L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LELANDAIS Charles


Matricule "45.774" à Auschwitz

Rescapé


Charles Lelandais est né le 15 mars 1909 à Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine) où son père était commerçant. 

Il habite au 122 rue de Geôle à Caen (Calvados) ou au 48 rue Eustache Restout à Caen au moment de son arrestation. Il est marié. Artisan plombier, puis mécanicien SNCF au moment de son arrestation (selon la liste d'arrestation, où sa profession a été confondue avec celle d'André Montagne, dont nous sommes certains).
Secrétaire de la section communiste de Caen, il est affilié au syndicat CGT du bâtiment.
Le 2 mai 1942, il est arrêté par la police française : il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Après un passage à la prison de Caen, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Charles Lelandais est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45 774". 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

L'entrée de Birkenau

Le 13 juillet - après les cinq premiers jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - Charles Lelandais est dans la moitié des membres du convoi qui reste dans ce camp en construction choisi pour mettre en œuvre la “solution finale” (contexte plus meurtrier).
Le 17 ou 18 mars 1943, il fait partie des dix-sept “45000” rescapés de Birkenau conduits à Auschwitz-I où il est affecté aux kommandos Terrasse et Strasskommando, extrêmement durs (René Aondetto estime que la quarantaine l'a sauvé).
Le 15 août 1943 (Charles Lelandais se souvient de la date, car un détenu Polonais parlant français lui avait dit la veille « demain c’est la fête de la vierge, nous allons prier ») il est parmi les “politiques” français rassemblés au premier étage du Block 11 - la prison du camp - pour une “quarantaine”. Exemptés de travail et d’appel extérieur, les “45000” sont témoins indirects des exécutions massives de résistants, d’otages polonais et tchèques et de détenus du camp au fond de la cour fermée séparant les Blocks 10 et 11.
Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine.
Le 3 août 1944, il est parmi les trois-quarts des “45000” présents à Auschwitz qui sont de nouveau placés en “quarantaine”, au Block 10, en préalable à un transfert.
Le 29 août 1944, il est parmi les vingt-neuf “45000” intégrés dans un convoi disciplinaire de 807 détenus (…) transférés au KL Sachsenhausen, dans la ville d’Oranienbourg, au Nord-Ouest de Berlin (matricule 94269).
En février 1945, il est affecté au Kommando Heinkel (intégré au camp) avec Marceau Lannoy et Maurice Le Gal. Ils sont ensuite transférés au petit camp annexe de Trebnitz.
Début mai, ils sont évacués dans une marche forcée vers Hambourg. En avril 1945, Charles Lelandais est libéré. Il est rapatrié le 21 mai (centre 49, rapatrié n° 1209387). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Le titre de «Déporté politique » lui a été attribué le 21 février 1952.
Il travaille un temps pour les concerts de la salle Pleyel à Paris, selon André Montagne.
Charles Lelandais est mort à Bobigny le 7 février 1982.

Sources
  • Sur sa fiche FNDIRP, ont témoigné Eugène Beaudouin, Marcel Cimier, André Montagne,  Louis Jouvin.
  • Charles Lelandais a rencontré Roger Arnould (archiviste de la FNDIRP) à 2 reprises (1973-1980).
  • Notes de Roger Arnould.
  • Lettre de René Aondetto (1977).
  • Etat civil : mairie de Plélan, 8 mars 1994.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: