L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MAHON Jean Alfred Désiré


Matricule "45813" à Auschwitz

Jean Mahon est né le 9 mai 1905 à Bar-sur-Aube (Aube). 

Il habitait au 12 rue des Moulin à Dijon (Côte d’Or) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Blanche Blavoyer, 26 ans, ouvrière en robes et de Raoul Mahon, 25 ans, maréchal-ferrant, son époux. Ses parents habitent au 2 rue Gambetta à Bar-sur-Aube.
Marié, sans enfant. Jean Mahon est cheminot, ajusteur à la Compagnie PLM.
Militant communiste et syndicaliste « très apprécié, aussi bien politiquement que syndicalement » (
Gabriel Lejard)
"Le 11 décembre 1940, les premiers groupes de l’O.S. dirigés par Jean Mahon, Chalon et Grillot, font dérailler un train de marchandise entre le poste 2 de Perrigny et le poste 2 de Longvic, détruisant quatre citernes de vin destiné aux Allemands et coupant la voie pendant 14 heures".
Albert Ouzoulias mentionne encore deux autres déraillements, les 3 et 13 janvier 1941, puis, «de janvier à juin 1941, ces mêmes groupes (réalisent) des récupérations d’armes et d’explosifs, la remise en état des armes et la fabrication d’engins dans les ateliers du dépôt.»
De septembre au 15 octobre, avec un effectif de 24 hommes, le groupe O.S. FTPF s’attaque aux locomotives, par sablage des boîtes à huile. La police militaire allemande soupçonne Jean Mahon, Jean Bouscand et Gabriel Lejard de coordonner les opérations de sabotage au dépôt de Perrigny, mais n’en possède pas de preuves.
Jean Mahon est arrêté le 22 juin 1941. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom de code "Aktion Theoderich", les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française», plus de mille communistes. 

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (pour ceux de Côte d’Or, les prisons de Dijon et de Vesoul), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941 (le 5 juillet 1941 pour ceux de Côte d’Or), au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
A Compiègne, Jean Mahon est le responsable pour la Bourgogne au Comité communiste clandestin de résistance du camp.
Son évasion prévue, par le souterrain, ne put avoir lieu, car il faisait partie de la seconde vague.

Fiévreux, car atteint d'une maladie pulmonaire, il est pourtant déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45813.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Au camp principal, Jean Mahon se trouvait dans le block 18, il est toujours fiévreux et a très soif. Chaque soir, Gabriel Lejard se glissait dans ce block malgré les risques de coups pour lui apporter un peu d'eau (un unique robinet pour plus de 2000 hommes) que Jean Mahon boit avec avidité. Un soir, Gabriel Lejard constate l’absence de son ami : « une sélection avait eu lieu au petit matin, il avait été conduit à la chambre à gaz ».
Jean Mahon meurt à Auschwitz le 24 août 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (1958).

Sources

  • Albert Ouzoulias, les Bataillons de la jeunesse. Editions sociales, Paris 1972, réédition juillet 1990.
  • Textes et enregistrement sur cassette de 
  • Etat civil de Bar-sur-Aube.
  • Archives municipales de Dijon (lettre de Mme Degroise, conservateur, sept. 1991).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement le matricule et la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). Correspond aux indications de Liste A ou Liste établie à partir des registres des morts d'Auschwitz (Archives des ACVG) ou Les Livres des morts d'Auschwitz. .
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en février 1998, complétée en 2015 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005).
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