L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GIGAREFF Georges, Michel, Téodor





Georges Gigareff est né le 14 juillet 1921 à Alençon (Orne). 
Il habite 9 rue du Château à Carentan (Manche) au moment de son arrestation.
Il est est le fils unique de Marthe Lebossé, née à la Bazoche-sur-Hoëne (Orne) le 10 mars 1898 et de Philippe Gigareff, né à Moscou le 3 juillet 1895, vétéran de la Première Guerre mondiale (3ème régiment spécial russe), naturalisé français le 19 mars 1930.
"La famille Gigareff s’est installée 9 rue du château probablement en 1939. La rue est alors très commerçante (vingt commerces en activité et une banque). Son père Philippe Gigareff est tailleur.
La boutique est encadrée par celle d’un marchand d’armes, cycles et matériel de pêche au n°7 (Guillotteau), et la Société normande d’alimentation au n°11 (Vautier). Après leur retraite, les parents s’installeront au 19 rue Henri Dunant. Olivier Jouault (1)
Il exerce le métier de boucher-charcutier.
"Les registres d’écrou de la prison de Caen nous renseignent sur son physique : 1,66 m, le visage ovale, le front haut, la corpulence moyenne, les yeux pâles, les cheveux châtains moyen. A son admission à la prison de Caen, le fonctionnaire note que bien qu’âgé de dix-neuf ans il en paraît vingt-cinq.
Aux dires de témoins, Georges était « un beau garçon bien solide », élégant, soucieux de sa tenue, aimable et expansif. Fils unique, il était choyé par ses parents, sa mère en particulier.
Georges Gigareff a appris le métier de charcutier mais n’est pas employé au moment de son arrestation.
Georges à une « bonne amie », Jeanne S., des Ponts Douve (commune de Saint-Côme-du-Mont). La jeune femme est coiffeuse dans sa rue, chez Mme Poullain (n° 4 de la rue). Les parents Gigareff la reçoivent, signe que le mariage est envisagé. Ils prévoient d’acheter pour le futur couple une charcuterie, place de la République.
La séparation ne mettra pas un terme à la relation amoureuse, bien au contraire, la correspondance conservée en témoigne. Jeanne écrira à Georges durant sa détention, l’invitant à échafauder des projets d’avenir, elle accompagnera aussi les parents Gigareff lors de visites à la prison. Elle participera à la confection de colis pour le cher prisonnier, s’efforcera de soutenir le moral de sa future belle-mère. La famille de Jeanne apportera également son soutien à Georges et les deux familles se rendront visite, passant des dimanches après-midi ensemble à se réconforter." Olivier Jouault
"Pendant l’Occupation Georges Gigareff, et deux de ses camarades, travaillèrent ensemble, deux mois avant son arrestation, au service des Allemands (sans doute à l’usine du lait Gloria).
Le mardi 15 avril 1941, Georges Gigareff est arrêté au domicile de ses parents vers 19 heures par deux Feldgendarmen allemands et un gendarme français. Une rapide perquisition est pratiquée, sans résultats. Il passe la nuit à quelques pas de chez lui, dans les caves de la kommandantur, et est conduit le lendemain à la prison de Saint-Lô.
Il est accusé sur la base  d’une dénonciation pour un vol de cigarettes au détriment des Allemands. Mais selon les dires d’André Lecarpentier, il est  accusé d’appartenir à la Résistance, de s’être livré à la propagande gaulliste dans les cafés, de détenir un poste émetteur de radio et des armes et d’avoir conçu le projet de gagner l’Angleterre. Mme Gigareff fut d’ailleurs convoquée à la kommandantur de Carentan et s’y vit accusée d’avoir jeté dans les WC le révolver de Georges". Olivier Jouault
Le nom de Georges Gigareff figure sur une liste d’otages du département de la Manche (photocopie ci dessus. Cliquer sur le document pour l'agrandir). 
Georges Gigareff est condamné à 7 mois de détention pour distribution de tracts, il est extrait de la prison de Caen à la demande des autorités allemandes. 


Lettre des parents de Georges Gigareff au FT 122
Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 26 février 1942 en vue de sa déportation comme otage. 
Il y est affecté au bâtiment A3, chambre 7. 
Il reçoit le matricule 3639.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Georges Gigareff est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». 

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 46239 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Georges Gigareff meurt à Auschwitz le 29 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 347).
« Il n’est déclaré décédé qu’en 1949, sur la foi du témoignage d’Emmanuel Michel, rescapé (de Deauville).  Son nom est ajouté à ceux des 87 autres victimes carentanaises de la Seconde Guerre mondiale sur le monument aux morts, face au bâtiment de la kommandantur où il passa sa première nuit de captivité ». Olivier Jouault
Il est déclaré « Mort pour la France » en mars 1950.
La mention « Mort en déportation » est apposée sur son acte de décès (arrêté du 6 juillet 1993 paru au Journal Officiel du 28 janvier 1994). Mais cet arrêté porte  une mention erronée : décédé "en octobre 1942". Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

Note 1 : En 2010, Olivier Jouault, Professeur d’Histoire-Géographie a publié une étude très documentée consacrée à Georges Gigareff. 
Les citations en italique rouge sont tirées de cette étude.

Sources

  • Liste d’otages (Archives du CDJC), reproduite ci contre.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en avril 2001 (modifiée en octobre 2012) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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