9 mai 1913, avec un certificat de bonne conduite. Il se retire à Littry (Calvados), chez M. Venet (19 octobre 1913).
Il déménage à Campigny, en Basse Normandie, chez M. Guilbert (St Côme du Mont, Calvados, mars 1914).
Croix de guerre avec étoile de bronze
A la déclaration de guerre, il est rappelé à l’activité (décret du 1er août 1914) et il rejoint le 1er Zouave le 4 août. Du 3 au 12 août, il est au Dépôt, mais très tôt son régiment part « aux armées » (du 13 août au 14 septembre 1914). Le 15 septembre 1914, il est blessé par balle à l’épaule gauche, au Gothard. Evacué à l’hôpital d’Angoulême du 15 septembre au 15 octobre 1914, il retourne « au Front à sa demande » le 1er novembre 1914. Le 17 décembre 1916, il est cité à l’ordre du Régiment « A rempli à la satisfaction de ses chefs les fonctions de brancardier auxiliaire. Il s’est particulièrement distingué au bois de … (la mention manque) ». A cette date son régiment est près de Verdun.
Pendant une permission, il épouse Marie, Armandine Madelaine, le 5 novembre 1917 à Grandcamp-les-bains. Le couple aura cinq enfants.
Alphonse Marie est au front jusqu’au 17 juillet 1918 date à laquelle il est à nouveau blessé par un éclat d’obus à l’aine droite (combats de Longpont dans l’Aisne). Il reste à l’hôpital jusqu’au 5 octobre 1918.
Hospitalisé le 18 juillet 1918, il est de retour au front le 6 octobre 1918 jusqu’au 11 novembre 1918. Il demeure sous les drapeaux du 12 novembre 1918 au 31 janvier 1919
Il a reçu la Croix de guerre avec étoile de bronze. 
En 1919, il est embauché comme poseur de rails aux Chemins de fer, à Le Merlerault (Orne), près d’Argentan, et se trouve « Affecté spécial » dans cet emploi au titre de la Réserve militaire.
Alphonse Marie sera sous-chef de canton à la SNCF.
En 1929, le couple habite à Nonant, hameau de La Neuville, près de Bayeux (Calvados).
En Juin 1935, ils habitent à Boisset-les-Prévanches (Passy sur Eure).
A partir de novembre 1936, ils sont domiciliés à Saint-Jacques de Lisieux (au Point du jour).
Alphonse Marie est arrêté par la police française, dans la nuit du 1er au 2 mai 1942, sur désignation de la Kreiskommandantur en raison des ses activités communistes passées. il figure sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes.
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans ce blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Il est conduit à la gendarmerie de Lisieux, puis remis aux autorités allemandes (Feldkommandantur 723) à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alphonse Marie est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45831 (?) » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
Alphonse Marie meurt à Auschwitz le 17 septembre 1942 d’après les registres du camp. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué.

Source

  • Registre matricule militaire et etat civil, archives numérisées du Calvados.
  • Contact avec les Archives municipales de Lisieux.
  • Liste des « communistes arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai sur désignation de l’Autorité Allemande (Kreiskommandanturen) et remis le 3 mai 1942
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, octobre 1993, Caen.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en 2015) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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