L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GOGUET Roger


Matricule "45614" à Auschwitz

Roger Goguet est né le 26 septembre 1910 à Gonneville-sur-Dives (Calvados).
Il habite rue des Frères Claus à Dives-sur-Mer (Calvados).
Il est marié avec Odette. Le couple a un garçon, Lucien, âgé de 9 ans au moment de l'arrestation de son père. 

En bleus de travail
Il est mécanicien auto et s'est installé comme garagiste.
Membre du Parti communiste et syndicaliste CGT, il est résistant depuis juin 1940, selon sa veuve.

Témoignage de son fils Lucien (09/03/2001) : "Mon père mécanicien en voitures a 31 ans, j'ai 9 ans. Il vient de s'installer. Il est arrêté une première fois par les gendarmes de Dives-sur-Mer après l'explosion du pont de Cabourg. Il est relâché quelque temps après. Le 20 octobre 1941, il est arrêté cette fois par la police allemande lors d'un dépannage chez un confrère. Il est revenu, accompagné, à la maison pour prendre une valise, puis il a été emmené avec son copain Greslon. Ils étaient fichés comme communistes et ont été dénoncés. C'est plus tard que l'on a appris qu'ils étaient arrivés à Compiègne. Ma mère a réussi à obtenir une autorisation pour voir mon père dix minutes. Mon père a dit : "Cela va bien, bon espoir d'être libéré". Il était avec Greslon et Auvray de Dives. Il est parti avec Maurice Auvray le 6 juillet de Compiègne "pour une destination inconnue". On n'a plus jamais eu de nouvelles. Nous avons reçu une valise avec toutes les affaires de mon père y compris des objets qu'il a fabriqués à Compiègne. Nous avons eu une carte écrite par mon père quelques jours avant de partir pour Auschwitz".»(1).
Le 1er juillet 1941, son domicile est perquisitionné par des gendarmes de la 3ème légion de gendarmerie du Calvados. Il fait partie d’une liste de 61 hommes et femmes du Calvados, anciens militants syndicalistes ou communistes visés par une opération de « répression de la propagande communiste ». 16 d’entre eux sont arrêtés. La même opération a visé 57 femmes et hommes de nationalité Russe. « Résultat néant ». Il s’agit manifestement d’une vaste opération déclanchée dans le cadre «d’Aktion Theoderich» (dès le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française). 
Le 20 octobre 1941, il est arrêté à son domicile, cette fois par la police allemande, pour "propagande communiste", avec Jean Bourget et Henri Greslon pour la même raison (son fils pense qu’ils ont été dénoncés, mais on sait qu'il est dans les fichiers depuis juillet).
Pas de jugement. Roger Goguet est remis aux autorités allemandes à leur demande. 
Le 24 octobre 1941, la Feldkommandantur 723 de Caen inscrit le nom de Roger Goguet sur une liste d’otages détenus dans le Calvados. 
Courrier de la FK 123 à St Germain (siège région militaire)
Le 20 janvier 1942, la Feldkommandantur 723 demande des vérifications pour onze otages communistes du Calvados internés à Compiègne avant de procéder à leur exécution.  Sur cette même liste figurent les noms de quatre autres internés du Calvados déportés avec lui à Auschwitz : Eugène Beaudoin, Jean Bourget, Charles Lemay, Pierre Lelogeais (les noms des autres otages sont barrés par respect de confidentialité).

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le même mois d’octobre 1941, en vue de sa déportation comme otage.
"Fin juin 1942, sa femme obtient l’autorisation de le voir dix minutes. Il lui dit : « ça va bien, j’ai bon espoir d’être libéré ». Il envoie une carte quelques jours avant le départ. Ensuite, sa famille reçoit une valise avec toutes ses affaires et les objets qu’il a façonné pendant sa détention (un jeu d’échec…), mais plus aucune nouvelle" (2).
Henri Greslon, qui restera à Compiègne, écrit à son épouse le 6 juillet 1942 et lui demande de prévenir Madame Goguet du départ de son mari, pour « une destination inconnue, sans doute l’Allemagne ».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Roger Goguet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45614".
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (3) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Roger Goguet meurt à Auschwitz le 27 octobre 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué.
Il a été déclaré "Mort pour la France".
Son nom figure sur le monument de Dives-sur-Mer, et il est gravé sur le monument dédié aux victimes des camps de concentration nazis.

  • Note 1 :  Témoignage de son fils Lucien (in « De Caen à Auschwitz » page 28).
  • Note 2 :  "De Caen à Auschwitz" page 28 et photo.
  • Note 3: 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Fiche FNDIRP rédigée après guerre par sa veuve Mme Odette Goguet (N° 8421), qui s’appuie sur les témoignages de M. Lerosier.
  • Questionnaire rempli par Mme Odette Goguet, (1991).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en janvier 2001, complétée en 2017 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive,
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
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