L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MANON Jean, Adolphe


Jean Manon est né le 15 janvier 1921 à Saint-Jean-Aux-Bois (Ardennes). Il habite route de Briey à Audun-le-Roman (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est célibataire, employé à la SNCF.

L'arrestation.. Témoignage de sa soeur
Supposé communiste (son frère Henry, également cheminot est militant CGT), il est arrêté le 22 février 1942 à Audun par des militaires allemands. Sa sœur Ida en a témoigné. « J’étais ce jour là en visite chez mes parents. Il était 17 h, 17 h 30 et mon frère Jean venait de rentrer, son travail étant terminé. Un autobus dans lequel se trouvaient deux personnes d’Audun s’est arrêté devant la maison de mes parents. J’ai reconnu M. Toussaint. Deux militaires sont entrés dans la maison. L’un d’eux a demandé Jean Manon. Ma mère a dit « qu’y a-t-il ? Reviendra-t-il aujourd’hui ? Il lui a été répondu « Nix retour ». Mon frère a protesté, disant « je n’ai rien fait ». Cette arrestation s’inscrit dans la vague d’arrestations opérées à la suite du sabotage de la Centrale électrique d'Auboué. (Cliquer sur ce lien pour lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942).
Jean Manon et Fernand Toussaint, son collègue de travail, sont écroués à la prison de Briey du 20 au 24 février, puis internés le 24 février au camp d'Ecrouves. Le 5 mars, ils transitent par la prison de Toul pour être remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci les internent le 5 mars 1942 au camp de Royallieu à Compiègne, en vue de leur déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Manon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz pourrait être le "45825" par extrapolation d'une des quatre listes par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dans l'hypothèse ou le matricule de Jean Manon serait le "45825", il serait mort à Auschwitz, le 12 décembre 1942, selon la même source. A la Libération l'état civil a indiqué comme date "décédé le 1er août 1942, sans autre précision". Un arrêté paru au JO de 1994 a fait inscrite la mention "mort en déportation".
Il a été déclaré "Mort pour la France" le 25 avril 1947.
Son nom figure sur le monument commémoratif d'Audun.
Une rue de la ville rappelle son souvenir.

Sources

  • Témoignage de la sœur de Jean Manon, Ida (épouse de M. Emile Shmids, maire de Félin), qui assista à l'arrestation.
  • Mairie d'Audun-le-Roman, 3 mars 1992.
  • Lettre de son neveu, M. Jean Claude Peiffer (22 mars 1992).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en juin 1997 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * 
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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