L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


KRONENFELD Mendel, Moses

Liste des otages Juifs du Calvados
Matricule "46290" à Auschwitz

Mendel Kronenfeld est né le 21 mars 1911 à Kutach (Pologne) (ex-Kuty en Russie tsariste).
Il est naturalisé français le 21 août 1937.
Il habite au 100 rue Saint Jean à Caen (Calvados) au moment de son arrestation. 

Chimiste, il a fait ses études à la faculté de Droit et de Sciences de Caen.
Mendel Kronenfeld est marié à une française catholique. 

Il a été mobilisé en 39-40.
Son nom est cité dans deux correspondances datées des 25 et 27 février 1942, entre le SS-Obersturmführer Theodor Dannecker et le SS-Hauptsturmführer Heinrich Müller, relative à l'arrestation prévue d'hommes juifs dans les régions de la Manche et du Calvados, suivie d'une liste des Juifs concernés par la rafle prévue pour les mois à venir (note 1).
Arrêté le 1er mai 1942 comme otage Juif, il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands.  Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.  Lire dans le blog : 14 - Calvados Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942). 
Liste des Juifs arrêtés dans la nuit du 1er mai sur l'indication des Autorités allemandes et "remis" le 3 mai.
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec d’autres Juifs de Caen et des militants communistes caennais arrêtés le même jour, au sous-sol dans des cellules exiguës.  
A la demande des autorités allemandes, Mendel Kronenfeld et ses camarades sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Mendel Kronenfeld y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». Son épouse engage des démarches auprès de la délégation française auprès de l'occupant (dossier archives De Brinon) afin d'obtenir des nouvelles de son mari.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Mendel Kronenfeld est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 

Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46290".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, dont les 50 Juifs du convoi,  restent à Birkenau, employés au terrassement dans les marais et à la construction des Blocks.
Mendel Kronenfeld meurt à Auschwitz le 14 août 1942 d’après les registres du camp.
Un arrêté du 13 mars 1995 porte apposition de la mention « Mort en déportation » sur son acte de décès.

  • Note 1 : Dans sa lettre, le SS-Obersturmführer Dannecker demande la liste des détenus et souligne que les Juifs turcs, bulgares et hongrois ne peuvent pas encore être arrêtés. Il aimerait savoir par ailleurs où les épouses des hommes juifs arrêtés doivent être internées. Le SS-Hauptsturmführer Müller répond par une brève note et joint une liste de 34 Juifs domiciliés dans la région du Calvados et de la Manche. Il dit qu'il est prévu d'arrêter 100 hommes juifs âgés entre 18 et 65 ans aux alentours de Caen et qu'il est question de les interner. - Le camp d'internement n'est pas mentionné, ni la date d'arrestation. La liste comprend également des femmes juives, des Juifs de nationalité française, roumaine, hongroise, polonaise et turque (fonds Gestapo / CDJC / Mémorial de la Shoah).
Sources
  • Fiche FNDIRP remplie par sa veuve. N° 5466
  • Témoins possibles  de son sort à Auschwitz cités par elle : trois caennais rescapés André Montagne, David Badache, Charles Lelandais.
  • Archives de Brinon (AN).
  • Liste des Juifs à arrêter le 1er mai 1942
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Biographie rédigée en janvier 2001 et complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive".
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