L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DOUCET Alphonse, Jean-Baptiste, Edmond.


Collection © Jean Doucet
Matricule "45479" à Auschwitz

Alphonse, Edmond Doucet est né le 4 novembre 1914 à Le Vast (Manche). Il habite 14 rue Victor Hugo à Equeurdreville (Manche) au moment de son arrestation.

Il est le fils de Marie Louise Pauline Challe et de Jean Baptiste Emile Doucet, 29 ans, son mari. Son père, soldat au 225ème RI est « tué à l’ennemi » le 1er juin 1917au combat d’Aubérive.
Matelot-charpentier à Cherbourg, puis à l'entrepôt général de l'aéronautique d'Orly, il revient à Cherbourg après son mariage.
Cherbourg-Eclair du 8 octobre 1936
Le 3 octobre 1936, à Equeurdreville, il épouse Georgette Henry, employée de commerce. Le couple aura 3 enfants : Jean, né le 11 février 1937, Fernande, née le 24 avril 1938 et André, né le 15 août 1939 qui meurt le 14 décembre 1940, à l’âge de seize mois.
Alphonse Doucet est ouvrier à l'Arsenal de Cherbourg.
C’est un militant communiste connu : il est secrétaire régional des Jeunesses Communistes pour la région Manche en 1939. 

Il succède dans ces responsabilités à Henri Corbin. Alphonse Doucet est révoqué de l’Arsenal en 1939, dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 " relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ". Il est mobilisé à la déclaration de guerre.
Alphonse Doucet est arrêté à son domicile, le 22 juin 1941, par la police française. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (prison maritime de Cherbourg, prison de St Lô pour ceux de la Manche), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Pour le département de la Manche, Léon Lamort, René Longle (45802) et Charles Passot (45951) de Granville, Alphonse Doucet (45479) et Maurice Fontaine, d’Equeurdreville, Edouard Lechevalier (45747) et Hyppolite Mesnil de Cherbourg, Julien Leterrier de Tourlaville, Gaston Launay d’Octeville, sont arrêtés dans le cadre de cette opération. La grande rafle est commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique.
Détenu 15 jours à la Prison maritime de Cherbourg, puis 8 jours à celle de Saint-Lô, le 18 ou 19 juillet 1941, Alphonse Doucet est transféré le 25 juillet 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), un camp géré par la Wehrmacht.  Il y reçoit le matricule n°"1333", baraque A4.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Alphonse Doucet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45479".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Alphonse Doucet meurt à Auschwitz le 2 novembre 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué en 1954.

Son nom est honoré sur le monument commémoratif de Saint-Lô « Aux Victimes de la répression nazie » (porte de l'ancienne prison détruite lors du bombardement du 6 juin 1944). Il est également gravé sur la stèle commémorative du cimetière Tôt neuf d’Equeurdreville. 

Sources

  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Les recherches de Mme R. Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 "45000" de la Manche.
  • "La Résistance dans la Manche " (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. Page 39.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, octobre 1993, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 25
  • Photo d'Alphonse Doucet, collection de son fils, Jean Doucet, parue sur le site de l'Association "Mémoire Vive".
Biographie rédigée en avril 2001, complétée en 2018, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps.
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Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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