L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CADIOU Pierre Marie



Matricule "45323" à Auschwitz

Pierre Cadiou est né le 29 mai 1901 à Pont-Kerjean-en-Pleyben (Finistère). 

Il habite rue Guerry à Equeurdreville (Manche), commune limitrophe de Cherbourg, avec sa mère, décédée au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Pierre Cadiou Wolff mesure 1m 64, a les cheveux châtains foncé et les yeux gris bleu, le front et le nez moyens. Il a le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme manoeuvre, puis comme paveur à Equeurdreville (Manche) où habitent ses parents, rue Guerry. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1921 Pierre Cadiou est appelé au service militaire en avril 1921 et incorporé le 6 avril au 43ème Régiment de tirailleurs algériens. Il est envoyé avec l’armée du Rhin en occupation des pays Rhénans. Il « passe » au 42ème bataillon de génie le 16 janvier 1922.  Du 6 avril 1921 au 21 juin il est compté en occupation des pays rhénans.
Il « passe dans la disponibilité » le 1er avril 1923, mais il est « maintenu provisoirement sous les drapeaux par l’application de l’article 33 de la Loi du 21 mars 1905 » (1). Il s’agit du maintien sous les drapeaux des libérables dans le cadre de l’occupation de la Ruhr. Il est renvoyé dans ses foyers le 30 mai 1923, « certificat de bonne conduite accordé ». Du 22 mai 1922 au 22 mai 1923 il est compté ½ campagne. Il « se retire à Equeurdreville.
En 1925, il travaille comme ouvrier à la Division des Travaux maritimes de Cherbourg (Arsenal). Cet emploi le fait alors « passer » du 29 mai 1925 au 20 mars 1928 en tant que réserviste de l’armée active, au port militaire de Cherbourg en tant qu’« affecté spécial » (c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit). 
Ouvrier d’Etat, paveur aux Travaux Maritimes de l'Arsenal de Cherbourg, Pierre Cadiou est un militant communiste. Trésorier de la Jeunesse communiste, puis du Parti communiste. Il est membre du bureau du Rayon de Cherbourg et candidat aux élections législatives de 1932 dans la circonscription de Mortain (il obtient 303 voix, soit 3,09 % des exprimés).
Syndicaliste, il adhère à la CGTU. Il est archiviste du Syndicat unitaire de l'Arsenal en 1933.

Il est rayé de "l’affectation spéciale" à une date inconnue, mais il est vraisemblablement rayé de l’AS fin 1939, comme la plupart de ses camarades de l’Arsenal syndicalistes et / ou présumés communistes. Il redevient alors mobilisable, « inscrit en domicile ». Mobilisé alors au centre de mobilisation n° 33, il est « réformé temporaire n°2 » par la commission de réforme de Cherbourg, le 15 mars 1940 pour « troubles pulmonaires avec signes radiologiques suspects d’évolution ».
Il entre dans la lutte clandestine contre l’occupant dès septembre 1940, il participe au regroupement de partisans, assiste aux réunions secrètes, diffuse des publications patriotiques. En mai 1941 il devient membre du "Front national".
Dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 "relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique", il est révoqué de l’Arsenal.
Pierre Cadiou est arrêté le 22 octobre 1941 à son domicile. Le même jour à Octeville, banlieue de Cherbourg, Auguste Marie, Lucien Levaufre (45792) et Pierre Picquenot (45984) sont également arrêtés. Il est incarcéré à la Prison maritime de Cherbourg. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Cadiou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45323".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Pierre Cadiou meurt à Auschwitz le 27 juillet 1942 d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

André Defrance (1) a multiplié les démarches peu avant son décès survenu en 1952, pour que ses camarades déportés de la Manche, et notamment Pierre Cadiou, soient homologués comme Combattants Volontaires de la Résistances ou Déportés et Internés Résistants. Lire le témoignage de son fils concernant les difficultés qu’il rencontra : "La carte de "Déporté-Résistant"
  • Note 1 : André Defrance, arrêté en janvier 1944, déporté à Flossenbürg via Auschwitz et Buchenwald. Homologué capitaine FFI-FTP, il était habilité après la Libération à délivrer des certificats d’appartenance à la Résistance au nom du FN et des FTP dans le département de la Manche. Ainsi, il rédigeait des attestations, constituait des dossiers, qu’il présentait ensuite aux commissions chargées d’attribuer les mentions CVR ou DIR. .
Sources
  • Les recherches de Mme Renée Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d'Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 "45000" de la Manche.
  • "La Résistance dans la Manche " (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. Page 41.
  • Eugène Kerbaul, 1 640 militants du Finistère (1918-1945), Bagnolet, 1988. p 37.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen, octobre 1993.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 21, page 45. Article de Yves Le Floch.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires
Biographie rédigée en avril 2001, complétée en novembre 2016, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre "De Caen à Auschwitz" (Collège Paul Verlaine d'Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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