L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FELIX André





Matricule "45533" à Auschwitz


André Félix est né le 26 juillet 1904 à Paris (14°). Il habite 10 route de Caen, à Fleury sur-Orne (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est marié, père de 6 enfants (dans le même temps que son mari est arrêté par la police allemande, les autorités de Vichy décernent à Mme Felix la médaille de bronze de la famille française).
Il est mineur à May-sur-Orne (Société des mines et produits chimiques de May). André Félix est militant communiste et résistant.
André Félix est arrêté à son domicile le 7 mai 1942 (1), vers 20 heures par la police allemande, en même temps qu'Arsène Trével : il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.
Conduit à la prison de Cabourg, c'est à la demande des autorités allemandes qu'André Félix sera interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne  en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Depuis le train qui l'emporte vers Auschwitz, André Félix jette sur la voie un petit mot adressé à son épouse, sur lequel il écrit : "méfies toi de celle d'en face", persuadé qu'il est d'avoir été dénoncé.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Félix est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45533".
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été reconnue parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
André Félix meurt à Auschwitz le 17 octobre 1942 d’après les registres du camp.
Il a été déclaré "Mort pour la France".
Le titre de « Déporté résistant » lui a été attribué : il faisait partie du Front national pour la liberté et l’indépendance de la France.
Déporté Résistant 
Il a reçu le grade de sergent dans la Résistance Intérieure Française (RIF) Cf document reproduit.
André Montagne, un des 8 rescapés caennais et calvadosiens du convoi du 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz a rédigé de nombreux témoignages concernant la mort de ses 72 camarades à l’intention de leurs familles. Il se souvenait de beaucoup d’entre eux. Voici ce qu’il écrit d’André Félix de Fleury-sur-Orne : « son petit-fils Didier a un tel culte pour sa mémoire, il m'en a tant parlé et j'ai si souvent vu sa photo que tout se passe comme si je l'avais bien connu. Il est mort le 17 octobre 1942, âgé de 38 ans ». 
  • Note 1 : La grand majorité des déportés calvadosiens du convoi du 6 juillet 1942 sont arrêtés entre le 1er et le 2 mai, puis regroupés à partir du 3 au "petit lycée" de Caen. Toutefois, il y eut des arrestations les 4, 7, 8 et 9 mai.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Fiche FNDIRP remplie par sa veuve (N° 21487), qui s’appuie sur les témoignages de Charles Lelandais et Eugène Beaudoin.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen.
  • Questionnaire rempli par son petit-fils, M. Didier Rossi (1991), qui fournit plusieurs documents dont le certificat d'appartenance à la RIF (Secrétariat d'Etat aux Forces armées, 15 février 1950) et l’homologation au titre de Sergent (Front National 5/10/50).
  • Communiqué du ministère des ACVG (9 déc. 1949) indiquant la date du décès.
  • Jean Quellien, Faculté de Caen : 28 janvier 1993.
Biographie rédigée en janvier 2001, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive". Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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