L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


KINSBOURG Roger Alexandre


Matricule 46287 à Auschwitz


Roger Kinsbourg est né le 22 août 1890 au 24 place de l'Eglise à Remiremont (Vosges). Il est le fils d'Aline Weil, 24 ans et d'Anatole, David Kinsbourg son époux.
Il habite à Chenôve (Côte d'Or) au moment de son arrestation, ville où il s’est replié après l’annexion de l’Alsace-Lorraine en juin 1940. Il y est agent d'assurances. 
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Paris 9ème au moment du conseil de révision et qu’il travaille comme commis d’exportation. Il mesure 1m 66, a les cheveux noirs et les yeux bleus clairs, le front et le nez moyens, et le visage long. Il a un niveau d’instruction « n°5 » pour l’armée (il est bachelier et licencié es lettres).
Conscrit de la classe 1910, Roger Kinsbourg est appelé au service militaire le 1er octobre 1911. Il est affecté au 149ème régiment d’infanterie où il arrive le 10 du mois. Il passe au 170ème régiment d’infanterie le 15 avril 1913. Il « passe dans la disponibilité » le 8 novembre 1913.
Lorsqu’est décrétée la mobilisation générale du 1er août 1914, il est mobilisé jusqu’à la fin de la guerre. Il fait partie des trois classes d’appelés qui resteront le plus longtemps sous les drapeaux (5 ans et 9 mois). Roger Kinsbourg arrive au 170ème régiment d’infanterie le 2 août 1914 qui monte au front. Il est blessé par un éclat d’obus le 27 avril 1916 à Verdun-Douaumont. Evacué et hospitalisé, il ne reviendra au dépôt du régiment que le 15 juin 1916. Il passe au 8ème escadron du Train le 16 octobre 1916 et il est « affecté TM 582 » (affecté au Transport de Matériel, unité 582, en général composée d’une vingtaine de soldats, 4 sous-officiers et un officier) aux armées. il est par la suite affecté au QG de la 18ème Division d'infanterie. Entre le 14 janvier 1917 et le 13 janvier 1918,  il passe successivement à la section auto du « TM 420 » rattaché au 8ème escadron du Train, puis « TP 560 », au « TM 566, au « TM 868 ». Il a aussi été affecté au groupe d'Artillerie à grande portée (ALGP) n° 60.
Roger Kinsbourg est démobilisé le 19 janvier 1919. Il épouse Hélène Levy le 24 juin 1920 à Strasbourg (Haut-Rhin). Le couple a une fille, Huguette, qui naît le 14 février 1925.
Il aurait été adjoint au maire de Metz (Moselle). 
Le 8 février 1933, il épouse à Spada (Meuse), en secondes noces, Alice, Gertrude, Louise Weiss. 

En octobre 1938, Roger Kinsbourg effectue une période militaire d’une dizaine de jours au 66ème bataillon régional. Il est classé sans affectation militaire en mars 1939. On sait que les classes 1909, 1910 et 1911 ont été appelées lors de la mobilisation générale, mais libérées très tôt. Son registre matricule militaire n’en fait toutefois pas état, mais par contre, il y est inscrit qu’il est dégagé de toute obligation militaire le 25 juin 1940.
Roger Kinsbourg est arrêté le 2 août 1941 par la police allemande. Selon Gabriel Lejard, il avait trouvé dans sa boîte à lettres des tracts antinazis. « Comme il aimait plaisanter, il les montrait à tout le monde ».
Il est interné à Compiègne. De nombreuses interventions ont lieu en faveur de sa libération, mais en vain (le Maire de Chenôve, le directeur de cabinet du Maréchal Pétain sollicité par la mère de Roger Roger Kinsbourg, l’ambassadeur de France De Brinon, délégué général du gouvernement Français dans les territoires occupés) : le préfet a annoté en rouge qu’une enquête est prescrite et que l’intéressé est israélite. 

Le commissaire de police écrit « Mr le Feldkommandant ayant été informé de ce que R. Kinsbourg se livrait à une activité communiste assez intense, fit effectuer une perquisition au cours de laquelle il fut découvert plusieurs tracts communistes qui motivèrent son arrestation immédiate et son internement à Compiègne
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Roger Kinsbourg est déporté à Auschwitz comme otage Juif dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages Juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46287".
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
A l'arrivée à Auschwitz, il est parmi les plus battus. « Il avait du sang partout » raconte Gabriel Lejard. D’après son témoignage, il meurt 3 jours après l’arrivée.
« Il m’a dit, Gaby, je suis foutu, si tu rentres, tu diras comment ils m'ont arrangé ». 

Roger Kinsbourg meurt à Auschwitz le 27 juillet 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1954. Son nom est inscrit sur le Mur des Noms au Mémorial de la Shoah à Paris, ainsi que sur la plaque commémorative sise au 5 rue de la Synagogue à Dijon. Il est également gravé sur le monument aux morts de Chenôve.

Sources

  • Récits enregistrés en 1988 et écrits de Gabriel Lejard.
  • Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943. Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives en ligne des Vosges.
  • Kinsbourg Genealogy and Kinsbourg Family History Information @ Geni
  • © Registres matricules militaires des Vosges.
  • © Memorial Genweb
Biographie rédigée en février 1998, complété en 2015 et avril 2106 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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