L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PAIRIERE Lucien, Camille


Matricule "45944" à Auschwitz

Lucien, Camille Pairière est né au 41 rue de St Amand le 14 décembre 1897 au domicile de ses parents à Bourges (Cher). Il habite 2 rue Collin à Puteaux (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Madeleine Jolivet, 28 ans, sans profession et d’Alexandre, Alphonse Pairière, 25 ans, ébéniste, son époux.
Au moment du conseil de révision, Lucien Pairière  habite Paris 12ème. Il travaille comme  ébéniste comme son père. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 66, a les cheveux châtain, les yeux gris, le front couvert et le nez petit, le menton rond à fossette, le visage ovale et la bouche petite.
Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé par anticipation (le 11 janvier 1916) comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé le jour même au 85ème régiment d’infanterie. Il est transféré le 19 juillet au 95ème régiment d’infanterie 1916. Son régiment monte au front le 26 juillet 1916. 
Craonne, 1917
Le 7 mai 1917 Lucien Pairière est blessé par éclat d’obus au Plateau de Craonne (plaie à l’avant-bras droit et fracture du radius) lors de l’offensive du Chemin des Dames. Il est évacué et hospitalisé jusqu’au 3 décembre 1917. Admis à la réforme temporaire n°1 le 2 décembre 1918, il est proposé pour une pension de 20%. Réforme confirmée en avril, juillet et décembre 1918, puis 1919. Il est démobilisé le 24 décembre 1918 (« certificat de bonne conduite » accordé) et sera classé « service auxiliaire » au titre de la réserve en 1920 et 21. Il se retire à Bourges, 36 rue des B….eres.
Lucien Pairière est ébéniste. Il a épousé Marie-Louise, Amélie Auclerc le 2 septembre 1919 à Bourges. Le couple a une fille, Lucienne, qui naît en 1928. 
Adhérent du Parti communiste dès 1920, il en démissionne puis réadhère en 1934. Il a des responsabilités syndicales (Syndicat unitaire en 1935, syndicat du Bâtiment en 1938), anime la Section Rugby de l'association : "Jeunesse sportive putéolienne" avec Sorieul. 
Il est membre de l'ARAC et du Mouvement Amsterdam-Pleyel.
Le 15 janvier 1938 il est classé comme « affecté spécial » au titre de la réserve en cas de mobilisation à l’Ecole Centrale de Pyrotechnie de Bourges, comme un autre militant Louis Buvat. Ayant déménagé en région parisienne (en juillet 1938, il habite Puteaux au 2 rue Collin), il est rayé de cette affectation, placé en « renforcement » puis réintégré comme « affecté spécial » au titre du tableau III et de l’Arsenal aéronautique de Vélizy-Villacoublay jusqu’au 24 janvier 1940. Mais comme la majorité des « affectés spéciaux » connus comme communistes ou syndicalistes, il est rayé de l’affectation spéciale (décision du général commandant la région militaire le 2 décembre 1939) et affecté le 19 avril 1940 au dépôt d’infanterie n°212 où il arrive le 15 avril 1940. Le 14 juillet 1940 il est démobilisé.
Lucien Pairière est arrêté le 5 février 1941 à son domicile, par des policiers français "le soir, nuit et neige" se souvient Marie-Louise Pairiere, qui croit à une dénonciation. Lucien Pairière est incarcéré 3 semaines au Dépôt, puis 8 mois à la Santé. Il est interné au camp de Rouillé le 11 novembre 1941, où sa femme peut le voir. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 22 mai 1941 , en vue de sa déportation comme otage.  
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Pairière est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Avant la frontière, son camarade Pierre Orsatti a lancé sur le ballast une lettre destinée à son épouse. Il y écrit qu'il est dans le même wagon que Lucien Pairière et André Bisillon. 
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45944".
Dessin de Franz Reisz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Lucien Pairière meurt le 18 août 1942, à l'infirmerie d'Auschwitz d’après les registres du camp.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

L'association Nationale des anciens FFI-FTP l'a proposé pour la médaille commémorative, remise à sa veuve le 14 juillet 1949.
En mai 1970, son nom est gravé sur le monument à la mémoire des Martyrs de la Résistance. Une plaque était prévue, avec le nom des "3 de la rue Cartault" : Elle n'a pas été apposée.

Sources

  • Plaquette mai 1981, "La Résistance à Puteaux, Juin 1940 à Août 1944". Témoignages vécus et recueillis par Jean Nennig,
  • M. Philippe Buyle, historien (février 1991).
  • Mlle Chabot, archiviste (juin 88 et février 1991).
  • Témoignage de Mme Marie-Louise Pairiere, veuve de Lucien Pairiere, un des "45000" de Puteaux, juillet 72.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Archives en ligne du Cher, état civil et registres matricules militaires.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en novembre 2007 et complétée en décembre 2015 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com   Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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