L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GOLDSTEIN Aaron

© Mémorial de la Shoah 
Coll. Vicky Green / Victoria Golstein
Aron (ou Aaron sur les listes allemandes) Goldstein est né en Tunisie à Sousse, le 15 octobre 1892.
Il habite au 101 rue St Pierre à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est marié, ancien marchand forain.

« Esther et Aaron Goldstein sont arrivés en France après la première guerre mondiale, en venant d’Egypte. Leurs trois enfants sont nés à Paris. Léon en 1924, Adèle en 1925, Victoria en 1928.
La famille déménage ensuite à Caen où le père est marchand en bonneterie. Les parents divorcent en 1937 et la mère Esther se remarie en 1939. Le père obtient la garde des deux aînés, la dernière Victoria reste avec sa mère et son nouveau mari. Aaron Goldstein, le père des enfants est arrêté à Caen le 1er mai 1942 et déporté à Auschwitz où il décédera » (in Mémorial de la Shoah note 1). 
Aaron Goldstein est arrêté le 1er mai 1942 par la police française et des gendarmes allemands. 
Son nom figure en effet sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.  Lire dans le blog : 14 - Calvados Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos du sabotage de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec d’autres Juifs de Caen et des militants communistes caennais arrêtés le même jour, au sous-sol dans des cellules exiguës.  
A la demande des autorités allemandes, Aron Golstein et ses camarades sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Aron Golstein y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage. 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Aron Goldstein est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Le camp de Birkenau
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu.
Le numéro "46278 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, dont tous les Juifs, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aron Goldstein meurt à Auschwitz le 20 août 1942 d’après les registres du camp.
Il est inscrit sur le "Mur des Noms". La demande d'homologation comme "Déporté politique" présentée par sa famille a été rejetée.


Note 1 :  "Les deux enfants Léon et Adèle qui vivaient avec leur père réussissent à franchir la ligne de démarcation et à rejoindre leur mère, le mari de celle-ci ainsi que la jeune sœur Victoria. La famille reste à Pau encore quelques temps, mais beaucoup de gens savent qu’ils sont juifs. Ils décident donc de quitter la ville. Une connaissance des parents leur donnera le nom et l’adresse d’un membre de la résistance à Romans-sur-Isère. Ils partent tous à Romans, où leur contact les amène chez des fermiers qui pourraient éventuellement héberger les deux filles. En octobre 1942 les filles sont accueillies dans une ferme à Châteauneuf-sur-Isère dans la Drôme, à plusieurs kilomètres de Romans. La ferme appartenait à monsieur Amédée François et don épouse Suzanne François et elle avait une position plutôt isolée. Monsieur François a trouvé aussi d’autres fermiers qui ont caché la mère et le beau-père des enfants. Léon le fils, est parti au Vercors pour rejoindre la Résistance. Les deux filles sont restées à la ferme jusqu’en septembre 1944. Elles aidaient les François pour les différents travaux, mais elles étaient considérées comme des membres de la famille et Roger le fils des François qui avait 7 ans en 1942 était comme un petit frère pour elle. Elles étaient présentées au voisinage comme des petites cousines de Paris qui habitaient à la ferme parce qu’à Paris, elles avaient à peine de quoi manger. Quand des allemands s’approchaient de la ferme, elles se cachaient dans la grange sous le foin. Après la Libération, les deux sœurs ont retrouvés les leurs à Romans. La ville de Caen ayant été détruite pendant la libération, la famille Goldstein s’est installée à Paris". In Mémorial de la Shoah en ligne. 

On notera une confusion sur le site du Mémorial entre deux Goldstein Aaron... Dans les listes allemandes de Caen, il n'y a qu'un seul Goldstein Aaron, et un seul dans le convoi du 6 juillet 1942. C'est celui né à Sousse en Tunisie.

Sources

  • Avis de décès (ACVG, avril 1992).
  • Archives du Centre de documentation juive contemporaine
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). 
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen. (Déc. 1992).
Biographie rédigée en janvier 2001, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
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