L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SEIGNEUR André Paul


André Seigneur à Auschwitz

Matricule "46100" à Auschwitz

Rescapé

André Seigneur est né le 15 janvier 1909 à St-Augustin, près de Coulommiers (Seine-et-Marne). Il est domicilié au 71 Avenue Paul Doumer à Paris 16ème au moment de son arrestation. Il est le fils de Cécile Hervillard et d’Albert Seigneur, son époux.
Titulaire du certificat d’études (puis bachelier), il est secrétaire sténo-dactylographe de profession avant guerre.
Conscrit de la classe 1929, il s’engage pour quatre ans en 1927 dans l’Infanterie coloniale (matricule 8001). Il a le grade de sergent à la fin de son engagement.
En 1931, il adhère au Parti communiste. Membre de la cellule du 9ème arrondissement, André Seigneur collabore aux «Cahiers du bolchevisme» dès 1932 et y publie de nombreux articles jusqu'en 1938.
Le 5 septembre 1932, il est condamné à deux mois de prison et 200 F d’amende pour violence à agents. A la suite de cette condamnation, il est cassé de son grade en 1933.
Une permanence du secours Rouge à Draveil
Permanent (« fonctionnaire » selon la dénomination allemande) du Parti communiste, il a des activités qui concernent la « propagande et un peu aussi organisation et éducation » (1)
Il est secrétaire permanent du "Secours Rouge International" qui devient le Secours Populaire au milieu des années trente. Il est membre du « Secours Ouvrier ». Il est en 1935, l'animateur avec Julien Racamond du comité Thaëlmann. En juin 1937, après le bombardement de la ville basque de Bilbao, il devient secrétaire du comité Bilbao, dont le président est Paul Vaillant-Couturier. Il collabore également à la revue de l’association de Tourisme populaire « Partir ».
A Paris 17ème André Seigneur  épouse le 19 février 1937 Marie, Madeleine (Lily) Dutilleul (une des deux filles d’Emile Dutilleul, qui fut par la suite trésorier du Parti communiste clandestin).
André Seigneur est nommé administrateur de la Société « La Marseillaise » qui va produire avec l’équipe de « Ciné Libertés » et la CGT, le film « La Marseillaise » de Jean Renoir. Il est remplacé à cette fonction par Louis Joly, rédacteur à la Vie Ouvrière.
S’il n’a jamais été membre du Comité central, ni participé à l’élaboration de la ligne politique de l’ex-Parti communiste, il dit : « j’ai assisté, toutefois, à plusieurs reprises aux réunions du Comité central » (1).
À partir de janvier 1939, « pour des raisons que j’estime ne pas avoir à communiquer, je n’ai plus eu aucune responsabilité, ni au Parti, ni dans les organisations ou entreprises que celui-ci pouvait contrôler » (1). Son épouse déclarera au moment de son arrestation qu’il s’agissait d’un désaccord avec la ligne politique. En tout état de cause, André Seigneur a publiquement manifesté son désaccord avec la signature, le 23 août 1939, du Pacte de non agression germano-soviétique.
Depuis cette période jusqu’à sa mobilisation, André Seigneur vit le premier trimestre de 1939 chez son beau-père, alors député communiste, au 72 rue de Nanterre à Asnières, puis par la suite chez son frère René, au 25 bis rue Érard (Paris 12ème). « Durant cette période, j’ai vécu sur mes économies d’une part et de l’hospitalité des membres de ma famille (1) »
Le samedi 2 septembre 1939, tous les hommes âgés de 20 à 48 ans sont mobilisés.  André Seigneur, mobilisé comme deuxième classe, est affecté le 18 septembre au 484ème régiment de Pionniers coloniaux (les anciennes troupes de Marine), mis sur pied à Brest en septembre 1939 et déployé dans la Meuse (secteur de la 3ème Armée), puis en Champagne (6ème Armée). En juin 1940 le 484ème se replie sur la Seine, l'Yonne, le Cher et la Vienne (in bulletin Symboles & Tradition n° 140).
Après sa démobilisation, avec le grade de caporal, le 10 août 1940, commence pour André Seigneur une période d'activités clandestines.
En effet, s’il a quitté officiellement le Parti communiste en 1939, il va après sa démobilisation reprendre des activités pour le Parti communiste clandestin.
Ces activités clandestines vont être dissimulées par des « couvertures » commerciales, permettant de multiplier les déplacements en province, d’avoir plusieurs planques et des moyens financiers « officiels ». Activités que les « Brigades spéciales » vont subodorer, en le filant ainsi que ses employés et son épouse.
André Seigneur s’est inscrit au registre du Commerce de la Seine le 1er décembre 1941 comme marchand forain (comme propriétaire-gérant et rédacteur en chef du mensuel L’Informateur forain, un bi-mensuel créé en 1935). Il sera ensuite négociant en pâtes alimentaires.
Interrogatoire du 1er novembre 1941
C’est ce qui ressort de ses déclarations à la police au moment de son arrestation (interrogatoire 1) et la compartimentation de ses activités, sa rupture affichée avec son épouse, ne permettront aux Brigades spéciales que d’avancer seulement des hypothèses d’activités clandestines.
Les déclarations de Lily Seigneur lors de son interrogatoire le 1er novembre 1941, visent totalement à exonérer son mari de toute activité politique depuis sa rupture avec le P.c.f., allant d’ailleurs jusqu’à affirmer « j’ai eu un moment l’intention de décider mon mari à reprendre dans l’illégalité son activité primitive. Sans lui faire part de ma démarche, j’ai demandé à mon père de me donner un avis à ce sujet. Mon père m’a déclaré qu’il ne voyait pas la nécessité de confier à mon mari une tâche quelconque. Depuis son retour après sa démobilisation, mon mari a surtout été préoccupé de trouver du travail et de subvenir aux besoins nombreux de notre famille (…).Toutes les ressources de mon mari lui viennent exclusivement des bénéfices qu’il a réalisés dans son négoce de pâtes alimentaires ».
André Seigneur présente le même discours : « J’étais de retour à Paris le 12 août 1940. Jusqu’en avril 1941, j’ai habité en compagnie de ma femme un logement au 10 rue Félix Faure à Asnières, loué par elle en janvier 1940, quelques temps après le départ de son père, sans qu’aucune relation de cause à effet puisse être établie entre le départ de Dutilleul et la prise de ce logement » (interrogatoire 1).
En 1941, André Seigneur est devenu négociant en pâtes alimentaires. Il est en relation d’affaires avec M. D…., propriétaire de la « Société des pâtes fermières » au 32 rue de Paris à Clichy, pour lequel il effectue des achats en gros. Pour les besoins de cette activité, André Seigneur va employer les services d’un comptable (qu’il dit ne connaître que sous le nom de « Christian », mais dont il dira qu’il savait qu’il était sympathisant du Front populaire), qui a monté une petite société avec des collègues comptables au 87 rue Taitbout (Paris 9ème), immeuble où celui-ci lui a signalé qu’il y avait un bureau disponible, qu’André Seigneur va louer (interrogatoire 1).
Il emploie également comme secrétaire ou représentant, Robert Ligneul, qui reconnaîtra avoir été « secrétaire des jeunesses communistes du 9ème arrondissement, de 1936 à la dissolution » (interrogatoire 2), lequel dira qu’il a rencontré Seigneur à Clichy, parce qu’au chômage, il avait eu l’idée de vendre des pâtes alimentaires sur les marchés et avait alors contacté la « Société des pâtes fermières » à Clichy. N’ayant pu réussir à vivre de cette activité foraine, celui-ci l’avait pris en sympathie et l’avait embauché en juin 1941 comme secrétaire. On lira dans le blog la biographie de cet ancien normalien, militant communiste chevronné, qui sera déporté lui aussi à Auschwitz (note 5). André Seigneur emploie aussi un deuxième secrétaire, Jean-Jacques Y…, ami d’enfance de son épouse Lily, un ex-représentant en parfums.
En juin 1941, on sait par André Seigneur qu’il entre en contact avec le réseau « Mithridate » du mouvement de Résistance «France au combat» (André Castillon : « il est entré au service de la Résistance française, mouvement « France au combat », secteur 18, en juin 1941,… contacté par moi ». « Numéro "1374". Chargé de faciliter l’évasion de soldats alliés et de patriotes pourchassés par les autorités allemandes (…). Il devait prendre livraison ce jour même (30 octobre) d’un important paquet de journaux clandestins et de tracts ». Activité que confirme M. Marius Lesoeur, combattant volontaire de la Résistance (réseau NNB, « France combattante ») : monsieur Seigneur André (Leroy) (…) a travaillé à mes côtés dans la Résistance, particulièrement dans l’édition et la diffusion de tracts anti allemands (imprimés à l’établissement JN. Ascione, 18 rue Léopold Bellan à Paris 2ème), jusqu’à son arrestation (…) ».
Pendant les mois de juillet et d’août 1941, André Seigneur loge au 20 rue Chauchat (Paris 9ème) dans l’appartement de Mme Marie V…, vendeuse aux Galeries Lafayette, dont il avait connu le mari aux « amis de l’URSS » (Paul V… est alors prisonnier en Allemagne). « Au cours d’une de ses permissions en 1940, il venu prendre des nouvelles de mon mari. Démobilisé il est revenu me voir. C’est ainsi qu’il a fait la connaissance de mon amie Nicole L… » (Interrogatoire de Marie V… 3). Celle-ci serait devenue sa maîtresse - (interrogatoire de Mme L…. 4).
Marie V…, qui est logée depuis un an par les époux L.… au 165 rue de Pelleport, prête son appartement à son amie et à André Seigneur. André Seigneur lui a confié une serviette en cuir foncé contenant des papiers et documents relatifs à son activité politique antérieure à 1939 (interrogatoire 4).
André Seigneur décide - en accord avec son épouse Lily - de louer à Paris un appartement : « en attendant nous somme allés habiter en hôtel au 31 rue Godot-de-Mauroy » (Paris 9ème). Il a loué ce nouvel appartement du 71 avenue Paul-Doumer sous son nom le 21 juin 1941. Puis il le fera mettre ultérieurement au nom de celle qui se présentera comme sa maîtresse, Henriette, Rose L….(4), masseuse faciale à l’institut de beauté Élisabeth Arden, place Vendôme, épouse d’André L…., directeur commercial d’une firme de confection de vêtements.
En septembre 1941, « en raison de son état de santé », Lily Seigneur part un mois à Nevers, où habitent sa tante et une cousine, mesdames Suzanne T… et V…. « A son retour au début octobre, elle est venue habiter quelques temps dans notre nouveau logement, 71 avenue Paul-Doumer » (interrogatoire 1).
Jean-Jacques Y., vient fréquemment dans l’appartement de l’avenue Paul Doumer pour y suivre les travaux d’aménagement. André Seigneur loue également une chambre de bonne au 8ème étage du même immeuble, qui lui sert de bureau, aménagée avec un divan à deux places et une bibliothèque contenant des classeurs.
A la mi-octobre les services de la Brigade spéciale des Renseignements généraux 1 sont informés « qu’André Seigneur aurait repris de l’activité au sein du Parti communiste clandestin, et remplirait actuellement les fonctions occultes de responsable du 8ème arrondissement, et qu’il tiendrait des conciliabules au café situé à l’angle de la rue de La Pépinière et de la place Saint-Augustin ». Quatre inspecteurs organisent des « filatures et surveillances à son égard et auprès des personnes avec qui il est en relation ». Les rapports de police font état qu’André Seigneur a de fréquents contacts et de multiples rendez-vous, notamment avec trois hommes possédant chacun une automobile.
Rapidement les inspecteurs de la B.S. constatent que son train de vie laisse penser à des activités suspectes. Notant que le « somptueux » appartement de la rue Paul Doumer est mis au nom de la maîtresse affichée de Seigneur, Mme L…., ils soulignent que « malgré qu’il prenne soin de faire croire qu’il est définitivement séparé de sa femme, il entretenait avec elle des relations suivies et la rencontrait fréquemment dans des cafés ou restaurants toujours différents et subvenait à ses besoins, ainsi qu’à ceux de la famille Dutilleul ». Ils relèvent en outre que Lily Seigneur, censée habiter Nevers « habitait en fait un hôtel de second ordre (l’hôtel « Excelsior », au 4 rue de Lancry (Paris 10ème), en compagnie de la fille T…, qu’elle présentait comme sa sœur et sous le nom de laquelle elle était inscrite sur le livre de police ». Ils notent également « bien que ses ressources soient communes avec celles de Seigneur, elle passait pour être dans une situation pécuniaire difficile ». Ils ont également recoupé les antécédents politiques de Paul V… dont l’épouse est hébergée par les époux L… (Henriette et André) et ceux du mari, André L…, tous deux anciens militants des « amis de l’URSS ».
Lors des filatures de Robert Ligneul, les inspecteurs ont constaté qu’il rencontrait Seigneur pour de longues et fréquentes instructions, au cours de rendez-vous fixés au « Princess restaurant » rue de Londres, à la brasserie « La Pépinière » place Saint-Augustin, au tabac « Saint Augustin » situé à la place du même nom, au café « Le Madrigal » aux Champs Elysés. Ils ont également noté que Lily Seigneur a présenté son mari à Jean-Jacques Y… sous le nom de Leroy.
Quand André Seigneur apprend l’arrestation de son beau-père, Émile Dutilleul, il fait part à Robert Ligneul de sa crainte d’avoir des ennuis.
Le 30 novembre 1941, à 7 heures  du matin, quatre inspecteurs de la B.S. appréhendent André Seigneur (sous le nom de Gaston Leroy) au 71 avenue Paul-Doumer, après l’avoir recherché en vain le 28 octobre au 10 rue Félix-Faure, à Asnières. Après un premier interrogatoire, ils le mettent, le 1er novembre, à disposition du commissaire David, chef du service des renseignements généraux. Ils ont également arrêté Madeleine Seigneur, la cousine de celle-ci, Suzanne T…, et Robert Ligneul. Marie V...., Jean-Jacques Y…, et André L…., seront également entendus.
Au cours de ses interrogatoires André Seigneur affirmera n’avoir participé à l’activité communiste clandestine depuis sa démobilisation, « ni directement, ni indirectement ».
Il déclare « vivre des ressources que m’ont laissé mes activités de marchand forain et de négociant en pâtes alimentaires. La somme de 106.5000 francs, que j’avais en ma possession au moment de mon interpellation, elle constitue la totalité de mon argent liquide. Je possède en outre une somme d’environ 450.000 francs que j’ai confiée au titre d’avance sur marchandises à M. D…. propriétaire de la Société des Pâtes fermières (…).
Les documents saisis au cours des perquisitions opérées et les déclarations des personnes interpellées ne permettent pas aux inspecteurs d’établir la preuve formelle d’une activité communiste clandestine. À la suite des auditions, six personnes sont relaxées : son épouse, la cousine de celle-ci, les époux L., Marie V. et son deuxième secrétaire.
Lily Seigneur continuera d’être filée, ainsi que le prouve une « note blanche » (donc ultérieure, non datée et non signée) la concernant (note 6) et dont la conclusion est : « nous nous trouvons peut-être en face d’une organisation clandestine, dont le but inavoué serait : soit la répartition de capitaux destinés à la propagande communiste, soit à la propagande elle-même et ceci pour la France entière. Il est probable que les fréquents déplacements de son mari  et le désir certain de tenir secrets les buts de ses déplacements, impliquent que ce dernier serait en contact avec cette officine et servirait d’agent de liaison entre les différents centres communistes ».
Le 2 novembre, le Préfet de police de Paris signe l’arrêté ordonnant l’internement administratif d’André Seigneur et de Robert Ligneul, à la demande de la B.S.1. Ils sont conduits au dépôt de la Préfecture de police et transférés au Camp de Rouillé le 10 novembre 1941 (7).
Gringoire du 14 novembre 1941
Le 14 novembre 1941, après l’arrestation d’Emile Dutilleul et d’André Seigneur, le journal collaborationniste « Gringoire » publie un article sur « La famille Dutilleul », sur ses filles (l’une mariée à un communiste allemand, l’autre « une petite brune potelée mariée à un certain André Seigneur ») et glose sur la vie « large et exempte de soucis de Seigneur ». « Seigneur fait partie de toutes les organisations où l’or de Moscou arrive par vagues successives et ininterrompues »...
Le 13 décembre 1941, un haut fonctionnaire de la Sûreté allemande aux Armées se présente à la délégation de la police nationale : il désire entendre André Seigneur dans les plus brefs délais dans une affaire de marché noir concernant des ressortissants français et allemands et sollicite son transfert de Rouillé à la prison de la Santé, section des internés français, étant donné que la Sûreté allemande suppose que Seigneur pourrait faire des révélations utiles à ce sujet. André Seigneur est donc transféré à la Santé, puis ramené à Rouillé. 
Le 20 avril 1942, son nom est inscrit sur une des 2 listes de 36 et 20 otages envoyés par les services des districts militaires d’Angers et Dijon au Militärbefehlshaber in Frankreich (MbF), à la suite de l’attentat contre le train militaire 906 à Caen (lire dans le blog) Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942), et suite au télégramme du MBF daté du 18/04/1942. Le Lieutenant-Général à Angers suggère de fusiller les otages dans l’ordre indiqué (extraits XLV-33 / C.D.J.C). Les noms de cinq militants qui seront déportés avec André Seigneur à Auschwitz figurent également sur ces 2 listes (Alfonse Braud, Jacques Hirtz, André Flageolet, Alain Le Lay, René Paillole). 
Le 9 mai 1942, André Seigneur adresse une demande de libération au Préfet de la Vienne, lettre qui restera sans suite en 1942.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé (7) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’André Seigneur (n° 68 de la liste) y figure. Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. 
A Compiègne, pourtant « otage fusillable », il est tenu en suspicion par ses camarades en raison de sa rupture officielle avec le Parti communiste. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Quand les Brigades Spéciales l'arrêtent, le 30 octobre 1941 à 7 heures du matin, c'est sous le nom de Gaston Leroy, directeur commercial, et pour "activités communistes clandestines". Quelques jours auparavant, il avait pris contact avec Robert Ligneul pour diffuser des tracts et des journaux clandestins.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Seigneur est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Le 8 juillet 1942 immatriculation à Auschwitz
André Seigneur est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46100".
Il est interrogé à Birkenau par le bureau de la Gestapo du camp (Politische Abteilung).
Le portail du camp d'Auschwitz
Il est affecté à l'infirmerie comme aide-soignant, hormis la période de quarantaine au block 11 (entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.), jusqu'au 31 août 1944, date de son transfert à Flossenbürg (où il reçoit le matricule "19892").
Il regagne la France, via Longuyon, le 31 mai 1945. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Il est homologué comme « Déporté politique » le 15 décembre 1952. Le titre de "Déporté Résitant", lui est refusé, malgré les témoignages d'André Castillon et Marius Lesoeur, dont le contenu "ne constitue pas un acte de résistance à l'ennemi". Il apparaît également que c'est sa demande sa demande de libération à Rouillé le 9 mai 1942 qui y a fait obstacle, quoiqu'il en ait nié la paternité.
D'après un témoignage de Georges Marin, il aurait côtoyé André Malraux après guerre.

Il divorce de Madeleine Dutilleul le 17 décembre 1965.
André Seigneur meurt le 12 novembre 1987, à Paris dans le 20ème arrondissement.

Sources
  • Nombreux témoignages de rescapés du convoi : Gabriel Lejard (cassette et lettre), Victor Louarn, Henri Peiffer, Georges Marin, André Montagne.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Attestation d’André Castillon (Réseau Mithridate) chef responsable du mouvement «France au combat», secteur 18.
  • Jean Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier. 
  • Dossier "statut" des archives du DAVCC (Division des archives des victimes des conflits contemporains), Ministère de la Défense, Caen.
  • Attestation de M. Lesoeur sur l’impression de tracts au 18 rue Léopold Bellan à Paris (2ème).
  • Certificat d'André Rolet ex agent des services spéciaux de renseignement.
  • Etat civil de la Mairie de Saint-Augustin.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. tome 41, p.211.
  • Préfecture de Police de Paris, archives des Brigades spéciales.
Biographie rédigée en novembre 2007 (installée en 2011, complétée en mars 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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