L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GRYNBERG Jacques






Matricule "46281" à Auschwitz

Jacques Grynberg est né le 22 octobre 1897 à Lodz en Pologne, annexée par la Russie tsariste. Il est étudiant en chimie, comme sa femme Marie, à Varsovie où, sous le régime tsariste, il existe un numerus clausus à l’encontre des étudiants juifs. Jacques et Marie ont des opinions très à gauche. 
Après l’indépendance polonaise de 1918, la guerre russo-polonaise et le durcissement du régime, ils émigrent en France en 1921, à Strasbourg.
Jacques Grynberg est naturalisé français, le 13 novembre 1928. Ils ont une fille, Gaby. Le couple s’installe en Normandie en 1938 et habite au 55 rue Saint Léonard à Honfleur (Calvados).
Jacques Grynberg est ingénieur chimiste à la CECA (Carbonisation et Charbon Actif).
En 1941, il désire s’établir à Paris, mais sa demande de changement de domicile lui est brutalement refusée (16 avril 1941). De plus, l’application des ordonnances allemandes l’oblige à aller signer chaque jour un registre de présence au commissariat de police (suite de l’ordonnance de Vichy du 27 septembre 1940 qui porte obligation pour les Juifs français et étrangers de se faire recenser dans les commissariats entre le 3 et le 19 octobre). Photocopie de la lettre du 15 avril 1941.

Liste des Juifs à arrêter
Jacques Grynberg est arrêté le 1er mai 1942, par les autorités françaises : il figure sur la liste des Juifs à arrêter le 1er mai 1942 (120 otages «communistes et Juifs») établie par les autorités allemandes. 
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.
Lire 
Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Après la guerre, une enquête est faite sur les circonstances de son arrestation. Selon l’adjudant-chef de gendarmerie qui dit avoir été chargé de cette arrestation, il aurait prévenu Jacques Grynberg la veille afin qu’il puisse se cacher, mais celui-ci se serait néanmoins «présenté le lendemain à son bureau muni de linge de rechange et de couvertures». En réalité, on a tout lieu de mettre en doute ce récit qui ne peut être recoupé par le procès-verbal de l’arrestation qui n’a pas été retrouvé.
De plus, Gaby Grynberg qui a été témoin, avec sa mère, de l’arrestation de son père, s’inscrit en faux contre cette version : son père a bien été arrêté à leur domicile, cerné par les forces de l’ordre. Et Marie Grynberg ira alors se cacher avec sa fille avec le concours d’un couple d’instituteurs honfleurais, Mme et M. Marest, qui leur feront parvenir des tickets de rationnement et des colis. Cette fuite ne correspond nullement à la passivité confiante, quasi consentante, du couple, décrite par l’adjudant-chef de gendarmerie.
Jacques Grynberg est interné le 2 mai à la prison de Pont-l’évêque et transféré à Caen le 3 mai. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 4 mai, en vue de sa déportation comme otage.

Jacques Grynberg est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46281.
Jacques Grynberg meurt à Auschwitz le 31 juillet 1942 
d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 405). .
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
Il a été déclaré "Mort pour la France".

Sources

  • Un important et complet dossier concernant l’arrestation et les enquêtes de police faites après guerre, transmis par sa fille, Gaby Netchine-Grynberg. Entretiens en juillet et août 2010.
  • Liste des Juifs à arrêter le 1er mai 1942 (Archives département du Calvados).
  • «Shoah en Normandie» par Yves Lecouturier (pages 203-204). Etude (brochée) parue en juin 2004.
  • Fax de Claude Doktor
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en janvier 2001 (mise à jour en août 2010) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
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