L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEMAY Charles


Liste d'otages à fusiller. Charles Lemay est le n°10
Matricule "45777" à Auschwitz


Charles Lemay est né le 1er février 1898 au domicile de ses parents rue du Pain Chinois à Trith St-Léger (Nord). Il habite au 45 rue de Geôle à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Védastine (un vieux prénom du Nord et du Pas-de-Calais) Lecerf, 27 ans et de Célestin Lemay, 41 ans, garçon brasseur, son époux.
Conscrit de la classe 1918, son registre matricule militaire indique qu’il habite au 122 rue Thiers à Denain (Nord) au moment de la création de la fiche (1923) et travaille comme mouleur. Il mesure 1m 75, a les cheveux châtains et les yeux gris marron, le front moyen, le nez ordinaire, le visage rond. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1918, Charles Lemay aurait du être mobilisé par anticipation en 1917, comme tous les jeunes gens de cette classe. Mais Trith St-Léger et le valenciennois sont occupés par l’armée allemande. Il est donc « non recensé pour cas de force majeure ».
Charles Lemay  est classé « réformé temporaire n° 2 » pour « bronchite suspecte et débilité générale » en 1919. Le 24 mai 1922, la commission de réforme de Caen (Calvados) le maintient «réformé temporaire sans pension» pour «bronchite des sommets, état général passable ». En juillet 1923 la commission de réforme de Caen le classe « bon pour le service armé » : « cœur et poumons normaux. Bonne constitution ». Il est néanmoins classé dans la réserve au 43ème RI. Puis aux centres de mobilisation d’infanterie n° 12 et 13 (en 1930).
En janvier 1924, Charles Lemay a quitté le Nord et est venu habiter la région caennaise. Il est domicilié au 14 promenade du Fort, à Caen (Calvados). En octobre 1925, il a déménagé au 132 rue d’Auge. (Etienne Cardin, qui sera déporté avec lui habitera avec son épouse à la même adresse en 1936).
La SMN
En juin 1928, il habite chez M. Joyeux Lorose, à Sannerville (à 10 km à l’est de Caen et de la Manche).
Fin avril 1933 et jusqu’au moment de son arrestation, Charles Lemay revient habiter à Caen au 45 rue de Geôle.
En 1930, il est mouleur en fonte aux « Hauts-Fourneaux », à la Société Métallurgique de Normandie) à l’usine de Colombelles-Mondeville. Et de ce fait classé par l’armée comme « affecté spécial » (l’AS est mobilisé sur son lieu de travail en cas de conflit).
Charles Lemay est marié, père de deux enfants.
Militant communiste, il est arrêté le 21 octobre 1941, en même temps que Jean Bourget (45289), Roger Goguet (45614) et Eugène Baudouin (45207), pour ses activités.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, en vue de sa déportation comme otage.

Le 24 octobre 1941, la Feldkommandantur 723 de Caen inscrit le nom de Charles Lemay sur une liste d’otages détenus dans le Calvados. 
Le 20 janvier 1942, la Feldkommandantur 723 demande des vérifications pour onze otages communistes du Calvados internés à Compiègne avant de procéder à leur exécution : Charles Lemay est le dixième de la liste.  Sur cette même liste figurent les noms de quatre autres internés du Calvados déportés avec lui à Auschwitz : Eugène Beaudoin, Jean Bourget, Roger Goguet, Pierre Lelogeais (les noms des autres otages sont barrés par respect de confidentialité).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog :Les wagons de la Déportation
Charles Lemay est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45777. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Charles Lemay meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

Sources

  • Lettre de son épouse à André Montagne (9 juillet 45).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Registres matricules militaires.
  • Liste de la FK 123 : CDJC. XL III - 79.
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive". Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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