L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BOUSCAND Jean


Jean Bouscand à Auschwitz
Matricule "45292" à Auschwitz

Jean Bouscand est né le 17 février 1893 à Bagnot (Côte d’Or). Il habite au 20-22, rue Magenta à Dijon (Côte d’Or) au moment de son arrestation. Il est chef de train au PLM (SNCF, dossier n° 44295).
Il est veuf de Jeanne Collin.

Jean Bouscand est le fils de Louise Bouscand, 31 ans, manouvrière.
Il habite à Dijon (Côte d’Or) au moment du Conseil de révision. Le métier qu’il exerce alors a été raturé (illisible) sur son registre matricule militaire et remplacé par « employé au PLM » (1). Ce registre nous apprend qu’il mesure 1m 68, a les cheveux châtain, les yeux « bleu jaunâtre », le front moyen vertical, le nez moyen rectiligne, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire supérieure).
Conscrit de la classe 1913, Jean Bouscand s’est engagé volontairement pour quatre ans le 11 octobre 1912 à la mairie de Dijon. Il est affecté au 12ème Régiment de Hussards où il arrive le 1er novembre 1912. Il est blessé à la nuque et au ventre par éclats d’obus le 10 octobre 1914 lors de l’attaque du village de Foncquevillers (après la défaite de l’armée allemande sur la Marne et son repli sur l’Aisne, c’est la « course à la mer. Il s’agit pour les Franco-britanniques de prendre à revers l’aile de l’armée adverse située le plus au nord, pour réaliser une manœuvre d’encerclement). Jean Bouscand est nommé brigadier le 3 avril 1915.
Il passe au 2ème Régiment Léger le 1er juin 1916. Il passe au 108ème Régiment d’Artillerie Lourde le 16 août 1916. Il est nommé maréchal des logis le 10 janvier 1918. Il passe ensuite au 131ème Régiment d’Artillerie lourde le 1er mars 1918.
 croix de guerre
Il est cité à l’ordre du jour n° 9 du régiment le 8 septembre 1918 : « excellent chef de pièce, qui maintes fois a fait preuve d’énergie, de dévouement, notamment en juin 1917 où blessé, il refusa d’être évacué, et en août 1918 où dans des circonstances très pénibles a fait preuve du plus grand courage ». ses campagnes contre l’Allemagne sont comptées du 4 août 1914 au 12 janvier 1919. Il est décoré de la croix de guerre.
Il est mis à la disposition des Chemins de fer PLM le 13 janvier 1919 comme homme d’équipe… et démobilisé le 16 août 1919 « certificat de bonne conduite accordé », il passe ainsi dans la Réserve comme « affecté spécial » aux chemins de fer de campagne.
Il épouse Jeanne Dion le 28 décembre 1922 à Dijon.
En 1927 il est conducteur au PLM et habite au 57 rue Saumaise à Dijon.
En 1925, il adhère au Parti communiste (la cellule 26 de Dijon dont V. Rabier était secrétaire).
Il est secrétaire du Comité départemental et de la section communiste de Dijon. Gérant du journal communiste : « Le Travailleur de Bourgogne ».

En novembre 1930, il a déménagé au 22 rue Magenta à Dijon.
En 1933, il est secrétaire de la CGTU des cheminots de Dijon.
Il est candidat aux élections législatives en mai 32 à Châtillon-sur-Seine et en avril-mai 1936 dans la 2° circonscription de Dijon.
Jean Bouscand est candidat aux élections cantonales en octobre 1937 pour Dijon-sud. Tête de liste aux municipales de 1934 et 1935.
"Très actif pendant la période du Front populaire comme secrétaire régional du PC (Côte-d'Or et Yonne), Jean Bouscand prit la parole dans de très nombreux meetings et écrivit les éditoriaux du Travailleur de Bourgogne dont il était administrateur" (1).
Jean Bouscand est arrêté le 22 juin 1941 par la police allemande (le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theoderich, les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française,», plus de mille communistes. D’abord placé dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (pour ceux de Côte d'Or, les prisons de Dijon, puis de Vesoul) pour ceux de Dijon, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Jean Bouscand est interné à Compiègne le 5 juillet 1941.

Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Bien qu'atteint de tuberculose, Jean Bouscand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Auschwitz le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45292".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Il meurt à Auschwitz le 11 août 1942 d’après les registres du camp.

Sources

  • Témoignage de Gabriel Lejard (textes et cassette enregistrée en 1988).
  • Archives nationales F7/13686; « Le travailleur de Bourgogne », (articles 1933-39)
  • « L'Avenir de la Côte d'Or » (2 juin 1945).
  • Photo immatriculation à Auschwitz identifiée par Gabriel Lejard à la FNDIRP.
  • Archives municipales de Dijon : lettre du conservateur, Mme Degroise du 18 sept. 1991.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fiche FNDIRP remplie par sa veuve (N° 21488 / 8387), qui en réfère aux témoignages de deux rescapés
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • (1) Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 20, page 152, article de Pierre Lévêque
  • Etat civil et Registres matricules militaires de la Côte d’Or en ligne.
Biographie rédigée en février 1998 et complétée en novembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005).
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