L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BEAUDOUIN Eugène, Alexandre



Alexandre Beaudoin à Auschwitz, 8 juillet 1942
Matricule "45207" à Auschwitz

Rescapé

Alexandre (Eugène) Beaudouin est né le 10 septembre 1907 à Port Brillet (Mayenne), il habite rue du Nouveau Monde à Mondeville (Calvados) au moment de son arrestation.

Il est le fils d'Adélaïde, Joséphine, Marie Foucher et de Léon, Joseph, Paul Beaudoin, son époux.
Il travaille comme docker au port de Caen.
Il épouse Marguerite Coic, le 22 septembre 1926 à Caen. Le couple a deux enfants, nés en 1927 et 1928.
Il travaille désormais comme terrassier à Houlgate.

En 1935, il est renversé par une voiture qui prend la fuite, mais il n'est que légèrement blessé (Ouest-éclair 11 août 1935).
Il semble avoir été membre du Parti communiste, mais aurait il cessé toute activité militante en 1939 selon ses dires, mais continue à fréquenter ses anciens camarades.
En juillet 1941, il purge une peine de 3 mois de prison pour "vol au préjudice de l'armée allemande".

A pien libéré, il est de nouveau arrêté le 21 octobre de la même année.
Considéré comme militant communiste, Alexandre Beaudouin est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne, 10 jours plus tard.
Liste d'otages à fusiller. Beaudoin est le n° 9
Le 24 octobre 1941, la Feldkommandantur 723 de Caen inscrit le nom d’Alexandre Beaudoin sur une liste d’otages détenus dans le Calvados. 
Le 20 janvier 1942, la Feldkommandantur 723 demande des vérifications pour onze otages communistes du Calvados internés à Compiègne afin de procéder à leur exécution : d’Alexandre Beaudoin est le dixième.  
Sur cette même liste figurent les noms des quatre autres internés de Compiègne, déportés avec lui à Auschwitz : Jean Bourget, Charles Lemay, Roger Goguet, Pierre Lelogeais. Les noms des autres internés ont été barrés par respect de confidentialité.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Alexandre Beaudouin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Alexandre Beaudouin est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule "45207". 
Alexandre Beaudoin lors de l'immatriculation
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Le 7 septembre 1944 il est transféré, à Gross Rosen (il y reçoit le matricule 40.972), puis le 10 février 1945 à Hersbrück, kommando de Flossenburg (il y arrive le 15 février et reçoit le n° matricule 84.341), qu’il quitte à pied pour Dachau (n° matricule 160.247). Le 8 avril 1945 il est transféré à Dachau d'où il est libéré le 24 avril. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Il rentre en France via Strasbourg, le 16 mai 1945.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1955.
Alexandre Beaudouin est mort à Mondeville (Calvados) le 25 février 1963.


André Montagne, un des huit rescapés caennais (sur 80) a évoqué ceux de ses camarades déportés caennais dont il se souvenait. Pour Eugène Beaudoin, il écrivait en 2002 «  il avait été docker au port de Caen. Il habitait Mondeville. C'était le genre d'homme qu'on n'oublie pas : "grande gueule" et coeur d'or. Une force de la nature, pétri de bonté. Je ne l'ai revu malheureusement qu'une seule fois à Caen, après la guerre, en 1950, peut-être. Il se serait mis en quatre pour aider, pour faire plaisir. Je ne l'oublierai pas. Il est décédé le 25 février 1963, âgé de 56 ans ».
  • Note 1 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Notes de Roger Arnould, bibliothécaire à la FNDIRP à partir du témoignage de Robert Gaillard (janvier 1984).
  • ACVG novembre 1993.
  • Raymond Montégut : " Arbeit macht frei ".
  • Liste du CDJC XL III - 79.
  • "De Caen à Auschwitz" ouvrage collectif réalisé par les professeurs et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, du lycée Malherbe de Caen et de l’association « Mémoire Vive », page 7.
Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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