L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


THIBAULT Marcel Francis Eugène




Matricule "46.139" à Auschwitz


Marcel Thibault est né le 22 novembre 1898 à Rochefort sur Loire (Loire). 
Il est le fils de Marie Bourgeois, 28 ans, sans profession et de Louis Thibault , 35 ans son mari. 
Marcel Thibault habite au 38 rue Saint-Jean à Laval (Mayenne) au moment de son arrestation. 
Il est cordonnier, puis monteur aux postes. Il obtient le CEP en 1908 puis effectue son apprentissage de cordonnier chez Monsieur Goubault à Rochefort sur Loire. Il est cordonnier, puis monteur aux postes. Il obtient le CEP en 1908 puis effectue son apprentissage de cordonnier chez Monsieur Goubault à Rochefort-sur-Loire.
Conscrit de la classe 1918, Marcel Thibault aurait du être mobilisé par anticipation en 1917, comme tous les jeunes hommes de sa classe. Mais il signe un engagement volontaire de 4 ans le 12 février 1917 à la Mairie d’Angers, ce qui lui permet d’être affecté dans un régiment d’artillerie.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Rochefort-sur-Loire au moment du conseil de révision et y travaille comme cordonnier. Marcel Thibault mesure 1m 63, a les cheveux châtain foncé, les yeux marron, le front haut, le nez gros et le visage ovale.
Il arrive 118ème Régiment d’artillerie le 14 février. Après 6 mois d’instruction comme canonnier de deuxième classe, il est envoyé « aux armées » le 24 juin 1917. Le 118ème RAL est engagé sur la Meuse, la Marne, à la bataille de Montdidier, à Verdun, dans l’Oise en 1918. Le 1er janvier 1920, Marcel Thibault est évacué sur l’hôpital de Mourmelon, et ne rejoint son unité que le 14 avril 1920. Il est démobilisé le 12 février 1921 et se retire » à Rochefort-sur-Loire, café de la Promenade. Pour la réserve de l’armée, il a d’abord été affecté (en cas de mobilisation dans le cadre du plan A) au 33ème R.A.C., puis au 9ème RA.
En 1921, il ouvre une échoppe de cordonnier à Tours, place Velpeau. En 1921, il rencontre Henri Venon, militant syndicaliste de la Fédération des cheminots, dont il épouse la fille. Le samedi 10 septembre 1921, à Rochefort-sur-Loire, Marcel Thibault épouse  Yvonne, Henriette Venon, née le mardi 27 août 1901 à Tours (Indre et Loire), retoucheuse photo. Elle décède le vendredi 14 décembre 1923 à Tours.  Le couple a eu un garçon, Jacques Marcel, né en 1922.
Marcel Thibault adhère à la "Fédération internationale ouvrière", qu’il quitte en 1923 pour entrer au Parti communiste
Marcel Thibault épouse en deuxièmes noces le jeudi 2 juillet 1925 à Richelieu (37), Albertine Honoré (née le jeudi 5 janvier 1905 à Richelieu (37) et décédée le 4 novembre 2003).
En 1926, il travaille comme ouvrier des Postes et Télégraphes à Tours. Pour l’armée, cet emploi le fait alors « passer » théoriquement dans la réserve de l’armée active, à la téléphonie militaire de la 9ème région le 26 avril 1926 en tant qu’« affecté spécial » (il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit). Nommé à Laval comme agent des lignes en 1927, après avoir passé différents concours, il devient chef monteur en lignes téléphoniques à Laval, puis agent principal des PTT.
En juin 1928, le couple habite Laval au 29 rue Roquet de Patience.
Catholique et communiste, il est aussi militant cégétiste. 
33 rue St Jean à Laval
En octobre 1933, ils déménagent au 33 rue Saint Jean, toujours à Laval. Marcel Thibault y sera domicilié jusqu'à son arrestation.
En 1934 Marcel Thibault est secrétaire du Comité antifasciste de Laval, regroupant organisations de gauche et syndicats, après le 6 février 1934.
"Il est candidat du Parti communiste aux municipales (mai 1935 et avril 1936) et au Conseil général (1937). En 1936, il est le secrétaire de la Section mayennaise de la Fédération Postale de la CGT " (Le Maitron). En 1937, secrétaire de la Section communiste de Laval, il s'occupe activement du Comité d'accueil des enfants de réfugiés espagnols.
Il est vraisemblablement rayé de l’Affectation spéciale, comme la quasi-totalité des fonctionnaires connus comme communistes au moment de la dissolution du Parti communiste. « Son appartement est perquisitionné le 28 septembre 1939 : tracts, lettres, imprimés relatifs au Parti communiste y sont trouvés" (Daniel Guillon).
Il est donc rappelé aux armées par le décret de mobilisation générale.
"Mobilisé en 1939, il finit les premières hostilités en Ardèche, à Viviers, où il est démobilisé » (acte). 
Le 21 février 1941, il est arrêté à Laval par la police française après une distribution de tracts et interné au château de Lassay. Il est suspendu de ses fonctions aux PTT dès le 22 février, puis libéré le 17 mai 1941 pour raisons de santé.
Il est arrêté à nouveau arrêté par la Gestapo, pour « distribution de tracts communistes et anti-allemands » à Laval le 22 juin 1941 et il est à nouveau suspendu de ses fonctions aux Postes le lendemain. Son arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici Laval), ils sont envoyés en vue de leur déportation comme otages, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122 administré par la Wehrmacht. Son arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. Interrogé sur place durant 16 jours, il est transféré à la prison de Rennes le 10 juillet 1941 (acte). Comme tous les militants arrêtés entre le 22 et le 27 juin, il est envoyé en vue de sa déportation comme otage au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Front Stalag 122 administré par la Wehrmacht, devenu le « camp des ennemis actifs du Reich ». Il y est transféré le 24 juillet 1941. A Compiègne, il reçoit le matricule « 1388 » (acte).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46 139".Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Carnet de Roger Abada
Grâce au carnet de Roger Abada écrit au camp de Dora, on sait qu'il fait partie de la Résistance du camp.
Malade, il passe 13 mois à l’infirmerie du camp (hernie, pleurésie, paralysie d’un bras). 
Il est sauvé 3 fois par ses camarades réussissant à le supprimer de la liste de ceux qui doivent être gazés. Il sera ensuite, un moment, standardiste dans un laboratoire de bactériologie du camp (selon un camarade communiste rescapé Willy Betz). 
Puis le 28 août 1944 c’est le transfert vers Flossenbürg qui ne sera qu’une étape brève. Puis il part pour Mauthausen (20 octobre) où il arrive le 23 octobre 1944. Il y est inscrit sous le matricule 108 786.
Il est immédiatement envoyé au commando Gusen II.
Selon le document envoyé à la famille le 12 novembre 1948 par le ministère des anciens combattants (acte), il serait décédé à Gusen, en décembre 1944. 

Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès. 
L’état civil français n’ayant pas eu accès aux archives du camp a fixé celle-ci en décembre 1942 sur la base du témoignage de deux de ses compagnons de déportation.
Au Journal Officiel en 2000, il est déclaré mort en déportation à Gusen le 1er décembre 1944
Cependant d’après Roger Pélissou (rescapé du convoi) il serait mort d’épuisement à la fin du mois d’avril ou au début de mai 1945. Et un autre camarade du camp a déclaré l’avoir vu vivant le 5 mai 1945 dans l’enceinte du camp de Mauthausen. 
De plus un journal ("Libres") paru la veille de la libération du camp de Mauthausen, indique la liste des prisonniers libérés. Dans cette liste, est mentionné «Marcel Thubault monteur aux postes à Laval».
La plaque de prisonnier de Marcel Thibault sera retrouvée sur un cadavre exhumé du cimetière américain de Mauthausen en 1955.
En 1955, à la demande du ministère des anciens combattants, des recherches sont faites auprès de son dentiste pour identifier la dépouille et ses mâchoires, mais les archives de ce médecin ayant été détruites par les Allemands, il ne pourra répondre à la requête. Et dans sa réponse, il précise ne pas se souvenir de certains points énoncés par le médecin légiste militaire….
La dépouille est donc attribuée à Marcel Thibault en l’absence d’avis favorable ou défavorable… 

Elle fera partie d’un convoi concernant le rapatriement de 1830 français à Strasbourg le 10 janvier 1956. Une cérémonie nationale aura lieu en cette ville le 15 du même mois. Son corps sera ensuite ramené à Nantes avant son inhumation le vendredi 20 juillet 1956 à Rochefort sur Loire (49).
En conséquence, la date de décès indiquée dans "Triangles rouges à Auschwitz" n'est pas certaine mais le décès a vraisemblablement eu lieu, en décembre 1944, mais après le 5 mai1945. 
Le XXème Congrès de l'UD-CGT en 1945 le nomme membre d'honneur. Il est déclaré "Mort pour la France" le 15 novembre 1948. Le titre de "Déporté politique" lui a été attribué.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Daniel Guillon (époux de la petite-fille de Marcel Thibault) : envoi le 31 mai 2010 à l’adresse de ce blog d’une biographie détaillée, s'appuyant sur des documents de famille, d'une photo d’avant guerre. Elle a été complétée par mes soins à partir des documents recueillis en 1990.
  • Témoignage de M. Huet.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp. - Dossier individuel au Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 42, page 136. Notes de J. Omnes.
  • Témoignages : Maurice Rideau - Roger Pelissou - Roger Abada - M. Nouaille - M. Degorce.
  • Mairie de Rochefort sur Loire (23 septembre 1993)
  • Mairie de Laval. (Acte de décès)
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .
Elle a été complètée en mai 2010 grâce aux documents biographiques communiqués par Daniel Guillon (époux de la petite fille de Marcel Thibault). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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