L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HUET André


© Collection Emmanuelle Huet 
Matricule "45672" à Auschwitz


André Huet est né le 9 juillet 1899 au 5 rue Coupée à Caen (Calvados), où il habite au 39 rue d'Auge au moment de son arrestation. 
André Huet est le fils d'Aline Deberry, 27 ans et de Charles, Eugène Huet, 32 ans, typographe. 
Son registre matricule militaire indique qu’il habite 5 rue Coupée à Caen-Est et qu’il est mécanicien au moment du conseil de révision. Il sera par la suite ajusteur et cheminot. Son père est décédé à cette date. Il mesure 1m 70, a les cheveux châtains et les yeux gris verdâtres, le nez rectiligne et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1919, il est « ajourné pour faiblesse » en 1918 et classé dans la 1ère partie de la liste en 1920. Incorporé au 3ème Régiment du génie le 4 octobre 1920, il est nommé caporal le 11 avril 1921. Il est libéré de ses obligations militaires le 15 février 1922, « certificat de bonne conduite accordé ».
En octobre 1925, il a été embauché aux Chemins de fer de l’Etat comme ajusteur-monteur à Lisieux, où il habite au 7 place Gambetta, puis en 1925 au 10 rue du Tour des halles.
Pour la réserve de l’armée, cet emploi le fait alors « passer » du 3ème Régiment du génie à la 4ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’ « affecté spécial » (il est mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
André Huet épouse le 5 septembre 1925, au Plessis-Grimault, Marie, Désirée, Nathalie Bougeard. 
En octobre 1926, il a été muté à Caen, comme ajusteur. Le couple va habiter au 153 rue Saint-Jean à Caen. La gare est de l’autre côté de l’Orne.
Le 20 juillet 1932 il se remarie à Caen avec Aimée, Amélie, Félicienne Moisy, ménagère (née le 25 janvier 1908 à Tourgeville). Le couple aura deux enfants : André qui naît le 2 mars 1933, et Daniel qui naît le 30 septembre 1935 (respectivement âgés de 9 et 7 ans en 1942). En septembre 1936, ils demeurent au 153, rue Saint-Jean, à Caen.
Liste de militants arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai 1942 (montage)

André Huet est arrêté le 1er mai 1942, par la police française. Il figure en effet sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 4 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. De Compiègne, il écrit le 5 juillet à sa mère et à sa femme et leur annonce son proche départ pour l'Allemagne, "avec Auguste, le Dr Pecker, Bernheim, Pourvendier“ (source 1). Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog :Les wagons de la Déportation
André Huet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45672" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
André Huet meurt à Auschwitz le 24 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 479).
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
Lettre d'Aline Huet à André Montagne pour essayer
 d'avoir des informations sur la mort de son fils
  • 1 : Dans une lettre poignante datée du 24 août 1945, adressée à André Montagne Caennais rescapé du convoi, la maman d'André Huet lui demande s'il peut lui donner des nouvelles de son fils et cite le nom de militants partis avec lui (ci-contre). 
  • Fiche FNDIRP établie par sa veuve (Mme Aimée Huet-Moisy). N°8148.
  • Lettre de sa mère Aline Huet à André Montagne (24 août 1945)
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en 1992.
  • © Photo d’avant-guerre : courriel du 1er janvier 2012 de son arrière-petite-fille, Emmanuelle Huet.
  • Registres matricules militaires du Calvados
  • Liste de militants arrêtés dans la nuit du 1er au 2 mai 1942 (montage Pierre Cardon)
Biographie rédigée en janvier 2001, complétée en 2012 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages et complétée en 2012 et 2016 : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive, Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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