L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEBRETON Pierre Joseph Auguste


Matricule "45744" à Auschwitz

Pierre Lebreton est né le 4 février 1899 au Mesnil Vigot (Manche). 

Il est le fils d’Élise, Annie Ledouit et de Victor, Nicolas Le Breton.
Il habite au 6 rue des Acres à Vire (Calvados) au moment de son arrestation. Il est cheminot (cantonnier-pelliste), depuis 1922. Son épouse est également cheminote à Vire.
Selon sa fiche matricule militaire Pierre Le Breton mesure 1m 68, a les cheveux châtain et les yeux bleus, le front moyen, le nez rectiligne. Il a le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme cultivateur chez ses parents à Lozon (Manche, non loin de Saint-Lô). Il sera par la suite cheminot. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire).
Conscrit de la classe 1919, Pierre Lebreton devance l’appel et s’engage pour une durée de 4 ans le 18 mars 1918, à la mairie de Saint-Lô. 
Il est incorporé le 19 mars au 1er dépôt des équipages de la flotte, à Cherbourg, comme apprenti-marin. Il est « renvoyé dans ses foyers » le 18 mars 1921, « en attendant son passage dans le réserve de l’armée active » (au 1er dépôt des équipages de la flotte).
Embauché comme employé permanent des Chemins de fer (cantonnier de voie), cet emploi le fait alors « passer » le 19 juillet 1922, comme réserviste de l’armée active, à la 4ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
En août 1927, il dépend de la subdivision de Falaise et habite Caen.

Militant communiste connu, Pierre Lebreton a vraisemblablement été rayé de « l’affectation spéciale » comme la plupart des cheminots syndicalistes et / ou présumés communistes. Il redevient alors mobilisable, « inscrit en domicile » le 1er octobre 1939. 
Pierre Lebreton est arrêté par la police française le 4 mai 1942.
Militant communiste connu des services de police, il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Lebreton est conduit à la Gendarmerie de Vire, puis il est remis aux autorités allemandes (Feldkommandantur 723) à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45744.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Affecté à Birkenau, Pierre Lebreton y meurt le 17 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2). Ce certificat porte comme cause du décès « Sepsis bei Nackenkarbunkel » (septicémie par antrax porté sur la nuque). L’historienne polonaise Héléna Kubica a révélé comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18, 19, 20 ou 21 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.

Sources
  • Document allemand concernant des cheminots arrêtes à la suite des déraillements des 16 avril et 1er mai, reproduit ci-dessus, en date du 15 mai 1942, référencé en juin 1942 et destiné à la place Beauvau.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fiche de renseignements FNDIRP établie par sa veuve. (N° 63997 / 8261).
  • Lettre de Mme Lebreton à André Montagne (10/7/45).
  • Archives de Brinon (AN)
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, février 1992, Caen.
  • Registres matricules militaires.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en janvier 2001, complétée en novembre 2016, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: