L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LECHEVALIER Edouard


Matricule "45742" à Auschwitz 

Edouard Lechevalier est né le 14 janvier 1889, à Nantes 4ème canton (Loire-Atlantique). Il est le fils de Marie, Augustine Marion, 29 ans, couturière et d’Edouard, Hyacinthe Lechevalier, 36 ans, employé aux chemins de fer, son époux, tous deux domiciliés boulevard Victor Hugo à Nantes.

Il habite rue Laurent Simon à Cherbourg (Manche) au moment de son arrestation. Célibataire, Edouard Lechevalier est un militant communiste très connu «principal dirigeant communiste et unitaire de Cherbourg » (Le Maitron). 
Selon sa fiche matricule militaire Edouard Lechevalier mesure 1m 72, a les cheveux et sourcils blonds et les yeux bleus, le front large. Le nez et la bouche moyens. Le menton et le visage ronds. Au moment du conseil de révision, il travaille comme serrurier à Cherbourg (Manche) où il habite chez ses parents, rue Laurent Simon. Il sera par la suite aide-monteur en chemin de fer. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1909, Edouard Lechevalier est appelé au service militaire en 1910. Il est incorporé au 6ème Régiment du Génie à Angers le 3 octobre 1910, comme 2ème classe sapeur-mineur. Il est « envoyé dans la disponibilité » le 7 septembre 1912, « certificat de bonne conduite accordé ». Edouard Lechevalier est « rappelé à la mobilisation générale décrétée le 1er août 1914 » et revient au 6ème Génie le 4 août. Aussitôt envoyé « aux armées » le 8 août, il est « malade évacué » le 24 septembre 1914. Après convalescence, il « passe » alors au parc du génie de la 74ème division le 6 novembre 1914, envoyé « aux armées ». Il passe au 4ème Régiment du génie le 4 avril 1916. Et repasse au parc du génie de la 74ème division le 18 septembre 1918 j’usqu’à l’armistice. Du 12 novembre 1918 au 24 février 1919.
Il est dirigé en « sursis d’appel » (1) sur le réseau de l’Etat des chemins de fer, le 28 février 1919. Du 6 novembre 1919 au 5 juillet 1920, il travaille comme aide-monteur au dépôt des chemins de fer d’Achères (Seine-et-Oise). Cet emploi le fait alors « passer » en tant que réserviste de l’armée active, à la 4ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
Dès 1921, il est secrétaire de la Section communiste de Cherbourg, élu la même année au premier Comité fédéral du Parti communiste de la Manche, puis réélu en 1923. 
Cheminot «démissionnaire», il devient alors ouvrier serrurier à l'usine Schneider et réside à Cherbourg. Il y devient secrétaire du Syndicat des Métaux de Cherbourg, réélu en 1923 et 1924.
Il est inscrit au "carnet B" par la Préfecture (2). 

En janvier 1925, il travaille comme aide-monteur à Poissy où il est domicilié 12 rue au  Pain à Poissy. En août 1927, il a comme adresse le dépôt ferroviaire d’Achères (Seine-et-Oise).
Réintégré aux Chemins de fer, il est nommé au dépôt d'Achères (Seine-et-Oise), comme ajusteur : Il s'y fait estimer et en 1926, il est administrateur de la Caisse des Ecoles. 
«Élu conseiller municipal le 4 septembre 1927 sur la liste communiste, à la suite de l'annulation des élections de 1925, il n'assista en tout et pour tout, qu'à quatre séances du conseil. (…). Lechevalier fut élu, le 21 novembre 1929, troisième maire d'Achères au cours de la même mandature. « Démissionné » pour « déviationnisme » le 4 novembre 1930, après un mandat sans éclat, il adressa sa démission au préfet et les chemins de fer de l'Etat le nomment de nouveau à Cherbourg, à sa demande (Le Maitron) ». 
En juillet 1930, Edouard Lechevalier habite rue Laurent Simon à Cherbourg
"Secrétaire de l'Union locale unitaire de cette ville dès février 1931, il reprit sa campagne de propagande pour le front unique, intervenant notamment dans de nombreuses réunions confédérées, mais dut, pour raison de santé, abandonner sa fonction, qu'il laissa à Charles Mauger (lui aussi, sera déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942) vers mars 1933.
«Candidat communiste aux élections législatives de mai 1932 dans la circonscription de Cherbourg et aux cantonales d'octobre 1934 à Cherbourg, il se désista pour le socialiste Civadier après avoir recueilli un bon score, inaugurant ainsi la nouvelle période qui s'ouvrait et dans laquelle il devait se sentir bien plus à l'aise. Ferme partisan de l'unité, il participa à la constitution du comité local de coordination PC-PS, le 9 novembre 1934» (1).

Ouest-Eclair du 27 avril 1936
Il est candidat aux élections législatives d'avril 1936, à Cherbourg, où il recueille 1100 voix (6 % des suffrages exprimés). 
Il est toujours cheminot, « affecté spécial » pour l’armée en 1936.
Elu membre de la commission de contrôle du syndicat unifié des cheminots de Cherbourg, constitué à la fin de l'année 1935, Edouard Lechevalier fut mandaté, en novembre, au premier congrès de secteur qui l'élut délégué à la propagande. Le congrès de l'Union départementale du 22 décembre 1935, l'élut à la commission administrative. Il devint un des principaux dirigeants de la CGT dans la Manche, très à l'aise dans les organisations unifiées au contraire de certains de ses camarades ex-unitaires. Il fut constamment réélu - et à la quasi unanimité - à la commission administrative de l'Union départementale, accédant au poste de secrétaire adjoint en 1938 et 1939 (Le Maitron).
Edouard Lechevalier est arrêté le 23 juin 1941, à son domicile, par des policiers français. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Edouard Lechevalier est incarcéré à la prison maritime de Cherbourg, et, probablement au camp de Gaillon, comme plusieurs des 45000 arrêtés ce jour-là. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage.

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45742". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Edouard Lechevalier meurt à Auschwitz le 31 juillet 1942 selon les registres du camp.
  • Note 1 : Le « sursis d’appel » : après l’armistice du 11 novembre 1918, les appelés dont le temps de service militaire normal est écoulé (3 ans), sont maintenus « aux armées ». Certains, comme Edouard Lechevalier, sont employés à la remise en état des réseaux ferrés. Beaucoup seront envoyés en renfort de l’armée d’Orient, toujours engagée.
  • Note 2 : Le carnet B est l’instrument principal de surveillance des « suspects », français ou étrangers, sous la Troisième République. Géré par le ministère de l'Intérieur, il fut progressivement étendu à tous les individus pouvant troubler l'ordre public ou antimilitaristes qui pourraient s'opposer à la mobilisation nationale. Abandonné en 1947. 
Sources
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. et tome 34, page 57 (auteur Y. Le Floch).
  • Les recherches de Mme R. Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 "45000" de la Manche.
  • Archives d'Achères (77).
  • "La Résistance dans la Manche " (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. P. 39/40/41.
  • Archives de Cherbourg (juillet 1991).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Archives en ligne de Nantes. Registres matricules militaires de Cherbourg.
Biographie rédigée en avril 2001, complétée en novembre 2016 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. * Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.  

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