L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HODIESNE Marcel, Georges


Matricule "45664" à Auschwitz
Marcel Hodiesne, Gen Web D.r.

Marcel Hodiesne est né le 15 avril 1898 à Flers (Orne). Il habite au 74 ou 76 rue de la Liberté à Avranches (Manche) au moment de son arrestation.
Marcel Hodiesne est le fils de Marie, Rosalie Raimbault, 32 ans, dévideuse, et de Constant, Ferdinand Hodiesne, 34 ans, charpentier, son époux. Ses parents habitent un village près de Flers.  Il a trois frères, Constant, Emile et Fernand.
Il est d'abord manœuvre aux PTT. De la classe 1918, conscrit matricule 1221, Marcel Hodiesne travaille, au moment de sa mobilisation, comme soutier à bord du "Malte", à la Compagnie des Chargeurs Réunis.
Son livret militaire nous apprend qu'il mesure 1m 64, qu'il a les cheveux châtain et les yeux marrons, le front moyen. Il a niveau d'instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée).
Il est mobilisé par anticipation le 16 avril 1917 au 103ème RI. Sur le front depuis le 20 octobre 1917, il est blessé par un éclat d'obus lors d'une contre attaque au Mont Kemmel (Belgique). Il est cité à l'ordre du Régiment : "soldat dévoué et courageux, particulièrement distingué dans une contre-attaque au cours de laquelle il a été blessé". Evacué, il rejoint le régiment le 20 août 1918. Malade, il est évacué le 20 octobre 1918. Après l'armistice, il change de régiment (dépôt du 84ème RI le 13 janvier 1919) puis est affecté en Orient le 23 juin 1919 au 18ème Régiment de Tirailleurs Algériens) en Cilicie (Anatolie du sud) sous protectorat français. Il est nommé caporal le 24 octobre 1919, sergent en 14920. 
Il est fait prisonnier par les forces kémalistes (Turquie) le 28 mai 1920 à Chaïr-Guediek. Interné avec 585 autres soldats à Césarée (Anatolie), il est rapatrié le 19 octobre 1921 lors du retrait français de Cilicie (accords d'Angora). 
Marcel Hodiesne est cité à l'ordre du jour général "jeune sous officier d'un courage remarquable, toujours volontaire pour les missions périlleuses, énergique, audacieux...". Il est titulaire de la Croix de guerre avec étoile de bronze.
Il épouse Julienne, Clémentine, Pian le 25 septembre 1923 à Cuves. Le couple aura trois enfants : Maurice qui naît le 11 novembre 1925, Gérard, le 10 mai 1930, et Michel, le 9 juillet 1935.
Le 23 décembre de la même année le couple a emménagé à La Laude, village de La Fontaine. Ils déménagent à La Bauche le 5 octobre 1925, puis à Cuves, le 16 avril 1927.
La famille Hodiesne emménage rue de Paris à Avranches le premier janvier 1928Marcel Hodiesne est soudeur aux PTT. Agent des lignes à partir du 31 janvier 1930  (candidature au J.O. à partir de 1928).
Ils emménagent rue des Ponts à Avranches le 15 mars 1936, jusqu'en 1938. Ils déménagent ensuite pour la rue de la Liberté à Avranches.
Ouest Eclair du 11 octobre 1937
Membre du Parti communiste et militant reconnu, Marcel Hodiesne est présenté par le Parti communiste aux élections cantonales du 10 octobre 1937, pour le canton d’Avranches. Il obtient 99 voix sur 2543 votants. 
Marcel Hodiesne est mobilisé le 2 septembre 1939. Il est affecté au Dépôt du corps spécial de la télégraphie le 8 septembre. Il sera démobilisé à Sumène (Gard) le 20 juillet 1940.
Membre du Parti communiste, il est arrêté le 19 septembre 1941 à Cherbourg, par la police allemande, comme "agent communiste", le même jour que Léon Lecrées, (45755 d'Ecqueudreville),
 Louis Hamel, Auguste Marie et Charles Mauger
Marcel Hodiesne est amené à la prison d'Avranches. 
Archives du camp de Gaillon, D.r.
Puis il est transféré au camp de Gaillon (1). 
Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Marcel Hodiesne est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942 
les barbelés d'Auschwitz
Marcel Hodiesne est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45664» (2). 
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
En l’absence de références aux registres du camp, j’avais reconstitué ce numéro, compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques. Il me semble pouvoir être validé après avoir comparé la photo d’immatriculation du déporté correspondant à ce numéro avec le portrait publié sur le site Genweb et ses photos d’immatriculation au camp de Gaillon. 
Après l’enregistrement, Marcel Hodiesne passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Marcel Hodiesne meurt à Auschwitz-Birkenau le 2 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Sterbebücher von Auschwitz Tome 2 page 60 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Un arrêté ministériel du 20 avril 1993 paru au Journal Officiel du 3 juillet 1993 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté porte une date erronée : « mort le 6 juillet 1942 » à Auschwitz », soit le jour du départ du convoi. Il serait logique que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (in Sterbebücher von Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau) et sur le site internet du Musée d’Auschwitz, qui apporte la preuve de son décès à Auschwitz ! Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Sterbebücher von Auschwitz» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Il a été déclaré "Mort pour la France".
Son nom est inscrit sur le monument aux morts d'Avranches.

  • Note 1 : La Maison centrale de Gaillon, transformée en caserne aux débuts du XXème siècle, retrouve sa fonction carcérale durant l’Occupation (…) : un camp d’internement administratif y est organisé. Pendant l’Occupation, plusieurs catégories "d’indésirables" furent acheminées par les gouvernements du maréchal Pétain à Gaillon (…) Deux groupes importants constituèrent la population de ce camp : des politiques (130 hommes et 129 femmes) et des trafiquants de marché noir (272 hommes et 14 femmes). Extraits du mémoire de Maitrise d’Hervé Bertonchini «Le camp d’internement administratif de Gaillon», dirigé par Olivier Dumoulin, Université de Rouen, 1993.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Les recherches de Mme R. Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 "45000" de la Manche.
  • " La Résistance dans la Manche " (M. Leclerc) Page 41.
  • Archives municipales ( août 1991).
  • Archives en ligne de l'Orne : état civil et registre matricule militaire.
  • Photo Genweb © CC BY-NC-SA 2.0
  • Archives du camp de Gaillon / Archives de l'Eure. Internés politiques, 1941-1942 (89 W 14). Surveillance et internements administratifs des communistes, 1941-1944 (1290 W 134).
  • ACVG décembre 1992, Caen
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Site internet Légifrance.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie (compléments 2015 et 2018) rédigée en avril 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000  et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et association "Mémoire vive") juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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