L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FOUQUET René, Georges, Joseph



Plaque de rue à Equeurdrevillle
René Fouquet est né le 13 mai 1893 à Pont-Audemer (Eure). Il habite route des Casernes à Equeurdrevillle (Manche) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Florentine, Appoline Blaise, 26 ans, ménagère et d’Arsène, Eugène, Marie Fouquet, 27 ans, domestique, son époux. et de domiciliés route de Rouen.
Ses parents habitent route de Rouen à Pont-Audemer.
Selon sa fiche matricule militaire René Fouquet mesure 1m 65, a les cheveux et les yeux marron, le front large et le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme Clerc d’huissier et habite 13 boulevard Pereire à Paris 17ème.
Conscrit de la classe 1913, René Fouquet s’engage volontairement le 19 décembre 1910 dans la Marine, à la mairie du 8ème arrondissement de Paris. Parti le même jour pour le 5ème dépôt des équipages de la Flotte à Toulon, il arrive au corps le 20 décembre. Matelot de 3ème classe le 24 décembre 1910, il est nommé 1ère classe maître d’hôtel le 1er avril 1913. La déclaration de guerre le maintient sous les drapeaux. Il est embarqué à bord du contre-torpilleur « Branlebas » du 2 août 1914 au 29 septembre 1915. Du 30 septembre 1915 au 1er mars 1916 il est affecté à la base de sous-marins de Cherbourg. Du 2 mars 1916 au 1er juillet 1917, il est affecté à la 1ère escadre de sous-marins.
Il épouse Blanche, Léa, Victoire, Michel, le 22 juin 1918 à Cherbourg. Le couple aura deux enfants. 
Du 2 juillet 1917 au 1er janvier 1919 il est affecté à la 1ère escadre de sous-marins de Bretagne. Du 2 janvier au 14 mai 1919, il est muté au 1er centre administratif de Brest. Enfin, il est versé au 1er dépôt des équipages à Cherbourg du 15 mai au 14 juin 1919. Il est envoyé en "congé illimité" (démobilisé) le 15 juin 1919 (RDC, "radié du corps" pour la Marine). Il « se retire » à Cherbourg au 95 rue de la Duche.
Ajusteur (ou forgeron), René Fouquet est chef d'équipe aux Travaux Maritimes à l’Arsenal de Cherbourg.
Militant de la Section communiste de Cherbourg, "René Fouquet entra au comité fédéral à l’occasion du congrès de Lison (Calvados) de la Fédération communiste, le 23 décembre 1923. Devenu, avec la bolchevisation, secrétaire de la cellule d’Équeurdreville et animateur, ainsi que Juhel et Periers, de la commission coopérative du rayon de Cherbourg, il se consacra essentiellement à la CGTU. Militant du syndicat unitaire des Métaux, secrétaire de l’Union locale de Cherbourg en 1925, il en devint secrétaire adjoint lorsqu’elle remplaça, le 22 juin 1926, dans le cadre d’une restructuration régionale, l’ancienne Union départementale, trop faible. À la fin de 1928, et quoique son syndicat ait dû être dissous au printemps, il assumait toujours cette responsabilité. (Le Maitron, notice Yann Le Floch).
En mars 1928 il habite à Querqueville (Manche) et en octobre il travaille comme forgeron à l'arsenal de Querqueville. Il redevient chef d'équipe, comme à Cherbourg où il a côtoyé Lucien Levaufre, Pierre Picquenot et Lucien Siouville.
septembre 1936 Ouest Eclair
Il participe activement aux débats du Front populaire. René Fouquet est candidat du Parti communiste aux élections municipales partielles de septembre 1936 avec 3 autres militants (4 sièges à pourvoir). Les résultats du premier tour sont encourageants pour le P.c. Au deuxième tour, René Fouquet est le candidat du Parti communiste sur la liste de Front populaire (1 apparenté radical, 1 communiste et deux SFIO unitaires). La liste est élue en entier. René Fouquet est élu conseiller municipal de Querqueville.
Ouest Eclair 10 janvier 1937
Après la victoire du Front populaire le gouvernement institue un sous-secrétariat d'état aux loisirs, dont Léo Lagrange est le moteur. La loi du 11 juin 1936 relance l'éducation post-scolaire et les cours pour adultes. René Fouquet s'y inscrit et obtient en janvier 1937 la médaille de bronze accordée par le ministère au titre des cours d'adultes.
Cherbourg Eclair juin 1939
Il est également très investi dans la défense de l'école laïque au niveau local et est un des responsable de la société des amis de l'école laïque avec Gaston Mauger.
Dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 " relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ", il est révoqué de l’Arsenal.
Il est « dégagé des obligations militaires le 19 décembre 1938 (père de famille de 2 enfants, passé classe 1909). Il n'est donc par mobilisé à la déclaration de guerre 1939.
René Fouquet est arrêté le 23 juin 1941 à son domicile en raison de ses convictions politiques et activités syndicales. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (prison maritime de Cherbourg, prison de Saint-Lô pour ceux de la Manche) ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Pour le département de la Manche, avec René Fouquet, Léon Lamort, René Longle (45802) et Charles Passot (45951) de Granville, Alphonse Doucet (45479) et Maurice Fontaine, d’Equeurdreville, Edouard Lechevalier (45747) et Hyppolite Mesnil de Cherbourg, Julien Leterrier de Tourlaville, Gaston Launay d’Octeville, sont arrêtés dans le cadre de cette opération. La grande rafle est commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique.
René Fouquet est interné à la Prison maritime de Cherbourg (la « Totoche » dans le jargon maritime).lIl est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Fouquet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Le numéro «45554 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Le numéro matricule de ce déporté dont nous possédons la photo prise à l’immatriculation le 8 juillet, quoique plausible (ordre alphabétique et visage du déporté qui correspond à l’âge de René Fouquet), ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes comme René Fouquet qui est ajusteur, dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
 © Dessin de Franz Reisz
René Fouquet meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Un refus pour l'homologation au titre de déporté Résistant a été opposé(15 octobre 1946).

Son nom est honoré sur le monument commémoratif de Saint-Lô « Aux Victimes de la répression nazie » (porte de l'ancienne prison détruite lors du bombardement du 6 juin 1944). Il est également gravé sur le monument aux morts d'Equeurdrevillle.
Une des grandes rues de la ville, en direction du front de mer, porte son nom.

Sources
  • Les recherches de Mme Renée Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 "45000" de la Manche.
  • "La Résistance dans la Manche" (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. Page 39.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen, juillet 1992.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires.
  • Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier / mouvement social, notice Yann Le Floch.
Biographie rédigée en avril 2001, complétée en 2016 et 2108, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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