L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JAMET Henri, Georges



Henri Jamet est né le 1er juillet 1898 au domicile de ses parents au hameau de La Renaudière à Campagnoles (Calvados) près de Vire. Il habite un petit pavillon au 6 rue Beau Soleil à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Augustine, Adrienne Lelevé, 30 ans, ménagère et de Pierre, Adrien Jamet, 39 ans, cultivateur, son époux. Il a 3 sœurs, Marie-Louise, Yvonne et Juliette et 3 frères, Alphonse, Emile et Jules.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Coulonces dans le canton de Vire et qu’il est cultivateur au moment du conseil de révision. Il sera par la suite garçon de cave. Il mesure 1m 78, a les cheveux châtains et les yeux bleus, le nez aquilin et le front large. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1918, il est mobilisé par anticipation en 1917, comme tous les jeunes gens de sa classe. Il est incorporé le 2 mai 1917 au 36ème régiment d’infanterie, basé à Caen. Après 7 mois d’instruction, il part « aux armées » (vers le front) le 30 décembre 1917. Le 36ème est engagé dans le secteur du Chemin des Dames.
Le 7 juin 1918, il « passe » au 359ème régiment d’infanterie, aussitôt engagé avec l’appui des tanks pour la reprise de Mortemer. Le 28 octobre 1918, il passe au 297ème R.I. lui aussi engagé dans le même secteur. Après l’armistice, le régiment est dissous en février 1919. Le 7 février 1919, Henri Jamet est versé au 19ème escadron du Train. Du 29 mars 1920 au 6 juin, il est affecté au 166ème R.I. qui occupe les territoires rhénans en Allemagne, conformément au traité de Versailles.
Rapatrié le 6 juin suivant, il est démobilisé le 9 juin, « certificat de bonne conduite accordé », et se retire à Coulonces.
En décembre 1920, il vient habiter au 3 rue aux Teintures à Vire (Calvados).
Il épouse Léontine, Julienne Marie à Vire, le 18 avril 1921. Le couple habite en mai au village des Monts, commune de Vaudry (près de Vire). Le 23 novembre 1923, le couple a déménagé au 74 rue Émile Chénel, à Vire. En décembre 1931, ils viennent habiter au sud de Caen, rue de Cormelles, à quelques rues de Mondeville. 
Henri Jamet travaille alors comme caviste à la Société Coopérative de Mondeville-Colombelles, émanation directe de l’usine SMN ("Société Métallurgique de Normandie").
Le pavillon rue Beau Soleil
A partir de  janvier 1937 Henri Jamet habite un pavillon au 6 rue Beau Soleil à Caen, rue voisine de la rue de Cormelle.
Le couple se sépare par jugement de divorce, à Caen le 6 novembre 1939.
Le 13 juillet 1940, Henri Jamet épouse en secondes noces Claudine Lucienne Davoult, à Caen.
Le décret de mobilisation générale du 1er septembre 1939 le « rappelle à l’activité ». Le 2 septembre 1939, il est mobilisé et affecté à la défense passive de Caen. 
Le 30 avril 1940, il est affecté au dépôt d’infanterie n° 33. Les troupes allemandes entrent dans Caen le 18 juin. Henri Jamet est démobilisé à Caen 31 août.
Liste de militants arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai 1942 (© montage)

Membre du Parti communiste, il est arrêté le 2 mai 1942 à son domicile, par la police française. Il figure en effet sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942)
Le premier mai 1942, il est arrêté à son domicile par un inspecteur de police, accompagné d’agents et de Feldgendarmen.
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec d’autres militants communistes caennais arrêtés le même jour, au sous-sol dans des cellules exiguës.  
A la demande des autorités allemandes, Henri Jamet et ses camarades sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Henri Jamet  y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Jamet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu.
Le numéro "45683 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Dessin de Franz Reisz 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.

Attestation d'André Montagne pour sa veuve
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué en 1955.

Sources

  • Fiche FNDIRP (demande de carte de Déporté politique) établie par sa femme (1949).
  • Demande d'attestation de la FNDIRP de Caen à André Montagne (23 décembre 1949).
  • Lettre et attestation d'André Montagne à la FNDIRP (28 décembre 1949).
  • Lettre et certificat adressés à Mme Jamet (13 juillet 1951).
  • Listes d'arrestations des communistes arrêtés sur désignation de l'autorité allemande (Feldkommandantur 723) et remis à celle-ci le 3 mai 1942 (document CDJC 1990).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Archives en ligne du Calvados, Etat civil et registres matricules.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Jean Michel Guillot, La vie au Plateau, mémoire de recherche 2008. 
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en 2011, 2016 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive".  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.  Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Veuillez indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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