L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RAUX Maurice, Adrien



Maurice Raux @ D.r.
Maurice Raux est né le 13 mars 1897 à Lisieux (Calvados). Il est le fils de Berthe Lecointe, 34 ans, journalière et de Charles Raux, 36 ans, journalier, son époux.
Maurice Raux habite à Percy-en-Auge (Calvados) au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1 m 65, a les cheveux châtain clair et les yeux bleus, le nez cave.
14/18 : ses différents régiments
Conscrit de la classe 1917, Maurice Raux est mobilisé par anticipation, comme tous les jeunes hommes de sa classe. Il arrive au 24ème Régiment d’infanterie le 10 janvier 1916. Il y reste jusqu’au 1er février 1917. Il passe au 9ème bataillon du 24ème et Il a été classé « service auxiliaire » le 2 janvier 1917 par la commission de réforme de Bernay (pour un raccourcissement de la jambe gauche et atrophie, suite à une paralysie infantile, qui le handicape pour la marche). En ce temps de guerre Maurice Raux est néanmoins déclaré « apte au service armé » par la commission de réforme de Bernay le 11 mai 1916. Il est proposé pour changer d’arme (l’artillerie montée est proposée) par la commission spéciale d’Amiens (15 décembre 1916). Il  passe alors au 43ème Régiment d’Artillerie : il est « aux armées » du 10 février 1917 au 8 novembre 1917. 
Ruban "Fatiche di guerra"
Revenu au dépôt, il part en Italie le 15 novembre 1917 avec le 219ème RA.
On peut lire sur son registre matricule qu’il est autorisé à porter le ruban distinctif des « fatigues de guerre », décerné par le gouvernement italien en vertu du décret royal du 21 mai 1916. En fait il s’agit d’une mauvaise traduction de "Fatiche di guerra" qu’il signifie « efforts de guerre ». Cette distinction ne semble pas avoir été attribuée automatiquement à tous les Français ayant servi en Italie. Il rentre en France le 1er mars 1918. Il est « aux armées » avec le 48ème d’Artillerie de campagne le 25 juillet 1918. Il passe ensuite au 224ème RA le 30 août 1918. Il passe au dépôt du 4ème RA de campagne le 9 mai 1919. Il est classé service auxiliaire le 9 août 1919 par la commission de réforme de Besançon. Maurice Raux est démobilisé le 24 septembre 1919, avec un certificat de « bonne conduite ».
Il est embauché comme cantonnier des chemins de fer à Mezidon. En décembre 1919, il est logé chez madame Ivray à Percy-en-Auge.
Il épouse Félicité Lemière à Percy-sur-Auge le 11 octobre 1919. En octobre 1927, ils habitent Mézidon.
Maurice Raux est classé en 1927 au titre de la réserve militaire comme « Affecté spécial » aux Chemins de fer de l’Etat comme cantonnier à Mézidon. 
Il est cheminot SNCF.
En 1936, il est nommé cantonnier principal (Bureau central de la Seine).
Par décision du ministère des transports en date du 3 mars 1938, il est nommé "garde-voies".
Liste des cheminots arrêtés après le déraillement
Il est gardien du passage à niveau du Mesnil-Mauger (matricule SNCF 40.369) en 1938.
Le registre matricule militaire ne donne aucune indication concernant la mobilisation générale de 1939. Mais on sait que pratiquement tous les « Affectés spéciaux » considérés comme communistes - en particulier les cheminots - ont été radiés de l’affectation spéciale et mobilisés.
Avec son camarade Marcel Nonnet (qui sera déporté avec lui), il participe à l'entraînement de l'équipe de football de Percy-en-Auge (témoignage de Marcel Robine alors âgé de 17 ans).
Militant cégétiste et communiste, il est connu des services de police, signalé comme «suspect», (cf document allemand reproduit ci-contre, en date du 5 avril 1942, référence en juin 1942 par la Place Bauveau), il est arrêté le 4 mai 1942, par la police allemande.
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande de l'Occupant.
Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Amené à la prison de Caen, Maurice Raux est remis aux autorités allemandes (Feldkommandantur 723) à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, début mai, en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages ».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Raux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 n’est pas connu  (1). Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Maurice Raux meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 988). Ignorant cette date, l’état civil français a établit sa date de décès à Birkenau en octobre 1942 (arrêté du 17 juillet 1947).
@ AD 14
Il a été déclaré "Mort pour la France" le 25 février 1949. 
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué en 1953. 
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 31 janvier 1997 paru au Journal Officiel du 8 mars 1997). Mais cet arrêté porte toujours la même date fictive «décédé en octobre 1942 à Birkenau (Pologne)» : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Percy-en-Auge.
  • Note 1 : Le numéro "46039 (?)" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain ne saurait être retenu, compte tenu de l'âge du déporté. Selon l'état de mes recherches actuelles, il pourrait plutôt avoir été immatriculé sous le matricule 46035, ce qui est invérifiable puisque la photographie de ce matricule n'a pas été retrouvée. Ma tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Sources
  • Fiche de renseignements de la Fédération nationale des Centres d’entraide des internés et déportés politiques.
  • Registre matricule militaire in archives en ligne du Calvados.
  • Fiche établie par Jean Quellien, historien.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen, consulté en octobre 1993
  • © Archives en ligne du Calvados
  • Liste d'otages du Calvados (archives du Calvados).
  • © Site Genweb. Relevé Philippe Frilley.
  • Photo de Maurice Raux communiquée par ses tantes, Christiane et Danielle Robine à 
    Madame Valérie Lecroq pour l’Association « nos communes : terres d'Histoire » à Percy-en-Auge.
  • Formulaire "Mort pour la France" adressé à sa veuve : Archives départementales du Calvados.
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en octobre 2015) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive". Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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