L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PROUTEAU Paul, René


Paul Prouteau le 8 juillet 1942
Matricule "46021" à Auschwitz


Paul Prouteau est né le 5 août 1900 à Cholet (Maine-et-Loire). Il est le fils d'Edma, Emilienne Painaud, 31 ans et de Louis, Charles Prouteau, employé des Chemins de fer, son époux. Ses parents habitent 31 rue de l'Oisillonnette à Cholet.
Paul Prouteau habite au 5 rue du Mans à La Garenne-Colombes (ancien département de la Seine  / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. 
Il a un frère jumeau, Charles, Emile, qui sera comme lui cheminot, d’abord à Maromme en Seine-Inférieure. Puis en mars 1932, habitant Saint-Cloud (Seine / Hauts-de-Seine), il est rattaché au bureau central de Versailles de la SNCF.
Le registre matricule militaire de Paul Prouteau indique qu’il est mécanicien ajusteur, mesure 1m 54, a les cheveux châtain, les yeux noirs, le front haut, le nez gros et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1920, Paul Prouteau s’engage volontairement « pour la durée de la guerre » le 1917 à Cholet dans la Marine. Le 19, il est apprenti marin au 3ème dépôt des équipages de la Flotte à Lorient. Il passe matelot de deuxième classe en novembre 1917, matelot de 1ere classe mécanicien en septembre 1917. Son engagement « contre l’Allemagne » est validé entre 1917 et 1919. Il est ensuite affecté à l’Armée du Levant jusqu’à la fin de son engagement.
Il est placé dans la réserve de l’armé le 16 octobre 1920.
Paul Prouteau s'est marié le 29 mars 1921 avec Marguerite Langlois. Le couple aura 4 enfants. 
Le 1er avril 1922, le jeune couple habite au 3 rue des Bouvets à Puteaux.
Il a été embauché comme ouvrier de 1ère  classe-ajusteur aux chemins de fer de l’Etat à Puteaux. A ce titre il sera classé le 5 octobre 1922 comme « Affecté Spécial » au titre II de la réserve de l’armée.
Ajusteur outilleur à la SNCF aux ateliers de La garenne, Paul Prouteau est rayé de l’Affectation Spéciale le 23 avril 1940 comme la majorité des « affectés spéciaux » connus comme communistes ou syndicalistes. 
Il est arrêté le 9 mars 1940, pour distribution de tracts communistes. Devant l'avancée allemande, il est interné en juin 1940 au camp de Gurs en raison de l’exode.
Paul Prouteau est libéré le 2 septembre 1940.  

Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
Il est de nouveau arrêté le 27 juin 1941, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française en application du décret-loi du 18 novembre 1939 : « individus dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique ». 

La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Paul Prouteau : « Meneur communiste très actif ».
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ces militants sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des "ennemis actifs du Reich".
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Paul Prouteau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Paul Prouteau est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46021" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'AuschwitzSa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Paul Prouteau meurt à Auschwitz le 7 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 968). 
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 10 décembre 1997, paru au Journal Officiel du 18 avril 1998. 
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

Sources
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Etat civil de Cholet.
  • Archives en ligne du Maine et Loire, registres matricules militaires.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.

Biographie rédigée en novembre 2005, mis à jour en 2012, janvier et juin 2016, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association «Mémoire vive» et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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