L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LE GAL Maurice, François



Matricule "45767" à Auschwitz

Maurice Le Gal est né le 26 janvier 1898 à Lorient (Morbihan). Il est le fils de Marie Françoise Le Mignan, domestique et de Toussaint Le Gal son époux.
Maurice Le Gal habite au 33 rue Anatole France, à Mondeville (Calvados) au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Caen (Calvados) au moment du conseil de révision et qu’il travaille comme épicier. Après son engagement dans la Marine, il sera mécanicien-électricien. Il mesure 1m 70, a les cheveux châtain et les yeux « verdâtre », le front vertical, le nez cave et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1918, il signe à 18 ans un engagement volontaire de quatre ans au titre du 1er dépôt des équipages de la flotte, le 11 septembre 1916 à la mairie de Caen. Il arrive au dépôt de Cherbourg le lendemain. Il est matelot de 3ème classe le 21 septembre 1916. Le 22 mai 1917, il est nommé matelot de 2ème classe breveté électricien. Le 1er octobre 1918, il est nommé quartier-maître électricien.
Il est « renvoyé dans ses foyers » le 16 février 1920 et se retire à Calix, près de Caen.
Il va, à partir de cette date, habiter à Caen ou autour de Caen : d’abord à Hérouville (1920), Caen au 43 rue neuve St-Jean (1921). Le 25 avril 1922 il épouse Fernande, Berthe, Eugénie Bisset à Demouville (Calvados). Le couple a un enfant. Ils habitent en mai 1922 au 12 rue Montoir Poissonnerie à Caen (au 13 habite Etienne Cardin, qui sera déporté avec lui à Auschwitz). En 1924, ils ont déménagé au 124 avenue Victor Hugo.
L'usine Union électrique de l'Ouest en 1944
En septembre 1931, déjà réserviste au titre 1er dépôt des équipages de la flotte, il est classé dans la réserve militaire comme « affecté spécial tableau III, comme contremaître chef de quart à l’Union Electrique de l’Ouest centrale de Caen, avenue Victor Hugo.
Maurice Le Gal est contremaître électricien à l'Usine électrique de Mondeville (« chef de quart - Union Electrique de l’Ouest » d’après sa fiche d’arrestation).
Il est communiste et responsable du Syndicat CGT de l'Electricité à Caen.
Avant 1930 la famille Le Gal habite Grande-Colombelles à Mondeville. En octobre 1930 ils déménagent à Caen, au 33 rue du Bel Air « Les Charmettes ». En février 1934, ils demeurent au 67 rue de falaise, puis en septembre au n° 59.
Le 15 juillet 1937, les Le Gal emménagent au 33 rue Anatole France à Mondeville.
Maurice Le Gal est arrêté le premier mai 1942, par la police française : il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Maurice Le Gal est conduit à la prison de Caen, puis est remis le 3 mai aux autorités allemandes (Feldkommandantur 723) à leur demande. 
Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le 4 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Le Gal est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45767".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. 
Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Electricien, Maurice Le gal est raméné à Auschwit I. Il est affecté au Block 15 A.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Le 29 août 1944, il est transféré avec vingt-neuf autres "45 000" d'Auschwitz à Sachsenhausen où ils sont enregistrés : il y reçoit le matricule « 94 267 ».  Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Une partie d'entre eux sont ensuite affectés à d'autres camps : en février 1945, Marceau Lannoy, Maurice Le Gal et Charles Lelandais sont transférés à Heinkel (kommando de Sachsenhausen). Ils sont ensuite transférés à Trebnitz. Au début mai 1945, ils marchent en direction de Hambourg. 
Maurice Le Gall meurt pendant cette évacuation (témoignage de Charles Lelandais). La mention "Mort pour la France" lui a été attribuée le 31 décembre 1944.
Le 12 novembre 1947, une plaque commémorative à la mémoire des 18 agents de la SEC (dont Maurice Le Gal) morts au cours de la guerre, est inaugurée dans les locaux de la promenade du Fort, en présence de Marcel Paul, ministre communiste de l’industrie.
Une rue de Mondeville porte son nom, hélas mal orthographie en Maurice Legal.

Sources

  • Témoignage de Charles Lelandais (45774) consigné par Roger Arnould (9 mars 1973).
  • Liste des « communistes arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai sur désignation de l’Autorité Allemande (Feldkommandantur 723) et remis à celle-ci le 3 mai 1942 (CDJC).
  • Fiche FNDIRP remplie par sa veuve (N° 5494/8377), qui en réfère aux témoignages de deux rescapés qui sont avec lui à Treibnitz, Charles Lelandais et Marceau Lannoy 45727.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • ©  Archives en ligne de Lorient.
  • Registres matricules militaires.
  • Photo de l’Union Electrique de l’Ouest (devenue la SEC, Société d’électricité de Caen) après les bombardements de 1944 © Fonds François Robinard.
Biographie (complétée en avril 2016) rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: