L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DROUILLAS Emile, dit LAPORTE Marcel

Le livre de ses filles, hommage à leur père

Emile Drouillas, dit Laporte


Emile Drouillas dit Marcel Laporte est né au domicile de ses parents le 28 janvier 1900 au lieu-dit Les Grands Marniers, commune de La Jonchère Saint-Maurice (Haute-Vienne). Il est domicilié au 24 rue Richard Lenoir à Rennes (Ille-et-Vilaine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Dumet, 21 ans, cultivatrice et de Martin Drouillas, 29 ans, cultivateur. 
Lors du conseil de révision en 1918, il est exempté pour "infantilisme" (sic).
Son registre matricule militaire nous apprend qu'il a un niveau d'instruction n°3 pour l'armée (sait lire, écrire, compter, instruction primaire développée). Il mesure 1m62, a les yeux marron foncé, les cheveux bruns foncés, le visage ovale.

Emile Drouillas ses filles et sa femme, 
devant le magasin que tenait madame Drouillas,
à droite, son ami Jean Rouault en tenue militaire.
En 1919, comme il ne veut pas rester ouvrier agricole, il part à Reims chez un oncle. Il y apprend le métier de maçon en reconstruisant la ville. En 1920, Emile Drouillas adhère aux Jeunesses communistes dont, en 1921, il devient le secrétaire adjoint. Il adhère au Parti communiste. Il devient le secrétaire adjoint des Jeunesses communistes de Reims et le gérant de "l'Exploité". Il est condamné pour des articles antimilitaristes de ce journal (qu’il n’a d'ailleurs pas écrits), et doit mener une vie clandestine pour échapper à la prison. Il est condamné par défaut le 21 novembre 1927 à un an de prison et 100 F d'amende pour provocation de militaires à la désobeissance). A partir de 1927, pour échapper à sa condamnation, il part clandestinement dans différentes villes et différentes régions : Il se déplace constamment (St Jean de Luz, Bar le Duc, Lons le Saunier, Rennes). 
Il arrive à Rennes en 1929 après la mort de sa première femme dont il n’a pas eu d’enfant. Dans cette dernière ville, en 1930, il est secrétaire régional du Parti communiste sous le nom de Marcel Laporte. Permanent du Parti communiste, il encourt les foudres de Doriot et Gitton. Déçu, il reprend son métier de maçon : il travaille comme chef de chantier et est responsable du Syndicat unitaire du Bâtiment.

Amnistié en 1934, il se remarie cette même année, après l’amnistie et la reprise de sa véritable identité. Jeanne, sa première fille naît en novembre 1933 et sa deuxième fille, Renée en mars 1939. Emile Drouillas est élu conseiller prud'homme, et est candidat du Parti communiste à plusieurs élections.

Membre du Secours rouge international, il organise le recrutement des volontaires de sa région aux Brigades Internationales. 
En 1933 il habite Rennes au 24 rue Richard Lenoir.
Il est déclaré "service auxiliaire" par la commission de réforme de Rennes le 22 novembre 1939. Emile Drouillas est mobilisé le 9 mai 1940 et incorporé le 14 mai au dépôt d'infanterie n° 133.Il est blessé en juin sur le front d'Italie et démobilisé.


Pendant l'Occupation Emile Drouillas organise au sein du parti communiste clandestin, des groupes d'action et centralise les renseignements (en témoigne le Brevet qui lui décerne la Croix de guerre), puis propagande (journaux du Parti communiste et du Syndicat).


Emile Drouillas est arrêté le 30 juin 1941, à Rennes, par les polices française et allemande. Ecroué à la prison Jacques Cartier de Rennes, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 10 juillet 1941, en vue de sa déportation comme otage. Il y est interné avec notamment Jean Rouault et René Perrault et l'étudiant en médecine Henri Bannetel qui sera fusillé comme otage communiste au Mont Valérien, en même temps que Gabriel Péri le 15 décembre 1941.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages  Emile Drouillas est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro 45485 figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Carnet de Roger Abada
 A Auschwitz-I, Jean Rouault, affecté aux cuisines, lui apporte du pain, mais il trouvait - dit-il - toujours à donner à de plus malades ou à de plus faibles. Pris dans une sélection, atteint du typhus, il est conduit à la chambre à gaz, à la mi septembre 1942, avec une cinquantaine de 45000. Ils chantent la Marseillaise. (Témoignage de Jean Rouault). 
Dans un carnet (ci-contre) rédigé au camp de Dora peu après sa libération, Roger Abada note son nom avec ceux des responsables communistes français assassinés aux Blocks 5 et 7 (Varennes Georges,   Jahan Yves, Bonnifet Roger), ainsi que les noms des dirigeants autrichiens du Kampfgruppe pendus en 1944 (Rudolf Friemel, Ludwig Vessely, Ernst Burger). 

Emile Drouillas meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 239). Cette date suit une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau.

La Croix de guerre lui est décernée à titre posthume.
Une rue de Rennes porte son nom, dans un quartier construit après 1945.
Après la Libération, il a été, à titre posthume, homologué au grade de lieutenant et décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze et mention de "mort pour la France".
En 1992, pour le cinquantenaire de sa disparition, un monument lui a été élevé au village de Trézin par la commune des Billanges.
Lire également sa biographie, très détaillée, sur le Site "Déportés de Bretagne", liste des déportés d'Ille et Vilaine, par Jean Paul Louvet.

Sources

  • Photo avec Jean Rouault en tenue militaire, Emile Drouillas ses enfants et sa femme, devant le magasin que tenait madame Drouillas.
  • Photo (Site "Déportés de Bretagne").
  • Témoignage de Jean Rouault à la FNDIRP (N° 48), et de Roger Abada.
  • « Emile Drouillas, dit Laporte, militant ouvrier » ouvrage de Jeanne Roquier-Drouillas et Renée Thouanel-Drouillas.
  • Correspondance avec Mme Renée Thouanel-Drouillas, sa fille (1991), et courriels août 2011.
  • Lettres de Royallieu.
  • Article de Pierre Durand Connaissez-vous Emile Drouillas, dit Laporte ?, l'Humanité du 12 janvier 1979.
  • Site "Déportés de Bretagne", liste des déportés d'Ille et Vilaine, par Jean Paul Louvet.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom et tome 26, page 26 (sa conclusion : Imposait le respect, même à ses ennemis politiques.
  • Registres matricules militaires de Haute Vienne désormais accessibles.
Biographie rédigée en juillet 2001 (modifiée en 2011, 2015 et 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005).  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

1 commentaire:

Annie Laudy-Boukanan a dit…

Je connaissais ce site consacré à Emile Drouillas. Je reviens (très émue) d'une visite au camp d'internement de Royallieu...j'y ai lu le nom d'Emile Drouillas parmi tant d'autres..Ma mère(fille Drouillat) m'a parlé de ce cousin à elle...Avec qui puis-je communiquer maintenant?
Respects et remerciements.
Signé: Annie Laudy. le 15/08/10.