L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VANNIER Lucien, Ernest, Fernand

Lucien Vannier en 1966

Matricule "46173" à Auschwitz
Rescapé


Lucien Vannier est né le 6 juin 1891 au domicile de ses parents rue du Point du jour à Loudun (Vienne). Il habite au 15 venelle de la Justice à Orléans (Loiret) au moment de son arrestation.
Il est le dernier des sept enfants de Marie Albertine Avoine (33 ans, sans profession) et de Lucien, Marius Vannier (39 ans, employé du chemin de fer) son époux.
Pendant son adolescence, avec ses parents, il habite Loudun, puis Orléans au 63 rue du Faubourg Bannier, où il apprend le métier de plombier.
Conscrit de la classe 1911, Lucien Vannier est appelé sous les drapeaux le 9 octobre 1912. Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Orléans, rue du Faubourg Bannier,où il travaille comme plombier au moment du conseil de révision. 
Il mesure 1m 57, a les cheveux blonds et les yeux "verdâtres". Le menton saillant, le nez rectiligne et les oreilles écartées. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée). Il effectue son service militaire au 1er régiment de zouaves - à Bizerte en Tunisie selon Sylvie Levrel (1) - à partir du 13 octobre 1912. Mobilisé à la déclaration de guerre le 1er août 1914 «Lucien va y subir les dégâts des gaz et être rapatrié en France» (1).
Mobilisé à la déclaration de guerre le 1er août 1914 «Lucien va y subir les dégâts des gaz et être rapatrié en France» (1).
A la mobilisation générale, le 1er régiment de zouaves forme le « régiment de marche du 1er zouaves », envoyé en France. Ce régiment est appelé à partir de décembre 1914 le « 1er régiment de marche de zouaves ».
A partir d’avril 1916, Lucien Vannier sera successivement affecté aux 12ème, 13ème et 213ème Régiments d’artillerie.
Mobilisé, Lucien Vannier est « aux armées » le 2 août 1914. Le 22 août 1914, le régiment de marche du 1er zouaves  « reçoit le baptême du feu au Châtelet » (histoire du 1er Zouaves), en Belgique, et doit se replier sur Clermont. Au cours de la retraite, le 24 août, Lucien Vannier est blessé. Il est évacué sur l’hôpital auxiliaire du 6ème corps, puis sur l’hôpital privé d’Arcachon le 14 septembre 1941. Il rejoint son régiment le 10 octobre, sur la ligne de front au plateau de Paissy (Marne). Le 25 octobre 1914, Lucien Vannier est évacué vers l’hôpital complémentaire n° 37 à Dieppe, puis le 15 novembre sur un dépôt de convalescents à Rouen. Il est en convalescence le 16 décembre. Il rejoint le dépôt du 1er régiment de marche de zouaves le 18 mars 1915.

Le 29 juillet 1915, la commission spéciale de réforme de la Seine n° 1 le propose pour un changement d’arme pour « fracture ancienne clavicule gauche ». Il est affecté au 12ème régiment d’artillerie où il est incorporé le 6 avril 1916. Le 13 avril 1916 il est changé d’unité et passe au 13ème régiment d’artillerie. Le 16 juin il est « aux armées » où les batteries du 13ème RA sont implantées dans la forêt de Hesse (secteur d’Avocourt). En juin les batteries du 13ème RA sont soumises à des bombardements d’obus lacrymogènes et suffocants. Le 11 juin 1917, Lucien Vannier est évacué, malade, par l’ambulance 14/13 (n° 14 du 13ème RA) et en convalescence du 9 au 21 août 1917. Il rejoint son corps « aux armées » le 21 août 1917. Il « passe » au 213ème régiment d’artillerie. 
Lucien en uniforme du 213ème RA et Jeanne Vannier
Lucien Vannier, en permission, épouse Jeanne, Marguerite Grajon, mécanicienne, le 6 juillet 1918 à Orléans (cf photo en uniforme avec le n° du 213ème sur les pattes de collet). Le 15 février 1919, il est évacué par ambulance (4/5) pour « grippe » (la terrible pandémie de grippe espagnole de 1918 à 1919 a provoqué 30 millions de morts selon l’institut Pasteur) et entre le 25 février à l’hôpital complémentaire n° 75 de Lannion. Il est en convalescence du 15 mars au 14 avril 1919 et reçoit 20 jours supplémentaires jusqu’au 2 mai 1919. Il rejoint le dépôt de son unité le 5 mai, où il est sans doute démobilisé le 12 juillet et mis à la disposition du P.O (compagnie des chemins de fer d’Orléans). A cette date il est classé comme « affecté spécial mis à disposition du réseau du Paris-Orléans ». 
Le couple donne naissance à deux enfants, Lucien, né en 1919 et Jacqueline «Jacky» née le 4 février 1923.  «Le couple va partir s’installer à Paris où Lucien est employé au personnel ouvrier des Chemins de Fer comme chaudronnier. Ils habitent au 14 rue Christophe Colomb» (1).
En février 1920, la 6ème commission de réforme de la Seine le propose pour une pension permanente d’invalidité de 15 % pour « pachypleurite localisée au niveau d’une plaie cicatricielle de l’hémithorax gauche avec une gêne légère de l’épaule ».
Lucien Vannier est affecté au dépôt de Vitry-sur-Seine et la famille déménage alors à Ivry. «La vie est agréable à Ivry-sur-Seine pour les enfants. La commune leur propose de nombreuses activités dans son centre de loisirs et ses colonies de vacances. Jacky a 8 ans quand la famille peut se payer une moto. Grâce à celle-ci, ils vont pouvoir se rendre plus facilement dans leur famille. Justement, 3 ans plus tard, la maison d’une tante d’Orléans se libère et c’est une occasion de rejoindre une partie de la famille restée dans cette ville, aussi Lucien demande et y obtient sa mutation en 1934» (1).
Le 11 juin 1934, la famille habite au 15 venelle de la Justice à Orléans.
Employé du chemin de fer, il s'est inscrit au Parti communiste et à la CGT, dont il est un "militant actif".
Pendant l’Occupation, Lucien Vannier fait partie d'un groupe clandestin qui héberge des résistants, et réalise des actions de sabotages dans les services de la SNCF (témoignage de Louis Breton). «Toute la famille va dès le début participer à la distribution de tracts appelant à la résistance contre les occupants et le gouvernement de Pétain. Avec d’autres militants des Chemins de Fer, Lucien va effectuer des sabotages sur le matériel ferroviaire. Ayant la responsabilité d’entretenir et de réparer les machines, cette tache lui est accessible bien que dangereuse et ce d’autant plus, qu’il continue à distribuer des tracts encourageant ses camarades à résister et à agir en ce sens »(1).
Le 18 octobre 1941, il est arrêté pour "distribution de matériel appelant les cheminots au sabotage", en même temps que 7 autres de ses camarades (parmi lesquels Marcel Boubou, Robert Dubois, Raymond Gaudry, Henri Ferchaud, Marcel Couillon, tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942).
Il est conduit à la prison rue Eugène Vignat à Orléans, puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 26 octobre 1941. Il est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande.
A Compiègne les orléannais "vivaient très unis entre eux, s'entraidant fraternellement" comme l'écrit Roger Arnould à la fille de Lucien Vannier, témoignage qui résulte de ses entretiens avec les rescapés comme André Gaullier.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Vannier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942
Reproduction de la "lettre du train" de Robert Dubois
Depuis le train, le 6 juillet 1942, Robert Dubois, militant d’Orléans jette sur le ballast une lettre qui décrit leur départ avec 3 jours de vivres, l'itinéraire suivi, et la présence dans le convoi de Raymond Gaudry, Joseph Lhorens et Lucien Vannier. Cette lettre manuscrite a été recopiée à la machine à écrire par Henri Bouission, correspondant du Patriote Résistant pour le Loiret et envoyée à Roger Arnould en 1972 (reproduction ci-dessus).
Lucien Vannier est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46173. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : «Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block». Pierre Monjault.
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Lucien Vannier, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec la majorité des “45000” d’Auschwitz I. 
Les 45000 pris dans le chaos des évacuations (janvier-mai 1945). Le 28 août 1944, Lucien Vannier quitte Auschwitz pour Flossenbürg, avec un groupe de trente autres «45 000». Il y est enregistré le 31 août 1944 sous le matricule «19 903». Certains d'entre eux sont transférés vers d'autres camps : le 29 octobre 1944 Lucien Vannier et 10 de ses camarades vont à Wansleben (usine de potasse, un kommando de Buchenwald) où ils sont enregistrés le 1er novembre 1944. Il y reçoit le matricule «93 427». Le 12 avril 1945, Wansleben est évacué à marche forcée. Les "45 000" contournent Halle par le nord. Lucien Vannier et 8 autres de ses camarades «45 000» sont libérés le 14 ou le 15 avril 1945 entre les villages de Quellendorf et de Hinsdorf.
Lucien Vannier en 1946
Libéré le 23 mai, Lucien Vannier est rapatrié le 27 mai 1945 à l'Hôtel Lutétia. 
Il apprend alors que sa fille, arrêtée à Orléans le 17 avril 1941, a été condamnée à 12 mois de prison cellulaire à Orléans, puis internée aux camps de Choisel (Chateaubriant), Aincourt, Gaillon, Lalande (Monts). Elle s’en évade le 6 juin 1943 «Après quelques jours au vert dans une ferme pour me requinquer, où je fus gâtée, je pouvais reprendre le combat dans la Résistance, comme agent de liaison, dans différentes régions et organisations dans la Nièvre, dont le Front National de lutte pour la liberté et l’indépendance, puis dans les F.T.P.F de la Région Parisienne, près du C.N.R avec Auguste Gillot, et également sous les ordres du Colonel Rol Tanguy, jusqu’à la Libération de Paris». Jacky Vannier évasion épique (1).
Lucien Vannier est homologué au titre de la Résistance intérieure française (Front National), et le titre de «Déporté résistant» lui est attribué le 1er avril 1954.
Lucien Vannier est mort à Paris, le 6 mai 1969.
  • Note 1 : Citations de Sylvie Levrel. J’ai pu compléter la biographie de Lucien Vannier grâce aux biographies de Guy Camus et de Lucien Vannier installées sur le site internet © «Généanet» de Sylvie Levrel  (mon grand-père Guy Camus). La fille de celui-ci, Marguerite Camus, militante aux Jeunes filles de France est arrêtée la veille de l’arrestation de son père et connaîtra les prisons et camps français. Au camp de Chateaubriant, elle se liera d’amitié avec "Jacqueline" Hélène Berthe Vannier, la fille de Lucien Vannier, arrêtée le 17 avril 1941.  
Sources
  • Témoignage et attestation de Louis Breton, de Montereau.
  • Correspondance de Roger Arnould avec sa fille, Madame Fourré (novembre 1984)
  • Fichier de Brinon
  • Mairie de Loudun, état-civil, 8 mars 1994.
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Val de Fontenay, Caen, 1993.
  • ©  Echange de courriels avec Mme Sylvie Levrel en février 2012, 2015.
  • Chronique de madame Sylvie Levrel hébergée par Geneanet et relevée par Dominique Robichon.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, tome 43, p. 62. CD rom et site internet.
  • © Archives en ligne de la Vienne. Registres matricules militaires du Loiret.
  • Historiques du 1er Zouaves et du 13ème régiment d’artillerie de campagne, in © BNF Gallica. 
Biographie rédigée en décembre 2006 (complétée en 2012 et 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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