L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RANCEZ Frédéric Paul



Matricule 46031 à Auschwitz

Frédéric Rancez est né le 10 janvier 1903 à Puteaux (ancien département de la Seine), où son père était boulanger au 17 de la rue Pitois à Puteaux. 

Frédéric Rancez habite au 24 boulevard Edgar Quinet à Courbevoie (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation.
Il habite au 151 Grande rue à Chaville avant son mariage. Il épouse Lucie Augustine Duriez le 7 juin 1924 à Suresnes.  Le couple habite au 5 rue Pitois à Puteaux. 

« Frédéric Rancez suivit l’école primaire. (...). Son beau-père lui expliqua en 1922 ce qu’était la révolution Russe. En 1923, il effectua six mois de service militaire à Neuschtadt (Allemagne), et fut réformé. Frédéric Rancez adhéra à la Jeunesse communiste de France en 1924, il fut trésorier du rayon des Jeunesses communiste de Puteaux de 1931 à 1936. Il exerça son métier d’ajusteur-outilleur dans cette ville, à partir de 1926 il travailla chez Charon deux ans, puis autant à la maison Dalbouze. En 1933, il fit grève à la fabrique de réveils matin Jaz. Il participa aux manifestations des 6, 7 et 9 février 1934 contre les ligues factieuses et adhéra celle année-là au Parti communiste. Lors des grèves du Front populaire, en juin 1936, il travaillait chez Gardy à Argenteuil (Seine-et-Oise /Val-d’Oise) ». Le Maitron.
Puis Frédéric Rancez exerce le métier de monteur-électricien. Il est secrétaire du Comité local CGT des Métaux à Colombes, où il habite alors en 1936 -1937.
« Frédéric Rancez rejoignit l’Espagne républicaine illégalement en 1938 « pour battre le fascisme ». Le 19 mai, soldat, il était incorporé à la XIVe Brigade internationale, 2e bataillon, 4ème compagnie, ensuite à la 45ème Division. Il adhéra au Parti communiste espagnol et au Secours rouge. En juillet 1938, il prit part à la bataille de l’Ebre, fin juillet, il fut nommé commissaire du 2ème bataillon, puis commissaire aux transports et enfin délégué politique adjoint au commissaire du Bataillon de Paris ». "
En septembre, La Voix populaire indiquait que Frédéric Rancez venait d’être cité à l’ordre du jour de sa division pour s’être « présenté comme volontaire pour faire une patrouille » sur la rive « occupée par les forces étrangères au service des rebelles ». Le Maitron
En 1941 Frédéric Rancez est membre de l'O.S. (première organisation de résistance armée créée par le Parti communiste clandestin), puis du Front National (témoignage oral de Roger Guérin). Il est embauché le 7 juin 1941 comme ajusteur aux usines Sanders à Gentilly.
Dénoncé comme meneur de grève par un membre de la direction de son usine, il est arrêté le 11 février 1942 à Gentilly, à son travail, par la police française, avec 8 de ses camarades.
Frédéric Rancez est emprisonné au Dépôt, puis à la Santé. Le
préfet le fait interner au CSS de Voves. Le 16 avril 1942, à 5 h 50, un groupe de 60 militants « détenus par les Renseignements généraux » est transféré de la permanence du dépôt au camp de Voves (Eure et Loir), convoyés par les gendarmes de la 61ème brigade. Ce camp (Frontstalag n° 202 en 1940 et 1941) était devenu le 5 janvier 1942 le Centre de séjour surveillé n° 15. 
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. 
Frédéric Rancez figure sur la première liste. Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation
La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux. Il indique également ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises
Frédéric Rancez, immatriculé le 8 juillet 1942
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Frédéric Rancez est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Frédéric Rancez est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46031» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. .
Frédéric Rancez meurt à Auschwitz le 2 novembre 1942 
d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 985).

Son nom figure sur la plaque du monument aux fusillés et déportés de Courbevoie (inauguration par la FNDIRP ci-contre) et sur la plaque commémorative à la Mairie de Courbevoie, et sur celle qui fut apposée dans le hall de l'usine Sanders de Gentilly, puis à l’entrée de la rue où cette usine était située.

Sources

  • Témoignage de Roger Guérin, ancien résistant, ancien Conseiller général communiste de Courbevoie recueilli par Pierre Cardon.
  • Recherches biographiques : courrier de Louis Bonnel (12/3/1991), ancien secrétaire CGT du syndicat des métaux en 1936 / 1937, collaborateur du Maitron.
  • Archives municipales de Courbevoie et de Gentilly.
  • Photographies des 8 de la Sanders communiquées par courrier le 9 juillet 1993 par le service Archives-Documentation de Gentilly. 
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Notice de Daniel Grason (version électronique 2012).
Biographie rédigée en novembre 2005 (mise à jour en octobre 2012) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: