L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


INDICTOR ou INDIKTOR Abraham, dit André



Matricule "46284"à Auschwitz

André Indictor est né le 17 février 1893, à Bila Tserkva (oblats de Kiev en Ukraine, selon une fiche remplie par son frère) ou à Nikolaev (Ukraine) selon le J.O. et son certificat de décès à Auschwitz. Il est naturalisé français. Il habite au 3 rue de Verdun, à Caen (Calvados) au moment de son arrestation. Il est marié, père de 2 enfants. Il n’a pas d'activités politiques ou syndicales, selon son fils René.
André Indictor est coiffeur aux Galeries Lafayette, à Caen. Il parle plusieurs langues.
En mai 1940, le directeur des Galeries organise l’exode de ses employés. La Famille Indiktor est repliée sur Nantes. Puis elle revient à Caen. Lorsque survient le recensement des Juifs en octobre 1940, André se déclare (son fils refuse de le faire sentant qu’il y là danger : son père lui oppose qu’étant membre de la Défense passive, il est de toutes façons connu).
André Indictor est arrêté le 1er mai 1942, comme otage juif : il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage. Sa famille a reçu une carte du camp datée du 16 juillet 1942. Au camp Juif de Compiègne, il fait fonction d’infirmier (témoignage du Dr Pecker) et de cuisinier (témoignage BS).

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Indictor est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46284" d'après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 484). Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
André Indictor meurt à Auschwitz le 10 août 1942.
Il a été déclaré "Mort pour la France". Son beau frère, Georges Marin, déporté dans le même convoi est rescapé.
Mme Indiktor, Claudine et René parviennent à rejoindre la zone libre.


Sources

  • Lettre de sa veuve à André Montagne (17 sept. 45).
  • Témoignage de René Indiktor dans «La Shoah en Normandie» par Yves Le Couturier. Etude (brochée) parue en juin 2004.
  • Questionnaire rempli par son fils René (30-10-1991), qui signale la disparition de M. et Mme Tumpowski, ses grands-parents, victimes de la répression.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo bistre : © The Central Database of Shoah Victims' Names
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
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